Hallucinations Collectives

HALLUCINATIONS COLLECTIVES 2014 - The Babadook

Allô maman bobo

Mister Babadook est l’effrayant héros d’un conte pour enfants qui va causer bien des misères à Amélia, veuve et mère célibataire du petit Samuel, un enfant hyperactif à l’imagination débordante. Mister Babadook semble, à première vue, être l’un des amis imaginaires du petit garçon sauf que, comme Harry, cet ami ne lui veut pas que du bien. Loin de là. Par bien des aspects, Babadook rejoint l’excellent Citadel dans une espèce de version plus classiquement féminine. Ici, on retrouve l’histoire attendue d’une mère courage et de son fils livré à des forces surnaturelles matérialisées par Babadook justement, un monstre représenté sous forme de papier au travers un livre vraiment effrayant avant de prendre vie dans la réalité afin de venir déranger le sommeil de la pauvre Amélia qui va peu à peu perdre tout contact avec la réalité.

Dans sa forme et son déroulement, le film de Jennifer Kent est on ne peut plus classique. Introduction, présentation des personnages et scène de la vie quotidienne qui viennent poser le contexte. Tout cela est très classiquement mais bien amené. On croit d’emblée à la matérialité des protagonistes que la réalisatrice a voulu ancrer dans une réalité tangible et socialement crédible. Comme dans tout bon film d’épouvante c’est par petites touches que le fil ténu de la réalité va se distendre sous le coup de l’incursion du fantastique dans la banalité quotidienne. Les propos de Samuel vont devenir un peu plus inquiétants, son comportement de plus en plus étrange, ses peurs de plus en plus irrationnelles et terrifiantes. Débordée, Amélia perd pied elle aussi. Le schéma est connu de tous et calqué sur de nombreux classiques du genre, en particulier ceux issus de la tradition du film de fantômes japonais à la Dark Water. Mais, Kent connaît son sujet, tient son film et sa mise en scène. Quand on a été formée à l’école Lars Von Trier, dont elle fut l’assistante, l’intransigeance est une notion bien connue.

Si Babadook ne se distingue pas de ses collègues sur le point de la flippe et de son originalité, là ou le film marque des points c’est dans son atmosphère et le design de l’univers du livre et du monstre Babadook. La grande et vieille maison est clairement influencée par le cinéma de genre italien seventies tandis que le style du livre pour enfants, vraiment effrayant et malsain, et de la créature doit énormément à l’expressionnisme allemand et ses jeux d’ombres surréalistes à la imite du grotesque. Les sons exprimés par le monstre, eux, sortent tout droit de la bouche des fantômes Kayako et Toshio Saeki, terrifiantes créatures du Ju-On de Takashi Shimizu. Kent multiplie les influences et les emprunts pour booster l’efficacité de son film. En vain, les routiniers du genre ne trouveront pas leur quota de frissons dans cette pellicule de bonne facture mais trop balisée dans son déroulement et ses effets que pour vraiment foutre la frousse. Dommage car le personnage de Babadook, très absent finalement, est porteur d’un potentiel de flippe non négligeable.

Là où le métrage marque les esprits et monte en gamme, c’est dans l’analyse de son sous-texte et sa composante dramatique. Film sur le deuil et l’absence de père, Babadook distille un sentiment étrange d’abandon et une atmosphère un peu aigre avec l’histoire de cette mère de famille brisée par la mort de son mari le jour même de la naissance de son enfant. Le monstre symbolise ce lourd passé encombrant, effrayant qui a posé une chape de plomb sur la vie des personnages et les empêche d’avancer. Babadook est cette créature née de l’absence de deuil qui grandit et se nourrit de la tristesse qu’elle engendre jusqu’à plonger les protagonistes dans la folie. Cette composante dramatique prend tout son sens lors des dernières scènes du film, symboliquement très parlantes et finalement représentantes de la seule issue logique à cette histoire.

S’il échoue à totalement convaincre en tant que film d’horreur, le métrage de Jennifer Kent séduit par son aspect drame familial et le portrait d’une femme en détresse joliment brossé par la réalisatrice. On notera aussi la performance convaincante du jeune Samuel, cet enfant au visage lunaire aussi adorable que profondément étrange. Un film à moitié réussi donc qui, au contraire de Citadel, échoue à lier avec la même puissance angoisse et drame humain. Il en reste un film très correct, maîtrisé techniquement, bien rythmé mais trop classique, beaucoup trop classique.

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