L’Etrange Festival de Paris

FOCUS - The Children

La cité des enfants tordus

Une maison tapie aux fonds des bois, sous la neige, pour un nouvel An familial, voilà le pitch du nouveau film de Tom Shankland (réalisateur de WAZ). La famille, ce sont deux sœurs, leurs maris respectifs et surtout leurs enfants, quatre bambins et une ado. Le brouhaha intempestif des marmots plonge d’emblée le spectateur dans le cauchemar quotidien de l’élevage infantile. Séquences bruyantes, à la limite du supportable, inefficacité parentale à gérer l’excitation desdits bambins, on n’a alors qu’une seule envie, secouer les gosses pour qu’ils se taisent. Mais suite à un virus qui ne semble toucher que les moins de dix ans, le comportement des enfants se modifie, leurs regards se pervertissent d’une ombre malsaine, leurs bouilles adorables commencent à sérieusement faire flipper, bref ils deviennent des meurtriers en puissance.

Sur la thématique des enfants assassins, déjà brillamment mise en scène par Narciso Ibanez Serrador dans Les Révoltés de l’an 2000 (1976), Shankland donne sa version. L’explication scientifique (des images de globules sanguins infectés, pas très subtile), évite la gratuité des actes et leur enlève ainsi leur puissance. On ne regarde plus les enfants comme des coupables, ce qui était précisément le cas chez Serrador, mais comme des victimes. L’enjeu n’est plus de savoir si un adulte peut tuer un enfant (crime tabou dans les sociétés modernes soumises à l’idéologie de l’enfant roi), mais uniquement la manifestation des actes de violence et de cruauté des mioches.

Alors soyons clair, ils sont vraiment tordus les gamins. Lancer de luge pour exploser le crâne de leur père, vivisection sur le corps d’un adulte, poursuite aux ciseaux, rien n’est épargné aux pauvres parents. Les séquences de meurtres sont toutefois peu crédibles. Sorte de crescendo (visuel et sonore) où plusieurs actions se déroulent en simultané, la lisibilité des scènes en devient compliquée. Scénaristiquement, ce n’est guère mieux. On assiste à la panique des parents face à leurs chérubins, alors même que rien ne permet d’affirmer qu’ils sont dangereux. Lors d’un passage, alors que les enfants ont disparu, et les parents rongés d’inquiétude, on assiste à une mise en scène digne d’un slasher. Une mère, apeurée, se dirige vers une tente dans le jardin enneigé, elle cherche ses enfants donc naturellement elle devrait courir vers la tente où des bruits étranges retentissent. Pourtant elle s’y dirige doucement, et entrouvre la tente comme si elle s’attendait à trouver une scène de crime, et…bingo. Un adulte torturé à mort.

Alors qu’on attend un traitement réaliste (peur puis progressivement compréhension de la situation jusqu’au climax), les signes du slasher sont partout (rythme, musique, cadrage) mais la montée en puissance de la terreur qui permet d’adhérer au genre ne fonctionne pas. Si les jeunes acteurs sont crédibles, ils ont malheureusement perdu leur innocence. La transgression que représentent des enfants criminels est amoindrie par cette perte d’innocence. La scène de la pignata chez Serrador est glaçante car sous couvert d’être encore des enfants (ils rient et jouent) ils massacrent un homme. Rien de tel chez Shankland, qui impose d’emblée ses petits acteurs comme des monstres malades mais jamais comme des enfants.

Il est difficile de filmer la violence enfantine, et Tom Shankland a préféré le versant politiquement correct : ne montrer que le monstre et ses agissements plutôt que regarder un gosse sourire en poignardant un adulte. Problème donc de mise à distance du tabou. Reste un film où des gens (des adultes) se font trucider par d’autres gens (des gamins qui ont perdu leur âme d’enfant). Circulez, il n’y a pas grand-chose à voir.

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