Critique de film

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En cinquième vitesse

"Col cuore in gola"
affiche du film

La patron d'un night-club est retrouvé assassiné, le premier suspect est une jeune femme: Jane. Tombé sous le charme de la superbe femme, Bernard décide de laisser à retrouver le coupable pour l'innocenter...

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Trailer - En cinquième vitesse (1967)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de En cinquième vitesse - Le coeur aux lèvres
Par : Fred Pizzoferrato

Long métrage méconnu, Deadly sweet s’inscrit grosso modo dans le giallo mais propose surtout un spectacle bizarre inspiré par le pop art des années ’60. Tinto Brass, qui deviendra par la suite un réalisateur réputé de films érotiques (Caligula, La clé, Salon Kitty, Vices et caprices), se permet ici une mise en scène très expérimentale déstructurant l’action jusqu’à l’hermétisme. Le cinéaste se réfère, en effet, au psychédélisme et à l’art contemporain tout en accumulant les références plus ou moins évidentes à la culture populaire. Le résultat se révèle un thriller décalé, labyrinthique et, osons le dire, strictement incompréhensible.

L’intrigue adapte un polar de Sergio Donati, scénariste bien connu ayant œuvré dans le bis italien (Le continent des hommes-poissons, Holocauste 2000) et le western de qualité (Il était une fois la révolution, Il était une fois dans l’ouest, Le dernier face à face). Tinto Brass, à l’aube de sa carrière et se remettant de l’échec de son Yankee tourné en 1966, est chargé par des producteurs souhaitant obtenir un beau succès commercial de porter le roman à l’écran. Mais Brass se fiche de ce récit, voyant pourtant dans ce banal thriller un terrain favorable à diverses expérimentations visuelles. Ne retenant que peu d’éléments du récit de Donati, le cinéaste rédige son propre traitement, basé sur l’évolution personnelle du personnage principal, un acteur s’improvisant enquêteur perdu dans une machination touffue. Tinto Brass souhaite travailler avec le respecté Jean-Louis Trintignant qui accepte le rôle même si, selon diverses sources, il ne comprend rien à l’intrigue. Pour la jeune demoiselle au cœur d’une tortueuse affaire de meurtre et de chantage, Brass engage Ewa Aulin, débutante suédoise primée dans deux concours de beauté. Agée de 17 ans, Aulin fera une carrière météorique sur les écrans en apparaissant dans 16 films en 8 ans avant de se retirer pour poursuivre ses études universitaires. On la vit par la suite dans deux gialli : l’atypique La mort a pondu un oeuf de Guilio Questi, où elle retrouva Trintignant, et le bizarre et raté Death smiled at murder de Joe d’Amato. Son rôle le plus fameux se situe pourtant dans le « culte » Candy de Christian Marquand, aux côtés de Charles Aznavour, Richard Burton et Marlon Brando.

Décidé à créer un métrage plus artistique que commercial, Tinto Brass recrute des personnalités atypiques, comme le compositeur Armando Trovajoli qui livre une bande originale jazz / rock psychédélique typique de son époque. Le cinéaste s’octroie également les services, au story board, du dessinateur Guido Crepax, spécialiste de l’érotisme avec son héroïne Valentina. Crepax va dessiner chaque plan du métrage et concevoir divers objets « pop arts » destinés à remplir le plateau et à donner à Deadly sweet son aspect final, surchargé de références et d’illustrations fonctionnant comme autant d’hommages à la culture (ou la sous-culture) de la fin des sixties.

Que raconte finalement Deadly sweet ? Il est impossible de le dire, si ce n’est en se raccrochant à quelques éléments narratifs permettant d’esquisser une vague intrigue. Un meurtre. Un chantage. Une rencontre. Un couple en fuite. Des prémices simples, typiques de nombreux polars, que Brass va littéralement dynamiter par sa mise en scène déjantée. Tout débute lorsque le séduisant français Bernard (Trintignant) rencontre Jane (Aulin) dans une discothèque branchée londonienne. Le père de la jeune fille a été assassiné, sans doute parce qu’il refusait un chantage et Jane se sent à présent menacée. Un peu plus tard dans la soirée, Bernard découvre le maître chanteur en question, Prescott, lui aussi décédé. A ses côtés se tient Jane qui affirme être innocente du crime. Bernard fuit avec la demoiselle, poursuivi par des gangsters et la police, et le couple tente de retrouver Jerome, le frère de Jane, qui pourrait leur donner la solution du mystère.

