Le Festival Européen du Film fantastique de Strasbourg

FEFFS 2012

The bilan

1er jour – Samedi 15 septembre 2012

14h, première journée de festival. Les aficionados de gueules amochées et de membres en putréfaction se regroupent lentement aux alentours de la place Broglie, le visage en lambeaux et la bouche couverte de sang… artificiel, bien évidemment. Comme chaque année depuis 2009, les zombies en herbe se retrouvent dans les rues de Strasbourg pour participer au traditionnel défilé, qui a pris une belle ampleur avec le temps, offrant toujours l’occasion de découvrir des déguisements sympathiques et originaux. Mais pendant que les maquilleuses de Candice Mack s’affairent pour préparer les zomblards, le festival commence déjà sur les chapeaux de roues ! Ma première projection fut celle de The Fourth Dimension, triptyque un brin expérimental mettant en scène une nouvelle dimension capable de projeter l’être à un niveau supérieur d’existence. Le thème est difficile à cerner, chaque réalisateur voguant à son gré sur sa propre vision de la quatrième dimension. La première partie, dirigée par Harmony Korine (Gummo, Mister Lonely), est malheureusement décevante, un peu fade, manquant de ces regards marginaux et riches de vie qui enchantent et fascinent dans chacune de ses créations. Rare élément réjouissant pour la geek amatrice de vidéos virales qui sommeille en moi : la reprise de la version autotune de Double Rainbow dans le générique de fin… Le second segment offert par Alexy Fedorchenko (Silent Souls, The Railway) est intrigant. Il y a cet homme, scientifique blasé et acariâtre, tentant de voyager dans le temps, mais les images s’offrant sur son écran ne lui semblent que peu satisfaisantes… jusqu’à ce que les indices s’unissent et deviennent alors vraisemblables. Surprenant mais envoûtant, tout comme le dernier élément de Fourth Dimension, qui clôt ce film avec réussite : la création de Jan Kwiecinksi (Cigarette Break, Incident). Une bande de jeunes désillusionnés, errant dans les rues d’un village exempt de toute vie, en raison de l’annonce imminente d’une catastrophe naturelle. Il y a quelque chose de fascinant dans ce court-là, qui plonge le spectateur dans une dimension parallèle, un brin malsaine mais onirique, une sorte de rêve de gosse. En bref, un film de qualité inégale car par moments trop brouillon, mais le visionnage des deux dernières parties est bien moins décevant que celle d’Harmony Korine.

Continuons ensuite avec le film de Boris Rodriguez, au titre intrigant mais non moins alléchant : Eddie, the Sleep Walking Cannibal. Celui-ci parle de Lars, artiste de renommé mondiale, mais incapable de peindre depuis des années : il ne ressent tout simplement plus d’inspiration. Au bout du rouleau, il trouve néanmoins un job de professeur dans un lycée canadien, et fait la rencontre d’un élève un peu particulier, du nom d’Eddie. Grand gaillard un peu simple d’esprit mais doux comme un agneau, ce dernier échappe au placement en institut en raison de la fortune léguée au lycée par sa tante. Lars le prend sous son aile et découvre du coup le terrible secret d’Eddie… qui lui permet de retrouver goût à la création ! Original, viscéral et a-moral, Eddie the Sleep Walking Cannibal est une petite perle de comédie noire, qui se regarde avec plaisir. Boris Rodriguez part d’une idée simple mais originale, et offre sans détour ni complexité une pelloche sympathique. Ce lien fusionnel entre destruction et création s’intensifie à chaque seconde, la culpabilité se lisant dans les yeux de ces deux personnages peinant à assumer une nature qu’ils aimeraient dissimuler, mais qu’ils se doivent d’accepter pour subsister.

