Hallucinations Collectives

HALLUCINATIONS COLLECTIVES 2014 - Young Detective Dee

La tête et les jambes

Le premier Detective Dee avait, après les deux ratages qu’étaient Missing et All About Women, réconcilié Tsui Hark et ses fans. Detective Dee renouait avec les racines fantastiques et wu-xi-pian du sifu hongkongais et initiait ce qui pourrait bien être, après la saga Il était une fois en Chine, une nouvelle franchise à succès. Après un premier épisode réussi mais un chouïa trop classique, Tsui Hark découvre la 3D et retrouve l’enthousiasme de ses jeunes années. Young Detective Dee vient concrétiser toutes les attentes placées en lui et prouve que le maître est toujours bel et bien dans la place. Puis, comme il n’a jamais rien fait comme les autres, plutôt que de capitaliser sur une suite avec Andy Lau, il préfère mettre en scène une préquelle nous présentant les jeunes années du Détective Dee qui va mettre en lumière certains éléments de sa mythologie : l’origine de son célèbre bâton et sa rencontre avec Shatuo entre autre.

Cette fois, ce n’est plus sur d’étranges meurtres que va devoir enquêter Dee mais sur des cas de mutations et sur l’apparition d’un mystérieux dragon des mers. Le film démarre sur les chapeaux de roue avec une entrée en matière aussi musclée que spectaculaire : la destruction totale d’une flotte entière par une étrange phénomène marin, quelque part entre le tsunami et la tempête tropicale. De par sa mise en scène hyper dynamique, l’utilisation intelligente de la trois dimensions et quelques petites astuces toutes bêtes (l’incrustation de gouttelettes d’eau sur la caméra par exemple), Tsui Hark ouvre son film de la manière la plus épique et immersive qui soit. Une bonne façon de présenter les choses et de happer le spectateur. Et le bougre réussit plus que parfaitement son coup car, à partir de cet instant, on ne décrochera plus jamais les yeux de l’écran, sauf, soyons honnête, lors d’un petit quart d’heure de flottement en début de troisième acte dans lequel une petite, toute petite, pointe d’ennui se fait sentir. Le reste du métrage est un condensé de ce que fait Tsui Hark depuis tout juste trente-cinq ans. Mais le cinéaste, s’il n’hésite pas à s’autociter allégrement (Green Snake, Il Etait Une Fois en Chine, Zu,…), ne se contente pas de dérouler son savoir-faire, il n’a de cesse, revigoré par l’utilisation de la 3D, de réinventer son cinéma et de l’emmener toujours plus loin.

Comme souvent avec Hark, le film est d’une telle richesse qu’il faut s’accrocher pour saisir toutes les subtilités de l’intrigue et ne pas décrocher au bout de la première ellipse. Toutefois, le scénario est clair et une fois personnages et enjeux établis, il suffit de se laisser griser par les nombreuses scènes d’action et le rythme effréné de cette nouvelle aventure du Detective Dee très bien campé par Mark Chao qui rend justice au charisme et à la classe naturelle d’Andy Lau et fait honneur au personnage. L’atout charme du film est sans conteste la ravissante Angelababy, découverte dans le diptyque Tai Chi Hero-Tai Chi Zero, qui illumine le métrage lors de chacune de ses apparitions. Un casting rajeuni entoure la toujours divine Carina Lau qui rempile dans le rôle de l’Impératrice Wu. Tsui démontre une fois de plus qu’il n’est jamais aussi à l’aise que lorsqu’il revisite de façon fantastique et fantaisiste l’histoire de son pays d’adoption (rappelons que Tsui Hark est d’origine vietnamienne)

Young Detective Dee est bourrée de scènes d’action plus folles les unes que les autres ainsi que de petites détails totalement improbables qui ont toujours fait le sel du cinéma hongkongais. Niveau action, on retiendra plusieurs scènes de combat dynamiques qui carburent à cent idées à la seconde. Notamment l’incroyable climax qui met en scène le détective Dee, un cheval et un monstre marin très réussi. Une scène de clôture qui laisse le spectateur bouche bée, les yeux écarquillés et un sourire jusqu’aux oreilles devant tant de générosité. Le film est très riche en scènes aériennes et câblées dans la plus pure tradition du wu-xia-pian. Soulignons aussi le très bon travail de Kenji Kawai qui compose un score épique et justifie à lui seul le fait de rester jusqu’à la dernière seconde du générique de fin. Bien évidemment, tout n’est pas parfait, on pourrait citer des effets spéciaux perfectibles, l’utilisation de la 3D qui assombrit l’image et un monstre tout droit sorti des années quatre-vingts mais ceci ne gâche en rien la vision du film.

Young Detective Dee : La légende du dragon des mers est ce qu’on pourrait appeler un film somme de la part de Tsui Hark qui renoue avec la féerie et la touche fantastique de ses débuts tout en rendant hommage à de grandes figures du genre que sont les kaijus et le film de monstres grâce à une relecture astucieuse du mythe de la Créature du Lac Noir. Hark régale par ses nombreuses scènes d’action, la générosité de son film, le rythme, la folie qui s’en dégage et surtout, par sa maestria en matière de mise en scène. Avec ce film, il prouve qu’il est toujours le maître du cinéma d’action chinois et signe un idéal de blockbuster fun, enlevé, rythmé, foldingue, drôle, inventif, moderne et visuellement chiadé. Le film est par moment excessif, trop riche, trop foisonnant mais ce trop plein fait partie intégrante du génie de son créateur. Et, une fois encore, il nous en met plein la gueule. Quitte à se taper un petit mal de bide ou de crâne le lendemain, ce serait vraiment trop con de se priver de deux heures quinze de pur plaisir.

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