Hallucinations Collectives

HALLUCINATIONS COLLECTIVES 2014 - Super 8 Madness

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Super 8. Un terme bien nébuleux dont seuls les vieux machins dans notre genre connaissent le sens. Le super 8 est un format vidéo remis au goût du jour par le film de J.J Abrams portant le même nom. C’est aussi sur ce format que furent imprimées les premières images tournées par des réalisateurs aussi prestigieux que Steven Spielberg, Peter Jackson ou Sam Raimi. Un format certes noble mais bourré de contraintes techniques ingérables. Le documentaire de Fabrice Blin retrace, via le désormais culte Festival du Film Super 8 Fantastique, l’épopée picaresque et improbable de quelques têtes brûlées de la pellicule qui utilisèrent ce format pour réaliser des œuvres aussi improbable que « Massacre Au Débouche-Chiotte », « Handicap Man » ou « Handicap Man II ». Via ce documentaire, le réalisateur Fabrice Blin, qui faisait lui-même partie de cette bande, retrace aussi le portrait d’une époque bénie pour le cinéma de genre que nous aimons : les années 80.

Aujourd’hui, avec la course en avant technologique, il n’a jamais été aussi simple de réaliser des films sans dépenser le moindre sou. Un cinéaste comme Park Chan-wook peut se permettre de tourner un moyen-métrage à l’aide d’un téléphone portable et il existe un festival qui présente des œuvres tournées à l’aide de ces mêmes appareils. Pourtant il y a à peine trente ans - hier donc -, mettre en scène un court-métrage s’apparentait à un véritable parcours du combattant tant la pellicule super 8 était difficile à manier et à travailler. Malgré cela, nombreux sont les jeunes cinéastes qui se sont lancés dans la bataille du court-métrage. C’est en 1984 que Jean-Pierre Putters, qu’on ne présente plus, et Jean-Marc Toussaint eurent l’idée de créer le festival du film Super 8 fantastique. Une manifestation qui ne connut que 6 édition mais qui est encore bien présente dans toutes les têtes de ceux qui y participèrent et qui est source de nombreux fantasmes pour ceux qui n’y étaient pas. Blindé d’images d’archives, Super 8 Madness retranscrit parfaitement la folie furieuse qui animait le public lors de ces soirées. Une espèce de BIFFF puissance 10 concentrée en une seule et même soirée. Un public qui ne se privait pas de huer ou siffler les films qu’il jugeait indignes de lui être montrés mais qui réservait moult vivas et acclamations à ses héros.

Parmi la dizaine de cinéastes cités et interviewés, on mettra en exergue le destin de Bruno Lermechin, prodige surdoué du super 8, qui disparut tragiquement après avoir remporté les deux premières éditions du festival grâce à des œuvres en stop-motion d’une étonnante maîtrise technique et d’une grande poésie. Les quelques séquences montrées dans le film ne laissent planer aucun doute sur le talent de Lermechin qui recréait la genèse de l’humanité à l’aide d’allumettes et de bouchons de liège. Des images véritablement stupéfiantes. D’autres œuvres furent nettement moins ambitieuses mais toujours animées par la passion du cinéma et l’amour du genre. On note que le système D était présent à tous les niveaux. Parents, voisins et amis furent tous mis à contribution pour mener à bien les projets de cette bande d’adolescents doux dingues. Récupération d’objets divers, guenilles, matériaux en tout genre et déchets de boucherie trouvèrent grâce aux yeux de ces apprentis metteurs en scène parmi lesquels on trouve des noms tels que Fabrice Blin, Gilles Penso, François Cognard, Jean-Christophe Spadaccini ou Jacques-Olivier Molon pour ne citer que ceux-là.

Super 8 Madness se veut le témoignage d’une époque révolue durant laquelle naquit de nombreuses vocations. Le festival et ses habitués grandirent ensemble dans cette atmosphère de douce folie totalement incompréhensible pour les non–initiés. Le festival dut fermer boutique après sa sixième édition, les jeunes cinéastes furent amener à voler de leurs propres ailes par la suite.

Le documentaire, franchement réussi, fait la part belle aux images d’époques (de nombreux extraits de films sont présentés) et brille par la richesse de ses intervenants parmi lequel notre ami et confrère, le sémillant Christophe Triollet. Fabrice Blin fournit un travail remarquable et documenté. Très rythmé, instructif, joliment construit, témoin de son époque sans tomber dans la nostalgie basique et le « c’était mieux avant », Super 8 Madness retranscrit très bien la passion dévorante qu’a suscité le festival qui a fait naître de nombreuses vocations. Pour résumer tout cela je vais reprendre approximativement les mots de Christophe Lemaire : « Faire un documentaire sur le Super 8, c’est comme faire un documentaire sur le fait d’ouvrir un robinet où l’eau coule toute seule alors qu’avant il fallait marcher pour aller chercher l’eau au puits. »


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