Vient ensuite Maniac, de Franck Khalfoun, très attendu du public pour plusieurs raisons : il s’agit du remake du film éponyme de William Lustig, écrit et produit par le talentueux Alexandre Aja (Haute Tension, Piranhas 3D), puis il y a la présence d’Elijah Wood (Le Seigneur des Anneaux, Sin City) au casting, dans le rôle du tueur en série en quête de scalps… Sanglant, bandant, effrayant, pas assez de mots pour décrire cette tuerie, pleine de fantasmes inavoués et refoulés. Le film est trash, jusqu’au-boutiste, à tel point que certains spectateurs ont quitté la salle durant les scènes les plus violentes, et durant un festival du film fantastique diffusant quand même un paquet de pelloches horrifiques, c’est très rare. Elijah Wood est tout simplement hallucinant, aux antipodes de son personnage dans l’amusante série Wilfred, où il campe un type paumé mais sympathique se liant d’amitié à un chien qu’il est le seul à voir comme un homme déguisé en clébard. C’est une joie de se dire que Maniac sortira sur grand écran d’ici la fin de l’année, car en matière de création horrifique, ça faisait longtemps que je n’avais pas vu quelque chose d’aussi impressionnant.

Après une telle baffe, difficile de faire le poids : le visionnage de V/H/S s’avère difficile. L’idée est pourtant intéressante : il s’agit d’une compilation de courts-métrages tournés en found footage, à l’image d’un Projet Blair Witch, où des groupes d’amis se font tous zigouiller dans des conditions étranges : retour d’un tueur en série faisant bugger les caméras, soirée drague dans un bar qui finit en bain de sang, poltergeist plus qu’agressifs et autres meurtres glauques… Malgré une réputation sulfureuse, V/H/S ne laisse pas une impression très positive : sérieusement, apprenez à filmer. Ok, vous réussissez à faire sursauter le spectateur, mais c’est d’une fadeur monstrueuse : aucune inventivité, on dirait juste un énième remake caméra à l’épaule et low budget de Cannibal Holocaust. Et même avec le peu de moyen dont il a disposé, Ruggero Deodato fait encore trembler l’audience, vingt-deux ans après. Je doute fort que V/H/S ne demeure dans les mémoires, ne serait-ce que quelques semaines…

2eme jour – Dimanche 16 septembre 2012

Il est venu l’un de mes moments préférés en festival (outre la bonne bière du Village Fantastique, entourée de gens sympas !) : la projection de courts-métrages. C’est toujours l’occasion de découvrir des créations tournées dans un format bref, mais disposant souvent d’idées fantastiques. Cette projection présentant une sélection de courts internationaux débuta avec A Curious Conjunction of Coincidences, du néerlandais Jost Reijmers. Il s’agit des histoires de trois personnes vivant à des époques différentes et traversant une sale journée. Chacune de leur maladresse semble être sans conséquence immédiate… jusqu’à l’instant où une simple canette tombant dans un égout provoque une réaction en chaîne désastreuse ! Humour, légèreté, une véritable réussite.

The Best Pickpocket in the World, de l’américain Jerry Koukol, présente un voleur de portefeuille persuadé de maîtriser son métier à la perfection. Il est alors provoqué en duel par une mystérieuse femme, prête à lui prouver que ses talents sont plus grands que les siens. D’une idée simple naît un mockumentary sympathique, très bref mais non moins efficace !

C’est ensuite au tour de l’Espagne de prendre place dans la sélection, avec The Bird Spider, de Jaime Dezcallar. Souffrant terriblement de sa séparation avec sa compagne, un homme arachnophobe décide de vivre en compagnie d’une espèce de mygale au poison mortel, car il est persuadé que la cohabitation avec l’être qui le terrorise le plus ne pourra être plus difficile que la perte de l’être aimé. Le désespoir de cet homme doit être immense pour qu’il juge que sa vie ne mérite pas d’être mise en jeu par la présence de la Mort dans ses appartements. Car The Bird Spider représente, à mes yeux, le choix de l’être face à sa propre destruction, tellement prêt à en finir que le suicide semble être l’unique solution. Et même quand on estime être prêt à aller de l’avant (l’homme s’apprête à revoir celle qu’il a aimé dans), et que tout semble se porter pour le mieux, c’est à cet instant précis qu’il s’agit d’être fort et de survivre. Et c’est à ce moment même que l’araignée sort de sa cachette et ôte la vie à son propriétaire. Une leçon de vie, en somme, cinglante et angoissante.

Blinky TM, film irlandais de Ruairi Robinson, met en scène un enfant perturbé par les incessantes disputes entre ses parents. En regardant la télévision, il voit une publicité pour un robot, et le demande pour Noël, persuadé que la présence de l’androïde résoudra les problèmes familiaux. Mais est-ce que Blinky est réellement sans danger ? La désillusion de l’enfance et le robot qui pète un câble, croustillant ! Un ending qui ne fait pas dans la dentelle ou dans une surenchère d’explications, et c’est ce qui fait sa qualité !

