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EXCLU - Sur le tournage de Karminsky-Grad

1er février 2010 | Par : Quentin Meignant

Jean-Jacques Rousseau nous ouvre les portes de son univers

Jeudi 21 janvier 2010. 18 Heures. Damien, Mae-Nak et Carrie arrivent sur la Place Larsimont de Trazegnies, petit bourg en périphérie de Charleroi, où a lieu le tournage d’une nouvelle scène du nouveau film de Jean-Jacques Rousseau, Karminsky-Grad, dans le but de faire un reportage sur le travail du cinéaste de l’Absurde.

A peine arrivés et après avoir fait la connaissance de la sympathique équipe, Damien et Mae-Nak rencontrent Jean-Jacques Rousseau. Ce dernier ne tarde pas à trouver un « profil slave » à Mae-Nak et un « air sadique » à Damien (ce que l’on ne saurait démentir) et leur confie donc un rôle dans la scène qui va être tournée. Dix minutes plus tard, après avoir fait un tour dans les coulisses, voici donc que Mae-Nak est transformé en soldat russe, affublé d’un épais manteau, d’une énorme kalachnikov et d’un masque à gaz en bandoulière, tandis que Damien apparaît sous les traits d’un professeur allemand totalement pervers, le Docteur Mengele, sinistre descendant du docteur du même nom.

Mais que raconte exactement Karminsky-Grad ? C’est là que les choses se compliquent. Très en forme ce soir-là, Jean-Jacques Rousseau se multiplie en confessions quant au récit qu’il a mis en place pour créer son uchronie. Malheureusement, concentrés sur la scène dans laquelle ils vont jouer et un brin perdus face au foisonnement des informations, les deux chroniqueurs de CinemaFantastique ne comprennent pas grand chose à la structure de l’intrigue. Ce n’est pas Carrie, occupée tantôt à prendre de photos, tantôt à vider le bac de bières dévolu aux figurants, qui saura les éclairer d’une quelconque façon. Dès lors, il est plus simple de reprendre le pitch officiel de l’œuvre et de ne pas entrer, de façon plus approfondie, dans les détails : Nous sommes à Karminsky-Grad dans une usine menée de main de fer par le sinistre Vladimir Karminsky. De nombreuses exactions sont commises au nom de tout régime. Mais qui est vraiment le maître dans cette succursale de l’enfer ?

Voilà donc Damien et Mae-Nak sur scène (la séquence est tournée dans une salle de théâtre qui sert de support aux étonnants décors de Karminsky-Grad), en compagnie de 3 autres figurants et de Frédérique Rousseau, la fille de Jean-Jacques, qui tient un rôle plus important, chose inhabituelle pour elle, qui s’occupe d’habitude de la bande originale des œuvres de son cher papa. Néanmoins, cette dernière s’en sort plutôt bien et les prises s’enchaînent sous des angles différents, JJR ne cessant de trouver des idées de plus en plus travaillées quant au montage qu’il adoptera.

Dès lors, les plans fixes s’enchaînent à grande vitesse, jusqu’à ce que l’on se rende compte qu’on a oublié… le DVD montrant les ordres donnés par Noël Godin dans le final de l’œuvre et qui doit prendre place en arrière-plan des figurants. Après une brève interruption, JJR revient donc, plus en forme que jamais, et enfile sa cagoule puisqu’un reporter de Télé-Sambre, chaîne locale de la région de Charleroi, vient l’interviewer.

Extrêmement prolixe malgré les recommandations du journaliste, Rousseau présente son œuvre de manière très volubile, s’égarant parfois dans la complexité de ses explications, pour le plus grand bonheur de ses amis et aficionados, qui aiment à voir le cinéaste de l’Absurde entrer dans cette espèce d’état de transe, savoureux et à peine descriptible.

Après avoir tourné quelques scènes sous les yeux du journaliste, JJR profite du départ de ce dernier pour retirer sa cagoule et reprendre le tournage à proprement parler du final de Karminsky-Grad, qui doit mettre en scène l’agonie des personnages, enfumés par un gaz toxique, du Zyklon B. Avec Noël Godin en toile de fond, qui débite des dialogues d’une drôlerie incroyable, ce qui ne facilite pas la tâche des figurants qui doivent le regarder tout en restant sérieux, la petite équipe reprend donc du service et doit alors composer avec un nouvel imprévu : une machine à brouillard récalcitrante qui ne veut pas lâcher la fumée nécessaire au tournage de la séquence.

Mais, en vrais pros du système D, les membres de l’équipe ne tardent pas à trouver une solution, qui amènera l’assistant de Jean-Jacques, Cimon, à tenir la machine, tandis que l’éclairagiste, à quatre pattes sous les décors, tire à grosses bouffées sur un énorme cigare, ce qui vaut au métrage de profiter de gaz vraiment toxiques. Excessivement drôle dans son déroulement, le tournage connaît alors son point d’orgue pour Damien et Mae-Nak dans des gros plans improvisés d’eux, agonisants de manière fort différente. Là où le Docteur Mengele jouit en respirant le gaz, le soldat russe maudit le personnage ayant envoyé le poison en hurlant et en serrant dans ses bras son camarade soviétique. Des cris pour Mae-Nak et des sourires pour Damien qui n’échappent pas à la caméra d’un Jean-Jacques Rousseau amusé par la scène.

C’est ainsi que se termine une soirée bougrement déconcertante qui confirme ce que l’on pouvait penser de JJR : il est sans aucun doute possible LE cinéaste le plus décalé qui existe sur notre belle planète, véritable passionné du Septième Art. Pouvant compter sur une équipe fidèle et sympathique, Jean-Jacques Rousseau mériterait en tout cas une plus grosse reconnaissance de la part d’un milieu qui devrait plus souvent lui ouvrir les portes de divers festivals (ce qui est loin d’être le cas vu la frilosité non justifiée de certains à son endroit).

Allez, Jean-Jacques, Cimon et compagnie, courage. Nous, on vous soutient !

Commentaires

Comme pour Mr Nobody, nous allons devoir publier le scénario en livre trois ans avant la sortie du film pour habituer le lecteur/spectateur à la narration éclatée du film ;-)

2 février 2010 | Par Cimon

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