Hallucinations Collectives

HALLUCINATIONS COLLECTIVES 2014 - Wolfen

Of Wolf And Men

Certains films sont voués à être mal compris ou, du moins, mal catégorisés. C’est le cas de Wolfen de Michael Wadleigh souvent rattaché au sous-genre du film de loups-garous alors qu’il n’y est aucunement question de lycanthropie. On y trouve certes des hommes et des loups mais rien de plus. A sa décharge, lors de sa sortie en 1981, les producteurs avaient axé la promotion de l’œuvre dans cette direction afin de surfer sur le vague canine initiée par la sortie la même année du Loup-garou de Londres et de Hurlements. Une erreur de jugement qui, pendant longtemps, porta préjudice au film. Heureusement que le festival Hallucinations Collectives est là pour remettre les choses au clair. Ou plutôt, vu la teneur du film, au clair-obscur.

S’il est, effectivement, question de loups dans Wolfen, la première heure de film, la meilleure, ne nous les montre pas, tout au plus, pouvons-nous les deviner. Le film de Michael Wadleigh adopte la forme du polar ou de la fresque urbaine. L’histoire prend place dans un New-York dévasté, crapoteux, véritable zone de guerre urbaine. Les décors tous naturels, exception faite de l’église construite par l’équipe du film, sont saisissants de brutalité et de délabrement, Wolfen dépeint un New-York de fin du monde qui n’a plus grand-chose avc l’image d’Epinal que renvoie la Grosse Pomme. Le premier plan nous montre d’ailleurs les deux tours du World Trade Center qui s’érigeaient fièrement sur ce qui avait des allures de décharges à ciel ouvert. Tout un symbole. Au milieu de tous ces décombres, de ces immeubles condamnés et des rues encombrées de déchets en tout genre, un promoteur immobilier, sa femme et son garde du corps se font sauvagement assassiner au beau milieu d’un parc. Une scène montrée en vue subjective qui conserve toute son efficacité et lui donne un sacré dynamisme malgré un choix esthétique contestable qui affiche ses trente années au compteur. Cette particularité de mise en scène inspirera d’ailleurs John McTiernan pour son Predator.

Plus qu’un film urbain, Wolfen est un quasi documentaire sur le New-York de l’époque, la fin des années 70 et le tout début des années 80. Ce background esthétique et sociologique donne toute sa force au métrage qui détonne autant qu’il étonne. Détonne par la vivacité de sa mise en scène et la façon de dépeindre la jungle urbaine qui rappelle par moment le cinéma de William Friedkin. Au milieu de cette ville vérolée erre le débonnaire Albert Finney, coaché par le new-yorkais Al Pacino et préféré à Dustin Hoffman, dans la rôle d’un inspecteur revenu de tout et plus perspicace qu’il n’y paraît. Wolfen est empreint d’une part d’une forte critique sociale et de l’autre d’un fort regard écologiste qui n’hésite pas à prendre de la hauteur pour observer l’histoire passée et brutale de l’Amérique. En ce sens, l’œuvre propose une belle métaphore sur la disparition des Indiens, vrai peuple natif du territoire américain, délogé sans aucune scrupule par l’homme blanc tout comme le promoteur immobilier assassiné a pour projet de déloger la faune interlope du Bronx pour y construire de luxueux complexes d’appartements. L’Amérique une fois de plus égratignée de sérieux coups de griffes et de crocs.

La seconde partie de l’œuvre, légèrement moins intéressante, navigue dans des contrées plus fantastiques avec l’apparition d’une meute de loups assassins. Jusque-là rien de bien neuf : Wolfen s’inscrit dès lors dans le genre du film d’attaque animale et en est un représentant très efficace grâce à la mise en scène de ces séquences qui shootées au steadycam et à la louma possèdent une atmosphère et un style visuel aussi réalistes qu’élégants. Mais quand Wadleigh fait de cette meute de loups la réincarnation des esprits indiens, il entre de plein pied dans le pamphlet politique. Le message est sans équivoque. Prends ça, colosse aux pieds d’argile.

Wolfen est un excellent film fantastique. Protéiforme, riche et construit suivant plusieurs niveaux de lectures, l’œuvre de Michael Wadleigh est d’une très grande richesse. Bien entendu, on sent que la production a été compliquée, le premier montage durait 4h30, ce qui a poussé la production à appeler John Hancock pour tailler dans le gras et tourner des séquences additionnelles axées sur le fantastique. Le rythme est parfois bancal, certaines scènes sont reliées par des tunnels dialogués et on décèle quelques raccourcis ou trous narratifs mais qu’importe, Wolfen emporte la mise grâce à ses indéniables qualités de mise en scène, son esprit tellement particulier, ses décors hors du commun et l’atmosphère de décrépitude urbaine qui s’en dégage. Une grande ville malade pour un grand film malade.

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