Dans un domaine plus onirique et mystérieux, il y a The Captured Bird du canadien Jovanka Vuckovic, où une fillette échappe à l’attention de ses parents et s’immisce dans un manoir où évoluent des créatures effrayantes. D’une beauté éblouissante et fascinante, ce court a le mérite de scotcher son public en l’espace de quelques minutes : les monstres sont d’un esthétisme à couper le souffle, effrayants mais captivants. Pas pour rien que The Captured Bird bénéficie du soutien de Guillermo del Toro, qui l’a produit !

Toujours dans le fantastique, The Halloween Kid, réalisé par l’anglaise Axelle Carolyn, narre l’histoire d’un garçon isolé, car étant manifestement le seul à voir les monstres qui l’entourent. Heureusement, il y a Halloween, seul jour de l’année où il trouve du réconfort ! Touchant et poétique, dans l’esprit d’un livre pour enfants.

Tout aussi lyrique mais dans une atmosphère plus mélancolique : The Last Bus, des Slovaques Ivana Laucikova et Martin Snopek. La saison des chasses ayant débuté, les animaux de la forêt craignent pour leurs vies et s’enfuient à bord d’un bus. Mais ils se font vite rattraper par les chasseurs… Mélancolique et doublé d’une très belle musique (Idem Si de Teatro Fatal, qui tourne en boucle sur mon Ipod), l’histoire évolue dans une aura d’une rare tristesse, probablement due à ces personnages aux corps humains mais aux têtes d’animaux empaillés, aux mouvements saccadés et aux couleurs à l’ancienne.

Créé par le belge Thierry Uyttenhoven, Motorhome est un court où un couple part au volant de son camping-car un jour de canicule pour prendre quelques vacances. Pas transcendant mais bien tenté, les hallucinations du conducteur seraient-elles liées à la chaleur étouffante du van ?

La Mystérieuse Disparition de Robert Ebb, collaboration franco-anglaise entre Clément Balla, François-Xavier Goby et Matthieu Landour, est un de mes favoris : un veilleur de nuit dans un studio de cinéma décide de faire une blague à son collègue lors de leur ronde. Enfiler un déguisement de poulpe lui semble être une idée parfaite : la farce tourne cependant au vinaigre quand il se rend compte qu’il ne peut retirer son costume, et que son acolyte, terrorisé, est allé prévenir tout le village qu’il vient de se faire attaquer par le monstre marin qui fait trembler tous les habitants des alentours… Hilarant et au final magistral, La Mystérieuse Disparition de Robert Ebb offre un bon moment de rigolade, dans une atmosphère rappelant, rétrospectivement, celle de Grabbers, la beuverie en moins.

Le dernier court, Tram, de Michaela Pavlatova (réalisation franco-tchèque), raconte la journée d’une conductrice de tramway, qui verra le véhicule s’érotiser au rythme des secousses et des tickets introduits dans le composteur. J’ignore si ma haine des transports en commun ou le côté un peu ridicule de cette femme ventripotente m’ont prédisposé à ne me sentir que très peu inspiré par Tram, qui m’a semblé bien fade en comparaison aux autres courts de la sélection.

The Life and Time of Paul the Psychic Octopus est un documentaire sympathique traitant du poulpe le plus célèbre de la culture populaire. En multipliant les points de vues et les témoignages de ceux qui ont côtoyé la star tentaculesque, Alexandre O. Philippe retrace la vie de Paul, de sa naissance à Weymouth à sa fin, en passant par ses heures de gloire dues à son mystérieux talent de prédicteur, sans oublier les menaces de morts et autres recettes à base de pieuvre envoyées anonymement à l’aquarium d’Oberhausen. Alexandre O. Philippe, ayant auparavant réalisé The People vs. Georges Lucas, projette de s’atteler à la création d’un documentaire sur la culture zombie, des films de Romero aux Zombie Walk, sans oublier les récentes actualités sur les bath salts, drogues étranges dotant son consommateur d’une force surhumaine, en ayant même amené certains à bouffer leurs semblables. Relisez les bouquins de Max Brooks, rechargez vos shotguns et améliorez votre cardio, l’invasion est proche !

