L’Etrange Festival de Paris

FOCUS - District 9

Illegal aliens

Ca y est, les Aliens débarquent encore sur Terre (c’est à croire qu’il n’y a que notre planète dans l’univers). Pour une fois, ils ne jettent pas l’ancre à Washington, New-York ou Los Angeles, mais à Johannesburg (l’ethnocentrisme américain a vécu). Nouveauté, ils ne viennent pas pour attaquer mais tombent en panne. Réaction, les humains ne leur font pas la guerre (comme d’habitude) mais les parquent dans des camps de fortune. Neill Blomkamp, réal de pub (les voitures transformées en robots dansant, c’est lui), auteur du remarqué court métrage, Alive in Joburg (qui préfigure les thématiques de District 9) déboule, avec son premier long produit par Peter Jackson, dans la cour des grands.

Depuis une vingtaine d’années, un immense vaisseau spatial est en rade au dessus de la ville sud africaine. Les Aliens, malades, affamés ont été parqués dans des townships où la misère, la violence et le racisme font rage. Plutôt que de faire un film de SF classique, Blomkamp opte pour la forme narrative à la mode : le documentaire (Rec, Cloverfield…). Reportages télé, interviews de spécialistes ès Extra-terrestre, témoignages d’humains excédés, tout concourt à « réaliser » la situation inédite qui nous est contée.

Les « crevettes » (surnom donné aux créatures), devenues des immigrés trop encombrants, le gouvernement décide de les déplacer vers un autre camp (quitte à en liquider quelques uns au passage) et de mettre la main sur leur armement surpuissant mais encore inutilisable (seule une main Alien peut les déclencher). La caméra suit cette intervention musclée, commandée par un technocrate blanc, Wikus Van der Merwe (sonorité hollandaise en écho aux créateurs de l’Apartheid, les Afrikaners). Mais exposé à une substance étrange et semble-t-il très précieuse pour les crevettes, l’ADN de Wikus mute. Sa métamorphose le propulse au rang d’ennemi et il découvre alors le sort misérable des réfugiés, ostracisés tout autant par les blancs que par les noirs sud africains.

Métaphore des inégalités raciales qui ont rongées ce pays au XXe siècle, mais aussi du racisme dont sont victimes les noirs réfugiés des pays limitrophes, District 9 se veut une fable politique, une allégorie de l’aveuglement humain face à l’inconnu, et un excellent film de science-fiction.

Clins d’œil hommage à Cronenberg (les mutations physiques rappellent celles de Brundle dans La Mouche) ou à Verhoeven (le fascisme des humains face aux créatures insectoïdes de Starship Troopers), singularité de l’utilisation du film de genre dans la dénonciation d’une barbarie, maîtrise des scènes d’action (digne d’un McTiernan en forme), Blomkamp livre un film pétri de réflexions contemporaines en rendant ses lettres de noblesse à un cinéma trop souvent riche en effets spéciaux et indigent dans le fond. Il parvient même à nous attendrir sur le sort d’un enfant « crevette », vulnérable et attachant. Seul bémol, l’incapacité de tenir sur la longueur le choix scénaristique du documentaire, le métrage redevenant un film « classique » après une grosse demi-heure. Mais cette modification du cahier des charges en cours de route n’entame en rien l’immersion du spectateur, pris dans une course poursuite brillante.

Si vous voulez du ciné avec un cerveau, des tripes et un cœur, District 9 est LE film à voir. Le dernier plan du film laisse même augurer d’un potentiel deuxième opus et pour une fois c’est avec un plaisir non dissimulé qu’on guettera la suite des aventures de Wikus et de ses congénères.

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