PIFFF

EVENTS - Les courts internationaux du PIFFF

Fucking banana !

Les programmateurs du PIFFF avaient décidé de mettre les courts métrages à l’honneur. En leur consacrant une séance complète, le samedi matin, dans laquelle s’affronteraient dix courts métrages exclusivement français d’une part et en faisant précéder chaque long métrage d’un court métrage international. Une excellente idée surtout que la sélection était d’un niveau extraordinairement élevé. On ne va pas se mentir, on a découvert quelque perles et on a noté quelques noms dans son petit carnet des réalisateurs à tenir à l’œil car c’est peut-être là que se cache l’un des futurs cracks du cinéma mondial. Tour d’horizon.

LEYENDA de Pau Teixidor (Espagne)

Ambiance à l’espagnole pour ce court métrage mêlant fantastique, conte et quotidien et mettant en avant une fillette, sa famille et une légende à base de loups. D’emblée, on remarque l’élégance de la chose. Mise en scène chiadée, ambiance maitrisée et froideur impeccable. On ressent l’étrangeté plus qu’on ne la voit. Une famille, une voiture, une aire d’autoroute, il n’en faut pas plus à Teixidor pour poser une atmosphère fantastique. Bien joué, bien mis en scène mais top convenu, Leyenda convainc par sa facture technique irréprochable mais souffre de quelques petites longueurs et d’un manque d’originalité qui le fait ressembler à tous les autres films de ses petits copains ibères. On conseillera au réalisateur de ne plus copier sur ses voisins et de se créer un univers propre car le talent est bien là, reste à le polir.

A FUNCTION de Hyun-soo Lee (Corée du Sud)

Pour moi, le meilleur de cette sélection. On va encore me taxer de pro-asiatisme primaire mais qu’importe tant ce court était maitrisé de bout en bout. Mise en scène impeccable, gestion de l’espace (une toute petite salle de classe) parfaitement exploitée, une ambiance poisseuse à mi-chemin entre Silent Hill et Saw, une photographie à tomber et une tension à couper au couteau. En plus de ça, A function se permet de porter une critique sur la course à la réussite scolaire qui pourrit la vie de nombreux étudiants coréens. La Corée compte d’ailleurs le plus haut taux de suicide sur l’ensemble des pays développés. Le fond, la forme, la classe et le talent font de « A function » un vrai petit chef-d’œuvre horrifique de huit minutes que le jury aura apprécié à sa juste valeur en le récompensant. En plus, l’héroïne porte un très joli sailor suit. Oui, ça joue aussi.

DER FALL OF MAX MUSTERMANN de Achim Wendel (Allemagne)

Ambiance Brazil et kafkaïenne pour ce court métrage allemand mettant un homme lambda aux prises avec la bureaucratie locale. Un court métrage esthétiquement réussi, comme l’ambiance, la photo est très belle et l’atmosphère d’anticipation est parfaitement restituée mais il manque un truc, un petit quelque chose qui emmènerait le court dans une autre dimension. Là, on a un film maitrisé et tenu mais trop didactique et perclus d’influences évidentes. Ca manque un peu d’identité là aussi.

PICNIC de Gerardo Herrero (Espagne)

Changement radical d’atmosphère pour Picnic qui est basé sur un onirisme et une imagerie ultra chiadés. On y découvre une famille revenant dans des lieux connus mais dont la guerre a légèrement modifié la topographie. Picnic surprend par la beauté de ses images et l’ambiance cotonneuse qui s’en dégage. Une jolie forêt, une famille Herta et soudain, le tout bascule vers l’horreur. Une mine, une explosion, du sang et des tripes. Gerardo Herrero tire parti de son décor et instille une tension via de nombreux détails et une mise en scène tout en douceur contrastant avec la violence sèche de certains plans. Un petit twist bien amené mais un poil attendu vient conclure en beauté ces treize minutes en apesanteur. Le décalage entre la forme et l’horreur de la situation amène une vraie identité à ce court métrage.