Laissons place au cinéma asiatique avec Doomsday Book. A l’image de The Fourth Dimension, il s’agit d’un triptyque centré sur l’apocalypse. La première partie, A Brave New World, créé par Yim Pil-sung, présente le développement d’une infection zombiesque suite à la consommation de viande infectée. Les asiatiques sont connus pour avoir des idées bien What the Fuck, cependant les Coréens demeurent en général plus sages que les Japonais : A Brave New World regorge de petites scènes un brin déjantées, mais le dernier segment, Happy Birthday, du même réalisateur, en est encore plus riche : imaginez une enfant commandant sur Internet une boule de billard. Jusque-là, rien d’anormal. Le seul souci est qu’elle a involontairement passé commande sur un équivalent extraterrestre d’Amazon, et l’inquiétante météorite fonçant sur la Terre s’avère être ladite boule noire, aux dimensions dantesques. Ces deux courts s’avèrent être les plus aboutis et les plus amusants. Celui du milieu, The Heavenly Creature, de Kim Jee-Woon (I saw the Devil, A Bittersweet Life), déçoit un peu. Le thème, vu et revu, est celui d’un robot vivant au milieu de moines bouddhistes, qui sont persuadés qu’il est la réincarnation de Bouddha. The Heavenly Creature tire trop en longueur, cette réflexion philosophique se perdant un peu au milieu des idées délirantes de Yim Pil-Sung.

3eme jour – Lundi 17 septembre 2012

When the Lights Went Out, long métrage anglais réalisé par Pat Holden, est mon coup de cœur de cette édition du festival. Dans le milieu des années soixante-dix, une famille s’installe dans une maison qui suscite les rêves et envies de la maîtresse de maison depuis un moment. A leur arrivée, des poltergeists commencent à se manifester, semblant menacer tout particulièrement leur fille... Si le film commence sans grande prétention, sa qualité et le plaisir naissant de son visionnage grandissent au fur et à mesure que la tension grimpe au sein du foyer fraîchement installé. Les premiers agissements paranormaux sont classiques, de ceux facilement assimilables à une blague de mauvais goût, à tel point que la mère ne prend pas sa fille au sérieux, trop obsédée par l’acquisition de sa nouvelle maison. La terreur va crescendo, délicieusement, faisant de When the Light Went Out une petite pépite, bien flippante, jusqu’à la dernière seconde.

Bag of Bones, présenté pour la dernière séance de la journée, est le dernier film de Mick Garris, président du jury et créateur des Master of Horrors. Adaptation du roman éponyme de Stephen King (Sac d’Os en version française), Bag of Bones a été conçu en deux parties pour la télévision, et narre l’histoire d’un romancier accablé par le chagrin suite à la mort de sa femme. Il s’installe dans leur maison de vacances pour reprendre des forces, et se trouvera impliqué dans une lutte féroce pour la garde d’un enfant entre sa mère et son ex-beau-père, millionnaire tyrannique. En parallèle, l’écrivain commence à ressentir une présence mystérieuse dans la maison… Un peu long, mais évoluant avec fidélité et dextérité dans les pensées créatives du maître King.

4eme jour – Mardi 18 septembre 2012

Le quatrième jour de festival débute avec un film anglais réalisé par Ryan Andrews, qui signe là son premier long métrage. Elfie Hopkins est une histoire de détective menée par deux adolescents : Elfie, punkette hippie blasée fan de détectives à l’ancienne et son meilleur ami geek Dylan. Vivant dans un village paumé en plein Pays de Galles, ils tentent d’occuper leur quotidien en cherchant à résoudre des crimes, mais n’ont pas grand-chose à se mettre sous la dent. Jusqu’à l’arrivée de nouveaux voisins, voyageurs fascinants et sophistiqués suscitant l’admiration de bien des villageois. Mais Elfie va vite se douter que quelque chose ne tourne pas rond… Si les deux adolescents se révèlent être plutôt attachants, surtout la jeune fille qui n’a pas sa langue dans la poche, les décors magnifiques et bien que l’histoire s’annonce intéressante, il manque à ce film un élément primordial : le rythme. L’action peine à prendre forme, et d’ici à ce qu’on réalise que les nouveaux venus ont des goûts culinaires originaux (Armin Meiwes, si tu me lis, je te passe le bonjour !), le public a le temps de piquer du nez. C’est bien dommage, car le personnage d’Elfie a du caractère, du style, et la disparition de sa mère mériterait plus de détails. En somme, on a vu pire, mais on a aussi vu bien mieux.

