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EVENTS - Porno chic

27 juin 2011 | Par : Alan Deprez (Vivadavidlynch)

Double programme Gerard Damiano à la Cinematek

Sous la bannière « Porno Chic » (terme qui pouvait induire le spectateur en erreur, car renvoyant plus volontiers à l’esthétique publicitaire ou au porno feutré/lissé de la maison Marc Dorcel), la Cinematek s’encanaillait en nous proposant un double programme porno 70’s, coordonné par Dirk Van Extergem et Bruno Forzani (qui en assuraient la présentation, sous forme de remise en contexte de l’époque). Un rendez-vous immanquable donc, qui nous offrait (en copies 35 mm) deux chefs-d’œuvre du génie Gerard Damiano (Deep Throat, Odyssey : The Ultimate Trip, The Satisfiers of Alpha Blue) : les impérissables The Story of Joanna (1975) et The Devil in Miss Jones (1973).

The Devil in Miss Jones

2ème film projeté lors de ce double programme (dans une copie plutôt usée), le magnifique The Devil in Miss Jones, starring Georgina Spelvin (The Private Afternoons of Pamela Mann de Radley Metzger, Desires Within Young Girls, The Ecstasy Girls) et un Harry Reems portant fier la moustache (Deep Throat & Memories Within Miss Aggie de Damiano, Forced Entry, Bel Ami), nous relate le parcours d’une vieille fille suicidée sans avoir connu les joies du sexe, qui sitôt arrivée au purgatoire, se voit proposer de retourner sur terre un court instant, le temps de succomber aux plaisirs (variés ! pensez que Damiano y met un point d’honneur !) de la chair.

Une œuvre magistrale, parangon du genre, qui offrit ses lettres de noblesse au porno américain (au même titre que Behind the Green Door des frères Mitchell), et fut décryptée en long et en large sur le site (1er opus du « Loup derrière la Bergerie, par ici : http://www.cinemafantastique.net/LE-LOUP-DERRIERE-LA-BERGERIE-The.html).

The Story of Joanna

A 19h00, les éroto-amateurs emplissaient la salle Ledoux, pour ce qui devait se révéler le moment fort de la soirée : la projection de Story of Joanna, considéré par beaucoup comme le meilleur film de son auteur. Adaptation officieuse du Histoire d’O de Pauline Réage (Anne Desclos), dont Damiano n’avait pu obtenir les droits, cette pépite du hard US vintage déploie un large éventail de sophistications (formelles et scénaristiques), pour façonner une œuvre somptueuse, d’une richesse insondable, qui se propose d’explorer les méandres d’une relation passionnelle et mortifère…

Le film nous conte l’initiation d’une jeune fille candide, la douce Joanna (Terri Hall : The Divine Obsession, porno réalisé par le truculent Lloyd Kaufman, The Taking of Christina, Dominatrix Without Mercy de Costello, l’horror porn de The Devil Inside Her), par Jason, bourgeois décadent et sadien en diable (l’unique Jamie Gillis : The Opening of Misty Beethoven de Metzger, Water Power, The Violation of Claudia de Bill Lustig, The Ecstasy Girls), qui lui inculquera l’apprentissage de diverses « perversions » (gang bang, lesbianisme, SM, …), sous les yeux du dévoué majordome Griffin (Zebedy Colt : Sex Wish, Peach Fuzz, le porno gay Manhole) et de la soubrette sexy Gena, aux faux airs de Milla Jovovich (Juliet Graham : Fantasex, l’érotique Black Emanuelle autour du monde de Joe D’Amato, le thriller « stupéfiant » The Ganja Express, aux côtés de Jamie Gillis).

Terri Hall, à la poitrine lourde et opulente, se révèle parfaite pour le rôle, prêtant ses traits tranchés (visage de « beauté antique ») et ses grands yeux écarquillés, suppliant son tortionnaire, à la fragile Joanna, toute à la merci de son pygmalion ès fantaisies sexuelles. Dans le rôle de ce dernier, Jamie Gillis offre une prestation mesurée et raffinée, moins brute qu’habituellement (remember l’Enema Bandit de Water Power), et se pose plus que jamais en « De Niro du porno US » ; dont il partage cet abandon total, pierre angulaire de la composition de personnages riches et investis d’une soif de jeu sans limites… Une certaine tendance à plonger corps et âme dans chaque rôle, jusqu’à se perdre…

The Story of Joanna est fabuleusement cadré et éclairé (par le chef-op João Fernandes, sous le pseudo d’Harry Flecks) et bénéficie d’une BO aux accents classiques, épousant idéalement les images (décors grandioses, au luxe grandiloquent, baroque assumé, omniprésence de la nature via ces promenades “bucoliques” dans les vastes jardins du domaine), qui n’est autre que l’œuvre de l’acteur Zebedy Colt ! (sous le nom d’Edward Earle)
Une mélancolie prégnante imprègne chaque plan (des fruits de la psyché « déviante » de Jason, qui se sait condamné et veut mourir de la main d’une personne amoureuse de lui) et le scénario procède par petites touches impressionnistes ; l’ensemble formant un tout cohérent, d’un « standing » et d’une élégance rares dans le milieu (surtout compte tenu de la médiocrité ambiante propre au marché vidéo des années 2000), qui pourraient en remontrer à de nombreux films traditionnels… Vers une conclusion funeste et désenchantée…
Il est à noter que Damiano nous gratifie aussi d’une séquence gay entre Gillis et Colt (qui s’étaient déjà croisés - et plus si affinités - dans Manhole) ; aspect qui étonnera (voire rebutera) le public actuel, mais était relativement présent dans les « hardcores » hétérosexuels de l’époque.

Une œuvre à présenter à un maximum de « pornophobes » partout dans le monde, pour définitivement leur prouver que « Oui, le cinéma pornographique est un genre comme un autre et qu’il recèle (aussi) de chefs-d’œuvre, finement ciselés. » Loin de l’idée répandue selon laquelle le cinéma hard est bassement fonctionnel et exempt de maîtrise, autant que de scénario.

NB : The Story of Joanna fut malheureusement présenté (au grand étonnement de Bruno Forzani) dans une copie censurée (floutée et recadrée lors des passages les plus explicites), voire expurgée d’une poignée de séquences (ou tout du moins d’une bonne partie de celles-ci).

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