Difficile d’en révéler davantage, Deadly sweet ne se laissant guère apprivoiser et privilégiant la pure recherche visuelle. Tinto Brass aurait, parait-il, couper largement dans le métrage de base, au départ relativement linéaire et accessible, pour le désosser complètement. Brass a littéralement mis en pièces son métrage afin de n’en laisser que des fragments épars, esquissant une ébauche de narration régulièrement torpillée par ses expérimentations. Le script semble dès lors régulièrement patiner et se perdre dans des scènes « avant-gardistes » développant une esthétique radicale au détriment de la dramaturgie, laquelle est mise de côté de longues minutes pour permettre à Tinto Brass des délires esthétiques saugrenus plus ou moins convaincantes.

Les séquences “what the fuck ?” ne manquent pas dans ce Deadly sweet, en particuliers celle montrant l’héroïne se désaper derrière un rideau blanc. La belle apparaît en ombres chinoises pendant que Trintignant se lance dans un solo de batterie (?!) assez furieux. L’acteur termine la scène en se dénudant en accéléré (re ?!) avant de pousser le célèbre cri de Tarzan et de se balancer au bout du corde, ce qui lui permet de culbuter Jane. Halluciné et hallucinant. Le reste du film use des mêmes procédés artistiques et multiplie les références picturales et autres citations philosophiques, privilégiant un montage haché assez surprenant. Mais Brass va encore plus loin en recourant à des « cartons » de comic book intercalé lors des scènes de violence (à la manière de la série télévisée « Batman »).

Ajoutons encore l’utilisation de accéléré, les surimpressions, les cadrages biscornus, les empreints au pop art, comme ces objets filmés au premier plan pour paraître énormes et disproportionnés, et ces images d’actualité insérées dans l’action (un concert hippie, la guerre du Viet Nam). Tinto Brass intègre encore dans l’image les œuvres de Roy Lichtenstein et surcharge chaque plan de tableaux et autres posters, digérant à la manière des peintres « pop » de la même époque toute une culture de masse jusque là décriée comme les affiches de cinéma, les couvertures de magasines, etc. Le résultat ressemble par conséquent à un gigantesque collage, un foutoir délirant tour à tour passionnant et irritant dans lequel Brass convie la Nouvelle Vague avant de rendre hommage à Blow up.
Cette constante recherche artistique provoque un sacré choc esthétique même si Deadly sweet se révèle déstabilisant en jouant la carte d’un cinéma « arty » tout en brodant avec les codes du thriller populaire. Le métrage s’autorise aussi de fréquents passages de la couleur au noir et blanc tinté comme si Brass voulait livrer une version sous acide d’un polar noir de Raymond Chandler dont il aurait mélangé les chapitres.

Au niveau des acteurs, Trintignant traverse le film avec nonchalance, comédien improvisé détective perdu dans une enquête incompréhensible à la manière de Bogart tentant de résoudre l’énigme du Grand sommeil. Complètement perdu dans le Swinging London des sixties, l’acteur récite ses dialogues en anglais, entrecoupés de phrases prononcées en français, et déclame des poèmes de Lao Tse à sa partenaire qui n’y comprend rien. Aulin, pour sa part, joue les belles en détresses et attire tous les regards, y compris ceux des passants qui s’extasient sur sa silhouette de rêve. Lors des scènes en extérieurs, Deadly sweet joue, en effet, la carte du cinéma vérité et Brass filme les séquences à l’arrachée, sans se soucier des réactions de la foule. Au contraire, celles-ci sont insérées dans la narration, sans doute afin de rendre encore plus étranges et irréelles les déambulations du couple en fuite.

Au final, Deadly sweet demeure difficile à cerner et suscite des réactions radicales allant de l’adhésion totale au rejet complet. Les amateurs de cinéma expérimental se plongeront avec délice dans ce scénario éclaté, filmé avec une constante recherche visuelle, mais les fans de Tinto Brass, d’érotisme ou de giallo trouveront probablement le temps long. L’ensemble apparaît, en définitive, comme prétentieux ou passionnant selon les sensibilités de chacun mais Deadly sweet reste une curiosité intéressante et un témoignage de son temps. Le mieux reste par conséquent de lui laisser sa chance pour se forger sa propre opinion.


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