Faire un festival, c’est accepter de voir des films qu’on n’aurait peut-être pas visionnés dans d’autres circonstances, faire de bonnes découvertes, rencontrer des réalisateurs prometteurs, mais c’est aussi, malheureusement, l’occasion de visionner de sacrées bouses : The Pact est l’une de ces bobines au potentiel tristement gâché. Sans parler des longs SANS potentiel, mais ce sera pour le 19 septembre, avec Victimes. Le film de l’américain Nicholas McCarthy commence comme bien des films de cette dernière édition du FEFFS : une maison hantée et un secret du passé. Là où When the Lights Went Out brillait, The Pact déçoit : il n’y a juste pas de rythme. Le personnage principal ne suscite aucun attachement, alors que ce qui fait, à mes yeux, la richesse d’un film d’horreur, c’est la capacité de s’identifier, même inconsciemment, aux victimes. Si les pelloches de psychopathes à la Patrick Bateman ou les tortures porn me font généralement sourire, je dois avouer que j’ai toujours une trouille monumentale devant les histoires de poltergeist et autres possessions. Mais par contre, The Pact, c’est peanuts. L’action met quinze ans à venir, et l’actrice a autant d’expressions faciales que Kristen Stewart. Donc, non. Beaucoup d’idées, mais aucune originalité.

Antiviral part d’une idée croustillante, pour ne pas dire absolument géniale : Syd March est employé dans une clinique injectant à des fans hardcore les virus de leurs stars favorites. Il revends illégalement des échantillons des maladies après se les être administré : mais il devient la cible des collectionneurs après s’être inoculé celui de la célébrité Hannah Geist, qui causa sa mort. Amusant détail, son nom de famille signifie « fantôme » en allemand, ce qui concorde étrangement avec cette icône qui, durant tout le film, n’apparaît qu’en fond pixelisé sur des grands écrans ou, silencieuse derrière son masque de nuit, sur son lit de mort… Si le film de Brandon Cronenberg commence magistralement, à l’image d’un des premiers films de son père, la suite de l’action retombe. Non sans rappeler les obsessions charnelles du Cronenberg version senior, la première création du fiston n’atteint pas le niveau d’un Videodrome. Cependant l’idée est juste bluffante, dans cette société de consommation où tellement de fanboys seraient prêt à se damner pour s’approcher un peu plus de leur idole, l’avoir dans leur sang et leur chair ! Mais si Antiviral s’avère être une déception, la carrière de Brandon Cronenberg mérite d’être suivie, car même indépendamment de son père, le réalisateur montre qu’il est digne qu’on lui prête de l’attention.

Ce n’est pas au FEFFS que j’ai visionné ce film, mais devant le choc et l’enthousiasme presque maladif que m’a procuré sa projection à l’Etrange Festival de Paris, il FALLAIT que j’écrive quelques lignes à son sujet : j’ai nommé Cockney vs. Zombies. Le terme cockney désigne les Londoniens issus de la classe ouvrière et vivant dans l’Est de la ville, ainsi que leur accent. Et là vous me dites : mais quel est le point commun entre ces Britishs et les morts-vivants ? Et bien deux de ces cockneys décident de braquer une banque pour que la maison de retraite de leur grand-père ne soit pas transformé en appartements. Bon, entre nous, je doute que ce soit la véritable raison du hold-up, parce que le grand-père, il en tient une couche, c’est carrément un Rambo du troisième âge : ancien tueur de nazis qui aurait terrorisé Hitler, le papy est dans le genre badass qui donne des cours de fracassage de zombies dans la maison de retraites. Après avoir récolté le pactole, les deux apprentis braqueurs et leur équipe se rendent compte que la ville est infestée de morts-vivants, du coup ils partent sauver les vieux, leur butin, et tenter de se barrer de la ville vite fait. Alors les vieux fanboys de Romero ont beau râler comme quoi y a trop de films du genre qui sortent en ce moment, que ça en perd son intérêt, et tout. Mais là, dites non aux hipsters de l’horreur qui se plaignent que leurs bestioles préférées deviennent trop mainstream, sinon vous passeriez à côté d’une tuerie ! Le film semble ne durer qu’une dizaine de minutes, tellement les gags se suivent sans laisser place au moindre temps mort. Le réalisateur Matthias Hoene a créé une de ces péloches qu’on regarde entre potes, avec un Cornetto à la main (high five à celui qui capte la référence !), qui fait toujours autant marrer même au second visionnage, et qui mets de bonne humeur. Du Shaun of the Dead sublimé, délirant, juste délectable. Merci les Britishs !

