L’Etrange Festival de Paris

FOCUS - Embodiment of evil

Brasil, a country for old men

En 1963, avant l’américain Romero et ses zombies, le réalisateur brésilien José Mojica Marins, invente, met en scène et incarne un personnage macabre : le malfaisant et amoral Coffin Joe.
De son « vrai » nom Zé do Caixao, Coffin Joe est un tueur sadique, dont la perversité des crimes n’a aucune limite. Il apparaît comme un Jack l’Eventreur do Brasil, toujours coiffé de son chapeau haut de forme, une cape sur le dos, ses doigts terminés par d’horribles griffes (que Marins fait véritablement pousser pour le film).

Dans At Midnight I’ll take your soul (premier volet de la tétralogie), Coffin Joe, directeur de pompes funèbres, totalement déviant et cruel, n’a de cesse d’essayer de procréer le fils qui lui succèdera dans la tâche difficile de mutiler, martyriser, dépecer d’innocentes victimes. Mais pas de chance, sa femme étant stérile, son projet est avorté. Dans This night I’ll possess your corpse (1966) et Awakening of the beast (1969), le cauchemardesque Coffin Joe court toujours après la femme parfaite qui portera son enfant diabolique, éradiquant au passage des kilos de chair humaine.

Devenu le Pape brésilien de l’Horreur, Marins ranime en 2008 son célèbre personnage (dont la mythologie a engendré des émissions télé, des bandes dessinées et même des chansons populaires), avec Encarnaçao do Demonio (Embodiment of Evil).

Le film débute dans une prison où après trente ans d’incarcération, Coffin Joe est sur le point d’être libéré. Les griffes du tueur, toujours en quête d’une génitrice, vont pouvoir reprendre du service. Film d’un vieux réal (80 ans au compteur) incarnant un vieux tueur, Embodiment of Evil n’en claque pas moins le museau à une jeune génération de metteurs en scène pour qui le calcul et la prise de risque minimum ont remplacé l’impulsivité et la grandiloquence. Séquences de torture édifiantes (un rat dévore le vagin d’une victime, on crucifie, on démembre…), critique acerbe d’une police violente et corrompue, portrait au vitriol d’une Eglise catholique revancharde, personne n’est épargné.

Sorte de dernière variation sur le thème, le film est parsemé d’extraits des trois volets (intercalés en noir et blanc dans le récit comme autant de flashbacks nostalgiques du vieux tueur). Film d’horreur réflexif sur le passage de flambeau générationnel, film de réal sur la vieillesse, Embodiment of Evil joue avec sa mythologie sans parodie ni effets faciles.

Parfois drôle dans ses excès, toujours malin dans ses crimes,Embodiment of Evil pêche malheureusement par une réalisation un peu datée, sans vision cinématographique novatrice. N’empêche, il ne faut pas bouder son plaisir à la vue de ce facétieux Coffin Joe, décalé dans une époque qu’il ne connaît pas, faisant la seule chose qu’il sait faire de façon malsaine et donc incroyablement réjouissante. Comme quoi à 80 piges on peut encore produire un cinéma subversif, sale et content de l’être. Avis aux amateurs.

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