Festival Offscreen

EVENTS - OFFSCREEN 2015

Hommage à Jean-Jacques Rousseau

D'où qu'il se trouve, Jean-Jacques Rousseau vous salue bien !

Hier, avait lieu l’hommage à Jean-Jacques Rousseau, concocté par l’équipe du Offscreen Film Festival et scindé en deux parties : une première période consacrée aux œuvres tournées en pellicule (c’est sur celle-ci que nous nous attarderons) et la seconde, plus tardive, dont les nombreux faits d’armes ont peu à peu dérivé du format analogique vers la vidéo puis le numérique. Une évolution qui, comme vous le lirez, a modifié en profondeur l’art du cinéaste de l’absurde. (notre chroniqueur n’a assisté qu’au premier cycle-ndr)

Débutant sur le coup de 20h00, la première salve de films s’étalait de L’abstrait (1967) à L’histoire du cinéma 16 (1982) (nous y reviendrons-ndr), tandis que la deuxième (prévue dès 22h15) comptait en ses rangs L’œil du cyclone : La belge histoire (1997), le célèbre Furor Teutonicus (1999) - jadis diffusé sur Canal + -, l’excellent Le goulag de la terreur (aka Irkutz 88, 2001) - avec un Noël Godin délicieusement pervers et cabotin en scientifique aux méthodes douteuses - et Docteur Loiseau, 4ème partie : La solution finale (2013), dans lequel les habitués du BIFFF reconnaîtront Rémy Satan Legrand (l’homme aux seins en personne !). Heureusement que le film n’était pas projeté en Odorama…

"Germaine Grandier", un des sommets de la filmo de JJR.

La troupe de fidèles du réalisateur s’était empressée de remplir la salle du Nova - y compris Amaury (alias Cimon), son éternel bras droit, qui débarquait sur place chargé de superbes tee-shirts à l’effigie du trublion encagoulé -, à l’exception notable de sa fille Frédérique (compositrice de quelques méfaits de son illustre paternel), retenue par des obligations professionnelles. L’émotion était palpable et l’occasion, trop belle de perpétuer la mémoire de celui dont les circonstances improbables du décès pourraient rappeler la trame d’une de ses œuvres. JJR s’était en effet éteint en plein coma, consécutif à un accident ubuesque : il se trouvait en devanture d’un bar de son fief de Courcelles et s’était interposé lors d’une querelle de bistrot (qui ne le concernait pas le moins du monde), finissant fauché par une voiture. L’auteur de cet « attentat » en voulait aux deux autres personnes pour une sombre histoire passionnelle, qui avait fini par lui faire perdre raison…

JJR Superstar !

La soirée était préfacée par Eveline Scrève (assistante de production de Rousseau, elle a remasterisé quelques-uns de ses films) - replaçant chaque œuvre dans le contexte de l’époque - et introduite par Noël Godin, qui a dû provoquer des acouphènes chez les spectateurs tant il s’égosillait dans le micro (!).

Le croquignolet "Catalepsie".

Le top départ des réjouissances était donné par la projection d’une véritable rareté. Entièrement muet (du 8 mm, sans ajout sonore), L’abstrait porte en lui les germes de tout ce qui fera le sel du cinéma de JJR : une naïveté touchante et une forme de poésie liée à une croyance indéfectible en ce qu’il fait, nullement tempérée par le manque de moyens et l’absurdité des situations dépeintes. L’abstrait donne à voir un groupe de rock (dont on n’entendra donc jamais la moindre note !) sous les ordres d’un photographe un peu savant fou, qui les filme et les drogue (par ici la piquouze !) pour que leur performance soit encore plus fiévreuse. Le tout finira en film de morts-vivants dépouillé et (involontairement ?) comique. (ceci est une interprétation qui n’implique que l’auteur de ces lignes-ndr)

Lui succédait Germaine Grandier (1972), qui peut être considéré - avec Furor Teutonicus - comme l’opus magnum de la filmographie de JJR. Tourné en 16 mm et en noir et blanc, le film relate la déchéance d’un homme, qui s’isole dans son imposante bâtisse, se murant dans la souffrance et la solitude depuis le décès de sa femme… survenu le jour de leur mariage et avant que leur amour ne soit consommé ! Nimbé d’un romantisme noir - que l’on n’aurait pas forcément imaginé venant du réalisateur de Karminsky-Grad (2011) - et narré en voix off par un Rousseau des grands jours, Germaine Grandier impressionne par la qualité d’interprétation de Vincent Scroppo (intense) et surtout, par sa facture technique.