5eme jour – Mercredi 19 septembre 2012

Scalene, film de l’Américain (et très sympathique, au passage !) Zack Parker, est un thriller fascinant, raconté à travers trois points de vue différents. Paige, une jeune étudiante, travaillant en tant qu’aide-soignante auprès de Jakob, jeune homme atteint d’une déficience mentale, accuse ce dernier de viol, ce qui le conduit à être interné en hôpital psychiatrique. L’intrigue évolue entre le regard de la mère de Jakob, Paige et le jeune homme, allant au-delà des simples faits, dévoilant les émotions et le vécu de chaque personnage. Chaque point de vue diverge, le vécu de chacun intensifiant l’histoire, liant les évènements entre eux : de cette idée de souvenirs et de réactions déséquilibrées naît le nom de ce film, en référence au triangle scalène, dont les trois côtés sont de longueurs différentes. Le film de Zack Parker est impressionnant, débutant avec le meurtre de Paige par la mère de Jakob : une première scène plongeant le spectateur dans une grande interrogation, lui donnant l’envie de comprendre. Et l’attente est méritée : l’ending est hallucinant, d’une violence psychologique inouïe. Une grosse, grosse baffe.

Room 237 est un documentaire de Rodney Ascher sur Shining de Stanley Kubrick, monument du film d’horreur. Certains l’adorent, le jugeant comme étant un chef d’œuvre du genre, alors que d’autres déplorent une adaptation trop libre de l’ouvrage de Stephen King. Room 237 regroupe les témoignages des aficionados du métrage, exposant ses messages cachés et autres théories nées d’un visionnage pour le moins poussé de Shining. Les analyses sont doublées d’images de la filmographie de Kubrick, correspondant aux dires des cinéphiles interviewés : aucun visage de témoins n’apparaît, le documentaire est monté d’une manière personnelle et originale. Si l’avis à froid de certains spectateurs laissait sous-entendre que les théories étaient trop poussées, j’avoue avoir été scotchée par cette foule de message secrets, à la limite du subliminal. Room 237 m’a définitivement donné envie de re-visionner l’œuvre de Kubrick.

Réalisé par le français Robin Entreigner, Victimes présente François, jeune homme solitaire consultant un psychiatre en raison de son mal-être. Au fur et à mesure des séances, il dévoilera ses envies de meurtres. Niveau scénario, on peut difficilement trouver plus simple : ce n’est pas pour autant un signe systématique de médiocrité… Or, c’en est un pour Victimes ! Le synopsis promet un film plein de suspens, un personnage subtil et effrayant. Il n’en est rien ! Le jeu des acteurs est insupportable dès les premières séances : le dialogue entre François et le psy s’éternisent, n’offrant rien d’intéressant, la même phrase semblant se répéter inlassablement : « que cela vous a-t-il fait ressentir ? » Difficile de faire plus cliché, d’autant que dès les premières minutes du métrage, on se doute que François va passer à l’acte et qu’il sera trop tard pour l’arrêter. En somme, un échec cuisant.

