L’Etrange Festival de Paris

FOCUS - Left Bank

Le diable en soi

Premier volet d’une trilogie sur l’amour et la souffrance (suivent Dirty Mind et The Waste Land), Left Bank propose un cinéma de l’attente, de la sobriété, ultra maîtrisé mais profondément incarné. Car la chair, celle du désir ou de la douleur, celle qui engendre ou qui repaît, Pieter Van Hees essaie de la filmer au plus près, au plus juste. Touché, en plein dans le mille.

Marie, jeune athlète, doit mettre sa carrière sportive entre parenthèses suite à un problème médical. Heureusement, elle vient de rencontrer Bobby, tireur à l’arc. Entre eux la fusion, tant sentimentale que sexuelle, puis l’emménagement dans un immeuble du quartier Left Bank d’Anvers. Là, Marie apprend la disparition de l’ancienne locataire, se documente sur l’histoire du quartier, alors que son corps semble subir d’étranges transformations et qu’elle est victime de flashs hallucinatoires.

Proche de l’univers d’un Polanski, époque Rosemary’s Baby, Left Bank distille son mystère avec parcimonie. Par une réalisation réaliste, des acteurs impeccables, Pieter Van Hees revisite le mythe de la possession et du satanisme. Le film, anti spectaculaire et délibérément pauvre en effets accrocheurs, intrigue son spectateur, qui se laisse balader dans cet Anvers de béton et de légende. La folie qui s’installe subtilement chez Marie, son corps détraqué et malade, ses visions cauchemardesques sont autant de pistes qui préparent un final baroque et librement interprétable. La crudité des corps, la nudité malgré des scènes de rapports sexuels explicites, ne penche pas vers l’érotisme mais plus vers la primitivité. Marie nue (et pourtant désirable) incarne plus une Eve en souffrance qu’une énième bimbo dévoilée.

Sorte de grossesse non désirée, de monstruosité contre nature, Left Bank impressionne par sa maîtrise. Marie est-elle la génitrice d’un enfant diabolique ? Perd-elle la raison ? Est-elle sacrifiée ou sauvée ? Autant de questions en suspens, à chacun de se faire son film.

Exercice stylé et brillant, résistant à une explication univoque, Le diable en soi marque la naissance d’un réalisateur à suivre de très près. Un film qui secoue sans user de vieilles ficelles, qui interroge sans sombrer dans l’hermétisme arty, un film qu’on peut décortiquer intellectuellement ou ressentir charnellement. Le voir, voire le revoir s’avère indispensable. Un bijou flamand inattendu et inespéré, ça ne se refuse pas.

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