René Cuba est plus fort que deux voitures dans "L'histoire du cinéma 16"... JCVD peut aller se rhabiller !

On y dénombre beaucoup de jolis cadres et de raccords parfaitement effectués, alors que l’on ne peut dire que les œuvres récentes de Rousseau aient brillé par leur sens du cadrage ou leur science du montage. Loin de nous l’envie de rabâcher les idées préconçues véhiculées par les critiques bien-pensants à l’encontre du cinéaste de l’absurde (amateurisme, ridicule avéré, …), mais il n’est pas innocent de constater que l’usage de la pellicule forçait JJR à plus de rigueur et de formalisme (j’avoue que le mot est fort…-ndr), alors que l’avènement des petites caméras compactes et du numérique l’ont plus ou moins fait sombrer dans la fainéantise. Entendons-nous bien que sa production tardive recèle d’autres atouts (intrigues psychotroniques, folie contagieuse, …), même si son enrobage se révélait de plus en plus décousu.

Décousu, Catalepsie (1976) l’est à plus d’un titre. Assez courte (8 minutes), l’œuvre est née sous l’impulsion de Victor Sergeant, qui voulait développer une histoire dédiée à cet état médical méconnu (pour le Larousse, la catalepsie est un “état physique transitoire caractérisé par une rigidité des muscles du visage, du tronc et des membres, qui restent figés dans leur attitude d’origine”-ndr). En l’état, Catalepsie s’avère brouillon mais très rigolo, relatant l’itinéraire d’un fou du volant (campé par Sergeant), dont les embardées sur la route sont pour beaucoup issues de stock-shots… qui ne raccordent en rien avec les plans tournés ! Ces éléments forment un mélange foutraque, renforcé par le jeu d’acteur pour le moins approximatif des « tronches » dénichées par Rousseau. Mais ce n’est pas tout, car Catalepsie nous offre un loooooong écran noir lorsque son protagoniste est enterré vivant - relevé d’une voix off croquignolette - et ménage une chute très abrupte, redoublant le caractère nonsensique de l’ensemble.

René Cuba (alias Belface) saisi dans l'éclat de sa jeunesse.

L’histoire du cinéma 16 était quant à lui présenté par le sympathique René Cuba (à l’origine, Jean-Jacques Rousseau avait remarqué ses bras musclés pendant une ducasse !), qui n’a pu réprimer les larmes lui montant aux yeux. Il faisait partie du noyau dur de JJR, lui qui tenait la caméra de certains de ses films (cinq, pour être précis, en comptant le making of de La revanche du Sacristain cannibale, avec un Philippe Otlet déchaîné) et a joué dans huit autres. Une fructueuse collaboration, qui a (presque) duré l’espace de 30 ans…

René Cuba prête sa fougue juvénile et sa passion des arts martiaux à cette Histoire du cinéma 16. Il est le redresseur de torts Belface (un « karatéboxeur », selon JJR) - que l’on pourrait décrire comme… un Bruce Lee wallon ! - et qui s’oppose aux Devils, des malfrats payés par la multinationale Vidéo New pour détruire les salles de cinéma des environs et causer la fin de Jean-Jacques Rousseau. Et pour cause, cette œuvre protéiforme est une mise en abyme du cinéma de JJR, qui confie son rôle au moustachu Frans Badot. L’histoire du cinéma 16 tutoie les cimes de l’absurdité et tourne à la régalade. René Cuba multiplie les kicks (belle souplesse !) et les poses appuyées, vaguement inspirées de celles du Petit Dragon, tandis que les chômeurs y sont vilipendés et que les cascades en bagnoles feraient passer le très bis 2019 après la chute de New York pour Mad Max ! Que demander de plus ?

Pour plus d’infos sur le cinéma de Jean-Jacques Rousseau, faites un détour par son site officiel.

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