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EVENTS - Territoires à Panic ! Cinéma

15 janvier 2012 | Par : Chroniqueurs

Territoires, un réquisitoire inabouti

Par Christophe TRIOLLET

A l’occasion de la sortie en DVD de Territoires (2010) d’Olivier Abbou, la salle d’art et d’essai Le Nouveau Latina (Paris) organisait samedi 14 janvier à 22 heures la projection du film en présence du réalisateur, dans le cadre d’une soirée Panic !Cinéma. Décrochant le prix du meilleur thriller au dernier Brussels International Fantastic Film Festival (Belgique, 2011), celui du meilleur réalisateur et du public au Festival Cine de Terror de Molins de Rei (Espagne, 2011), le premier long-métrage de ce cinéaste talentueux nous laisse un peu sur notre faim. Et pourtant, l’histoire commence plutôt de belle manière...

De retour d’un mariage au Canada, cinq Américains sont arrêtés en pleine nuit par deux douaniers après avoir franchi la frontière des États-Unis, quelque part sur une route déserte. Le contrôle de routine, très tendu, vire rapidement au cauchemar lorsque les deux fonctionnaires zélés deviennent violents et décident de séquestrer leurs concitoyens. On découvre alors la véritable personnalité de ces deux hommes, anciens vétérans de la première guerre du Golfe, conscients de bafouer les lois mais persuadés d’agir au nom et pour le bien des États-Unis d’Amérique.

Olivier Abbou a choisi de mettre en scène le scénario imaginé par Thibault Lang-Willar, l’auteur de Chlore publié chez Denoël en 2003, et ainsi de s’engager pour dénoncer la politique menée par les États-Unis à Guantánamo, initiée par George W. Bush après le 11 septembre et poursuivie par Barack Obama en 2008. Alors qu’il aurait pu choisir de critiquer avec subtilité le Patriot Act de 2001 justifiant l’attitude du gouvernement américain envers les « combattants illégaux » et l’absence totale de droit pour ces prisonniers parqués, isolés et interrogés sur une base navale située à l’extrémité Sud-Est de Cuba ; le réalisateur français préfère nous montrer avec le doigt son exaspération.

En 1968, George A. Romero avait réussi à dénoncer la discrimination raciale et la société capitaliste dans laquelle il vivait, en comparant la population de son pays à des consommateurs sans scrupules, à des zombies incapables de juger par eux-mêmes, distraits par les feux d’artifices orchestrés par les politiques et tirés par les médias. Pour sa part, Olivier Abbou n’y va pas par quatre chemins et les clichés sont nombreux : cages de détention, combinaisons oranges, interrogatoires incessants... Rien n’a été oublié. Du coup, le pamphlet subtilement introduit dans la première partie du film perd progressivement de l’effet et tourne à la propagande. On y décèle même des références à The Road to Guatánamo (2005) de Michael Winterbottom dont celle faite à l’affiche du film, plus que flagrante.

Pris par la main jusqu’à la dernière minute, le spectateur n’est plus à même de s’interroger, le film lui imposant une seule réponse. Et c’est bien là ce qu’on lui reproche, ce qui fait perdre à Territoires sa vigueur et son originalité. Une histoire plus aboutie aurait vraisemblablement mieux servi un film qui par ailleurs, est remarquablement mis en scène. Car il faut être juste et reconnaître que l’œuvre d’Olivier Abbou est d’une grande qualité artistique, tant par le choix et le jeu des acteurs que par la photographie, saisissante, ou encore un montage particulièrement efficace. C’est aussi sans doute un peu pour cela que l’on est si exigeant. On a maintenant hâte de voir son prochain film, Yes, we can ! (2011) qui devrait être diffusé sur ARTE dans les semaines qui viennent. L’histoire de deux hommes projetant de kidnapper la grand-mère du Président des États-Unis afin de demander une rançon à la Maison Blanche...

Commentaires

Ton adoration pour "Territoires" te fait perdre toute objectivité... Ceci étant dit, je trouve qu’Olivier Abbou aurait pu dire les mêmes choses sans utiliser de grosses ficèles. Plus de subtilité aurait vraisemblablement flatté l’égo du spectateur, amené à découvrir et à comprendre par lui-même. Maintenant, il faut bien reconnaitre que le scénario ne produit plus autant d’effets une fois passé la moitié du film. C’est un fait Thomas. "Territoires" aurait pu être un grand film. Il demeure un bon film.

17 janvier 2012 | Par Christophe TRIOLLET

Romero lui même nie cette histoire de politisation de La Nuit des morts vivants. Il affirme avoir simplement choisi le meilleur acteur... et ensuite que sa "négritude" a suscité moults interprétations...
Par la suite, dans les opus suivants, le message est plus évident... et assumé.
Bon, ensuite, je n’ai pas vu The Road to Guantanamo, donc je n’ai forcément pas vu cette référence...
Quand à la dernière partie du film, je trouve au contraire qu’elle nous emmène là où l’on ne l’attendait pas...
Bon, tu connais mon amour immodéré pour ce film alors je n’en rajoute pas mais... Je trouve que tu chipotes A DONF !!! ;-)

16 janvier 2012 | Par Foxart

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