Hallucinations Collectives

HALLUCINATIONS COLLECTIVES 2017 - Putain, 10 ans !

C’est toujours chouette de fêter un anniversaire. Surtout celui de quelqu’un qui, au fil du temps, de simple connaissance est devenu un vieil ami que l’on prend toujours beaucoup de plaisir à revoir. C’est ce qu’est devenu le festival lyonnais Hallucinations Collectives. Un vieil ami certes mais aussi un rendez-vous désormais incontournable pour les amateurs de cinéma « autre » de qualité. Raretés, nouveautés, films restaurés, courts et longs-métrages, une fois encore il y en aura eu pour tout le monde durant pratiquement une semaine puisque le festival s’ouvrait sur Get Out, la comédie noire de Jordan Peele et se clôturait, six jours plus tard, sur le très efficace thriller coréen The Tunnel. Deux grosses séances en forme de parenthèses pour l’exceptionnelle bombance visuelle lyonnaise.

Cette dixième édition marque un tournant dans la progression du festival car, cette année, au vu des bonnes préventes, le festival délaisse sa traditionnelle salle 4 pour la grande salle. Et oui, chaque film, court ou long, sera cette année projeté dans la salle 1 du Comoedia. Une décision judicieuse qui permit aux Hallucinations Collectives de battre le record d’assistance qui datait de 2010. Une preuve supplémentaire qu’en ces temps troublés, il existe encore un public pour ce genre de manifestation pointue, cinéphile mais toujours habitée d’un état d’esprit à la cool. Lors des deux premiers jours, on a pu y voir des œuvres aussi fortes et variées que rares en salles telles que Le Marteau des Sorcières, Litan de Jean-Pierre Mocky ou encore Le Labyrinthe des Rêves de Sogo Ishii, en 35mm s’il vous plaît. Car oui, le 35mm reste le plus noble des formats que l’équipe de programmation ne cesse, d’édition en édition, de mettre en avant. Bien sûr aujourd’hui cela demande une logistique particulière et compliquée, surtout lorsque l’on diffuse d’anciens films que le temps a fragilisés. Certaines séances, The Hitcher ou Soy Cuba par exemple, auront souffert de quelques petits ennuis techniques mais c’est le prix à payer pour permettre à son public d’avoir le bonheur de pouvoir apprécier ces films sur bande de celluloïd, un format bien plus organique et vivant que le digital. Et ce n’est pas Fabrice du Welz qui me contredira.

Après l’avoir vu en vhs et revu en dvd, je pensais tout connaître du film de Robert Harmon mais assister à sa projection en 35mm m’a permis de le redécouvrir sous une forme encore inédite et de mieux en apprécier certains partis-pris visuels. Ce fut aussi le cas d’Epidemic, le film de Lars Von Trier le moins montré, qui donne lieu à l’une des séances les plus étranges de cette édition anniversaire. Surtout un dimanche à 11h du matin. Une fois le film lancé, on pouvait presque ressentir physiquement l’incompréhension et le malaise des spectateurs découvrant l’œuvre. Il faut dire que le final concocté par Von Trier est particulièrement oppressant de par son réalisme froid et sa lancinante longueur. Là aussi, le 35mm offre un grain et une profondeur stupéfiants grâce au noir et blanc crasseux du Danois. Alors oui, parfois la pellicule casse ou l’image souffre de défauts mais c’est un maigre prix à payer comparé au plaisir d’entendre en début de séance, ce petit bruit de moteur caractéristique de la pellicule qui se déroule et passe devant la lumière au rythme de 24 images par seconde.

Mais comme on ne fait pas un festival avec du 35mm, les Hallus nous ont proposé d’autres immanquables séances comme le sublime Marketa Lazarova en version restaurée qui aura testé les limites de certains festivaliers de par son foisonnement et sa durée. En tout cas ceux qui se sont laissés porter par le flow des images de František Vláčil ne sont pas prêts d’oublier l’expérience d’un film qui se situe quelque part entre Andreï Roublev, Il Est Difficile d’être un Dieu et Sur le Globe d’Argent. Un concentré, bon pas si concentré que ça vu sa durée de 167 minutes, d’âme slave. Séquence « copie restaurée » toujours avec la valse en trois temps du cinéma bis italien que l’on aime. Premier temps : Opera de Dario Argento, film hybride perçu par certains comme le dernier de l’âge d’or de Dario et par d’autres comme le premier de la longue descente aux Enfers du maître. Toujours est-il que, même perclus de défauts comme une post-synchronisation horrible, un jeu d’acteurs très aléatoire et une séquence finale ratée notamment, le métrage offre quelques moments de bravoure totalement stupéfiants magnifiés par la restauration du film validée par le maître en personne. Ensuite, on retrouve Lucio Fulci pour un de ses films les plus singuliers situé au confins du giallo et du thriller : La Longue Nuit de l’Exorcisme dans une copie éclatante de couleurs qui nous démontre que Fulci est bien plus que le cinéaste du putride. Merci donc au festival et au Chat qui fume qui auront proposé ces deux belles séances. Même traitement pour Le Grand Silence de Corbucci, toujours aussi définitif et noir malgré la blancheur immaculée de ses décors.

La péloche et les rétros, c’est bien mais on a aussi fait le déplacement pour se mettre des nouveautés et de l’inédit dans le gosier. Outre The Jane Doe Identity, le festival nous proposait Message From The King, le du Welz nouveau, Prevenge comédie vacharde signée Alice Lowe et Love Hunters, torride thriller australien dont nous reparlerons plus en détails. C’est le Belge qui repartira avec le prix du public pour un revenge movie de commande très efficace lorgnant par moment du côté de Drive. Jane Doe repart elle avec le prix du jury Presse, ce qui offre à cette édition anniversaire un beau duo de vainqueurs.

Comme dans tout anniversaire, il faut un cadeau et une surprise. Le cadeau, diffusé le vendredi à 20h, fut un montage d’extraits de films, de bandes-annonces, de clips, de courts-métrages représentant l’esprit du festival et de ses organisateurs. Une belle initiative qui brasse large puisqu’on passe allègrement d’Ebola Syndrome à Jean-Luc Godard, destinée à faire plaisir au public qui cette année, plus que les autres, aura répondu présent. Après le cadeau, la surprise, puisque le programme annonçait un film surprise sauf que, le film a bien été montré, a séduit l’auditoire mais personne n’a le droit d’en parler ni même de dire de quoi il s’agit donc pour ne pas me retrouver bardé de goudron et de plumes par Cyril Despontin, je ne piperai mot à ce sujet.

Encore une belle édition qui s’achève avec une brassée de bons films, de nouveautés et de découvertes, un record d’audience et une bonne organisation. Encourageons ce festival qui s’obstine à promouvoir l’éclectisme et à encore proposer du 35mm. Alors je sais que c’est compliqué, que ça multiplie les risques d’incident technique et que les copies ne sont pas toujours nickels mais parfois, il faut savoir prendre position. A l’année prochaine.

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