Events

EVENTS - Hell’s Ground

2 mai 2012 | Par : Seb Lecocq

Massacre au Pakistan

Un film d’horreur pakistanais au Forum des Halles ? Impossible pour moi de louper ça. Surtout quand la petite soirée organisée par les collègues d’1kult et Badlands est précédée de deux courts métrages et suivie d’un petit verre de l’amitié. Étant détenteur d’une double invitation, j’embarque un bon pote dans mes bagages et en route pour les sombres forêts du Pakistan, l’avant-première prend place dans le cycle « Mille et Une Forêts » du forum des images, mais avant ça un petit détour par le Canada et le Brésil pour deux courts métrages très réussis dans leur genre respectif.

Le premier, The Legend Of Beaver Dam narre l’histoire d’une troupe de louveteaux qui campe au coin du feu et de leur chef qui leur raconte la terrible histoire de Stumpy Sam. Ambiance campy, boogieman et forêt, pas de doute on est là en face d’un vrai slasher mais en chansons. La majeure partie du film prend la forme d’une comédie rock à la Tenacious D. Les chansons sont d’ailleurs excellemment bien écrites et les jeunes comédiens sont tous parfaits. Le film se veut un hommage à tout un pan du cinéma d’horreur de vidéo club des années 80 et n’hésite pas à trucider ses enfants dont le sosie de Stephen King gamin. Un court métrage rock’n’roll et survolté mais tenu de bout en bout l’empêchant de virer dans le nawak le plus total. Je regrette juste le petit twist final qui ternit très légèrement l’ensemble. Un excellent court en tout cas, écrit, maitrisé, bien shooté, qui ouvre la soirée en beauté. Après quelques petits soucis techniques, des broutilles, débarque Banana Motherfucker. Marchant sur les traces de Ruggero Deodato, un jeune réalisateur se rend dans des contrées sauvages et reculées afin de réaliser le film d’horreur ultime. Mais, des bananes vont en décider autrement. Une petite exposition de cinq minutes et ensuite dix minutes de carnage, c’est ça Banana Motherfucker. Un film hyper-référentiel, excessivement gore et très drôle. Un gore et une ambiance à la Troma plutôt que de la véritable horreur. Techniquement, ça sent bon l’amateurisme et le tournage potache style guerilla mais c’est tellement fun et bon esprit que ça passe tout seul. Les fanboys apprécieront les références à Freddy, aux Dents De La Mer et à Arachnophobie entre autres.

Après cet amuse-bouche fort goûteux, place au plat de résistance venu du Pakistan. J’avoue humblement n’avoir aucune connaissance du cinéma pakistanais en général et encore moins du cinéma de genre pakistanais, ma seule expérience en la matière étant la sympathiquement bis Dracula au Pakistan acheté avec feu Mad Asia numéro 5. C’est donc avec la plus totale ignorance que je vais voir ce Hell’s Ground vendu comme un Massacre à La Tronçonneuse avec des zombies. Ben en fait c’est tout à fait ça. Un peu trop ça d’ailleurs tellement le film suit à la lettre le schéma narratif du chef-d’œuvre de Tobe Hooper. La bande de sales jeunes hétéroclites, le van, l’auto-stoppeur, la station-service, la maison abandonnée décorée de cadavres de bestioles en tout genre, la famille de déglinguos…Bref plus qu’un hommage, le film est carrément un faux remake de Massacre a la Tronçonneuse.

Mais les zombies dans tout ça ? Ben ils y en a au début. Des zombies envahissent une région du Pakistan sans vraiment que ça ne soit justifié ni que ça ait une incidence quelconque sur le déroulement de l’intrigue tant et si bien que, passé la première vingtaine de minutes, on n’en entendra plus parler. Mais Hell’s Ground, c’est bien plus qu’un pseudo remake du Massacre hooperien, c’est un cinéma vrai, un cinéma naïf, un cinéma d’amoureux du cinéma qui n’a pas les moyens ni la compétence pour faire du cinéma mais qui en fait quand même de la même manière que nous petits enfants organisions d’homériques mises en scène lors des grandes fêtes de l’école primaire. C’était incertain, maladroit, mal fait, vilain mais nous y croyions et y mettions tout l’amour que nous avions pour le projet qui, pour nous, était la chose la plus importante au monde. Et bien voilà, là c’est pareil. L’esprit du film rappelle celui de ses artisans maladroits mais sincères que sont Jean Rollin et toute sa bande.