THE LEGEND OF BEAVER DAM de Jérome Sable (Canada)

Voici peut-être le film le plus réjouissant de cette sélection car totalement grindhouse dans l’esprit et très orienté années 80 dans l’esthétique. Une troupe de louveteaux campe au coin du feu et leur chef leur raconte la terrible histoire de Stumpy Sam. Ambiance campy, boogeyman et forêt, pas de doute on est là en face d’un vrai slasher mais en chanson. La majeure partie du film se déroule sous forme de comédie rock à la Tenacious D. Les chansons sont d’ailleurs excellemment bien écrites et les comédiens tous excellents. Le film rend hommage à tout un pan du cinéma d’horreur de vidéo club des années 80 et n’hésite pas à trucider ses enfants et à confronter un terrible boogeyman à un jeune gamin qui rappelle le Tommy de la saga Vendredi 13. Un court métrage rock’n’roll et survolté mais tenu de bout en bout l’empêchant de virer dans le nawak le plus total. Je regrette juste le petit twist final qui ternit très légèrement l’ensemble. Un excellent court en tout cas qui aura su toucher la majeure partie de la salle.

GHOST de Tobias Boesen (Danemark)

Ce film se démarque par ses velléités expérimentales évidentes et ses effets de montage et de mise en scène. On revient à l’essence du court métrage : faire passer un maximum d’idées en un minimum de temps. Et des idées, Ghost n’en manque pas, il en déborde même, rendant l’assimilation parfois complexe. Visuellement époustouflant mais très abscons, le court marche essentiellement par association d’idées, mise en scène impeccable et jeu de montage exemplaire. On ressent tout un tas de sensations diverses et variées et, peu à peu, en rassemblant les pièces du puzzle, on reconstitue l’histoire, touchante, de cette famille troublée par le deuil. Un film exigeant et hermétique qui en laissera peut-être certains sur le carreau. Mais retenez le nom de Tomas Boesen, on risque d’en entendre parler.

BANANA MOTHERFUCKER de Pedro Florencio (Portugal)

Voila un court métrage tout entier tourné vers le gore et le fun. Marchant sur les traces de Ruggero Deodato, un jeune réalisateur se rend dans des contrées sauvages et reculées afin de réaliser le film d’horreur ultime. Mais des bananes vont en décider autrement. Une petite exposition de cinq minutes et ensuite dix minutes de carnage, c’est ça, Banana motherfucker. Un film hyper référentiel, excessivement gore et très drôle. Un gore et une ambiance à la Troma destiné à la véritable horreur. Un film fait pour ce genre de manifestations qui chauffe à blanc une salle de goreux assoiffés de sang. Techniquement, ça sent bon l’amateurisme mais c’est tellement fun et bon esprit que ça passe tout seul. Les fanboys apprécieront les références à Freddy, aux Dents De La Mer et à Arachnophobie, entre autres.

LE LAC NOIR de Victor Jaquier (Suisse)

Le réalisateur opte ici pour l’atmosphère féérique et noire du conte. Une réussite sur la plan visuel où chaque plan semble travaillé jusqu’à la gueule et que ce soit au niveau du costume, du décor, de la lumière ou de la mise en scène, tout respire le professionnalisme à plein nez. La réalisation est étudiée et maitrisée, ample et intimiste à la fois. On pense souvent aux contes de Grimm ou d’Andersen face à cette histoire de poisson, d‘enfant, de malédiction et de lourds secrets. Jaquier maitrise tous les aspects de son sujet, de l’écriture précise à la musique en passant par la production design, on a l’impression que chaque sous est à l’image. Maintenant, en tant que spectateur, on ne se sent pas suffisamment impliqué et il manque cette touche de personnalité et de vie pour vraiment emporter l’adhésion. L’ensemble est un peu froid et distant malgré des qualités techniques et esthétiques hallucinantes. Un excellent court métrage, hyper professionnel mais qui manque d’un petit je ne sais quoi afin d’être qualifier de chef-d’œuvre du style. Mais une fois de plus, un nom à suivre car Jaquier est manifestement à l’aise avec toute la machinerie que demande un tournage professionnel.

HOPE de Pedro Pires (Canada)

Grosse claque visuelle que ce Hope, justement récompensé par le jury. D’emblée, on pense au Dormeur du Val de Rimbaud puis on passe à des plans à la Stalker de Tarkovski. Esthétiquement magnifique, Hope rappelle le cinéma d’Anton Corbijn au niveau du grain et de la texture de l’image de cette histoire antimilitariste. La mort ne tient pas compte du grade, elle tue les gradés comme la bleusaille. La métaphore du barbier est parfaite et permet de bien comprendre les intentions du réalisateur qui maitrise son image à la perfection. Hope est un film purement sensitif, viscéral, d’une beauté à couper le souffle et d’une limpidité rarement vue. Pedro Pires est promis à une très belle carrière s’il persiste dans cette voie car il possède le talent, l’originalité et déjà, un vrai regard de metteur en scène. Une totale réussite.

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