6eme jour – Jeudi 20 septembre 2012

Dans un festival où la mascotte est un poulpe, au sein d’une ville qui aime boire de la bonne bière, un film comme Grabbers trouve forcément sa place et son public. Des monstres marins semi aliens, semi pieuvres attaquent les habitants d’une île au large des côtes irlandaises. Les deux policiers du village ont pour mission de protéger la population locale, et grâce à l’aide du scientifique des environs, ils découvrent que le point faible de ces voraces bestioles… est l’alcool. Et oui, l’une d’elle a tenté de bouffer l’ivrogne de service, et ce fut un cuisant échec : au lieu d’enchaîner la barbaque, le poulpe extraterrestre a rendu l’âme comme un vulgaire poisson desséché. Du coup, pour lutter contre l’envahisseur, les flics organisent une grosse, grosse beuverie. Et le meilleur dans l’histoire, c’est que Grabbers est encore plus fendard que ce que laissait sous-entendre ce scénario déjà totalement barré ! Les dialogues sont hilarants, le réalisateur Jon Wright (il serait de la famille d’Edgar que ça ne m’étonnerai même pas) évite les clichés et livre une bobine ultra-fun, efficace et visuellement satisfaisante : entre les magnifiques plans des décors irlandais et l’originalité des monstres, il n’y a pas de quoi se plaindre !

Iron Sky, du Finlandais Ttimo Vuorensola, est le genre de films qui chat,ouille là où il faut à la simple vue du trailer : des nazis cachés sur la face cachée de la lune, sur fond de Laibach. Wait, what ? Et oui, vous l’avez bien entendu : les salopards se sont cachés depuis soixante-dix ans en construisant des soucoupes volantes dans l’attente du moment où ils pourront reconquérir la Terre. Personnellement, en voyant ça, je trépignais d’impatience sur mon siège tellement j’avais envie de voir ça. Un ovni dans ce genre, ça ne se rate pas, surtout que Dead Snow et ses zombies nazis m’avaient bien fait marrer. Le film commence bien, il y a un bon rythme, les costumes sont fous, et le scientifique nazi qui découvre l’Iphone, c’est priceless. Par contre, par la suite… j’ai du mal à retenir ma déception. L’intégralité de la salle est en train de se bidonner (j’avais rarement vu une salle aussi blindée), et moi, je suis là, à attendre l’explosion de fun. Alors certes, il y a certains gags bien tournés, le lieutenant nazi a le côté badass d’un Hugo Stiglitz (mais personne ne devancera Till Schweiger !), la prof nazie un peu niaise est über sexy (à souligner vingt-cinq fois). Mais pour le reste, ça vole au ras des pâquerettes, et le coup de la candidate à la présidentielle qui voit débarquer deux nazis dans son salon, et qui écoute sans broncher leur discours, c’est middle. Surtout qu’elle décide de s’approprier leur gestuelle et leurs slogans… Et quand à la musique de Laibach, il y aurait eu de nombreuses scènes où leurs rythmes martiaux et la voix grave du chanteur auraient pu trouver leur place. Mais impossible de déceler cette touche slovène et militaire si délectable. Dommage !

7eme jour – Vendredi 21 septembre 2012

Excision, première réalisation de l’américain Richard Bates Jr., est une tragicomédie horrifique traitant de l’adolescence et des angoisses qui en naissent... mais poussées à l’extrême. Pauline est une jeune fille mal dans sa peau, mal intégrée dans son école et au sein de sa famille, entre sa mère coincée (Traci Lords !), son père peinant à s’imposer, et sa sœur parfaite mais atteinte de la mucoviscidose. L’adolescente a un rapport maladif à la chair, au sang, rêvant de devenir chirurgienne. Elle entreprend de guérir sa petite sœur de ses propres mains... La transformation d’AnnaLynne McCord (Nip/Tuck), interprétant Pauline, est impressionnante, son personnage rappelant celui de May, dans le film éponyme de Lucky McKee. Les fantasmes de Pauline se glissent au sein du film, par courtes séquences, dotés d’une certaine beauté visuelle, mais atteignant des sommets en matière de glauque et de malsain. Ces images ont un côté artistique particulièrement poussé, à l’image d’une publicité artistique, mais prennent rapidement une dimension sanglante. En somme, un bon film sur une adolescente obsédée par la mort. Gardez l’oeil ouvert pour repérer les caméos, entre autres, de John Waters et Malcolm McDowell !

En bref, une cinquième édition du Festival Européen du Film Fantastique de Strasbourg pleine de films intéressants, de bonnes idées et de créativité. Un grand merci à l’équipe de m’avoir accueilli aussi chaleureusement, et au passage un petit coucou à Stéphane Dubois ! (et à Gilles Esposito… ;) )

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