Ce qui n’en fait pas un mauvais film pour autant, au contraire ce sont toutes ces imperfections qui le rendent attrayant. On s’esclaffe devant le jeu approximatif des comédiens, on s’amuse de la direction photographique iconoclaste, on tortille des fesses en entendant la musique totalement décalée type bollywood du film. Autre qualité transformée en défaut, la durée du film : une heure quinze c’est peu mais c’est largement suffisant pour que le réalisateur Omar Ali Khan assure un bon rythme au film. En toute honnêteté, le film est plus proche d’un Birdemic que du Zombie de Romero, mais pour ceux qui ne rechignent pas à se mater un film imparfait, bourré de défauts et aux envolées nanardeuses, Hell’s Ground est un mets de choix. Mais je n’ai pas encore tout dit, j’ai gardé le meilleur pour la fin et il y a tellement de bonnes choses (involontaires ou pas) qu’il est difficile de choisir et d’en mettre deux en exergue. J’aurais pu parler de la direction photo totalement what the fuck avec la moindre cahute éclairée comme Buckingham Palace, le van des héros perdu en plein cœur d’une sombre forêt bourrée de plus de néons qu’un bar à hôtesses de la rue d’Aarschot. J’aurais pu parler de la machine à fumée que l’équipe technique ne prend même pas la peine de cacher mais non, j’ai porté mon choix sur le boogieman du film et sur les plans de coupes.

Les plans du coupes, personne n’y fait attention et personne ne les remarque mais dans Hell’s Ground, c’est l’un des éléments les plus marquants. Tant et si bien qu’on se demande si Omar Ali Khan ne les a pas utilisés comme running gag dans son film, pour détendre une atmosphère, ma foi, déjà fort légère. Khan multiplie jusqu’à l’absurde la présence d’un plan de coupe sur la pleine lune. Entre deux scènes, pour effectuer une transition, pour surligner l’atmosphère belliqueuse et dans tant d’autres circonstances. Au début, on n’y prend pas garde mais à partir de la dixième fois, on l’attend avec impatience et lorsque cette lune apparait enfin, on en a la sève qui monte au corps comme lors de premières amourettes estivales.

Le boogieman enfin, l’élément le plus réussi du film, celui qui va calmer tout le monde, les personnages du film au sens propre, les spectateurs au sens figuré. Surnommé Burqman, il est croquignolet à souhait. C’ est un homme caché sous une burqa dans des circonstances que je ne dévoilerais pas afin de ne pas déflorer une partie de l’intrigue, car oui, intrigue il y a. Burqman donc, en plus d’être une énorme masse type Jason et de porter une Burqa rose, trucide les jeunes hippies du film à l’aide d’un fléau moyenâgeux. Mais oui ce gourdin avec une grosse boule pleine de picots qu’on fait tournoyer à l’aide d’une chaine avant de fracasser la tête de ses ennemis. Voilà, c’est son arme de prédilection. Un fléau. Et une burqa. Rose. Hell’s Ground est un film totalement autre, bourré de défauts mais avec un cœur gros comme ça. C’est Quasimodo version film : il est très vilain, tout tordu et pas très malin mais possède une naïveté désarmante et surtout il respire l’amour du cinéma.

Il me reste a saluer la louable initiative de Badlands (label dvd créé par l’équipe d’1kult) qui sortira Hell’s Ground en dvd double feature avec justement Dracula au Pakistan. L’occasion pour tous les amateurs d’exotisme et d’aventures cinématographiques de se repaître d’un film trop rare que pour passer inaperçu.

Ajouter un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Image du jour

Récentes critiques

affiche du film
Kodoku : Meatball Machine
2017
affiche du film
Night of Something Strange
2016
affiche du film
Bloodlands
2017
affiche du film
From a House on Willow Street
2016
affiche du film
The Mermaid
2016
affiche du film
Vanishing Time: A Boy Who Returned
2016

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage