Events

EVENTS - Festival de l’Absurde Séance 2012 (Nantes)

14 octobre 2012 | Par : Romain Mollet

Pour sa quatrième édition, Le Festival de l’Absurde Séance, concocté par l’irremplaçable Jean-Maurice Bigeard et les salles du Katorza de Nantes, a battu des records de fréquentation : 2500 spectateurs enregistrés sur les douze projections uniques que représentaient la programmation de cette année, étalée du Jeudi 04 Octobre au Dimanche 7 dans la matinée.
En même temps, avec des avant-premières alléchantes telles que La Chasse de Thomas Vinterberg ou le Maniac de Franck Khalfoun et la présence de certains noms comme Marc Caro, Didier Poiraud et surtout Ruggero Deodato, il faut avouer qu’il était difficile de passer à côté de cet évènement de plus en plus majeur du paysage cinéphile français.

Cette édition s’est donc ouverte sur un classique du nanar dont la réputation n’est plus à faire : For Y’ur Height Only, premier volet des aventures de l’Agent 00 incarné par le roublard Weng-Weng. Pastiche foutraque évidente de James Bond, le film accumule les morceaux de bravoure nanardesque (le fameux parapluie en guise de parachute !), les choix artistiques douteux et les répliques absurdes (“Tu es mignon comme une patate”), en faisant donc un film parfait pour réveiller les instincts déconneurs de la salle (on notera volontiers le “Deux nains ne meurent jamais” crié par l’un des spectateurs lors du climax).

Instincts qui se turent avec le film suivant, véritable premier évènement de cette programmation, le polémique La Chasse, dont on se souvient des retours mitigés lors du dernier Festival de Cannes. Qu’en est-il alors du dernier métrage de l’auteur de Festen ?
Lucas, quarantenaire divorcé travaillant dans une garderie, se retrouve accusé d’attouchements sexuels envers l’une des gamines du centre, fille de son meilleur ami. Bien qu’aucune preuve ne puisse confirmer l’acte, le monde de Lucas commence à s’écrouler autour de lui par le lourd poids de l’accusation.
A l’instar de son premier film, Jagten (en danois) confirme un certain attachement du compère de Lars Von Trier pour le social brutal, dans lequel les situations sociologiques marginales provoquent le malaise auprès d’un spectateur, ici omniscient, connaissant alors la véritable nature de Lucas dont le désespoir est magistralement retranscrit par Mads Mikkelsen (qui n’a pas volé son prix d’interprétation).
Jouant sans cesse avec une certaine ambiguïté morale qui en a rebuté plus d’un, Vinterberg donne à ce drame d’une froideur extrême un sentiment de fascination coupable, aidé par une mise en scène qui s’amuse à sublimer sans cesse la nature sauvage du Danemark, celle dans laquelle Lucas se trouve être aujourd’hui la proie, apeurée et persécutée.
Un point de vue simple, voire simpliste, mais suffisamment maîtrisé, techniquement et dans sa narration, pour créer un certain choc.

Plus léger, mais non moins réussi, cette première soirée fut suivie par l’avant-première du génial God Bless America de Bobcat Goldthwait, comédie noire indépendante dans laquelle Frank, cinquantenaire à la vie merdique et atteint d’une tumeur incurable, décide de passer le restant de ces jours avec une adolescente à problèmes afin de mettre un terme à la folie constante d’une époque régie par les médias décérébrés et l’individualisme.
Le tour de force du film est d’aligner les exécutions sommaires sans jamais froisser le spectateur, forcément secrètement complice de nos deux protagonistes et de leurs intentions. Honnêtement, qui n’a jamais rêvé de clouer le bec d’un quidam ennuyeux et borné à coups de revolver ? D’envoyer une bombe sur le plateau télévisé d’un reality show ?
S’amusant avec ces fantasmes moralement irréalisables, le film de Bobcat Goldthwait en devient immédiatement jouissif et hilarant, mais n’oublie jamais de créer une relation touchante entre Frank et Roxy, ces deux marginaux attachants justement interprétés par les méconnus Joel Murray et Tara Lynn Barr.
Un film subversif joliment emballé qui ne perd jamais le spectateur dans sa frénésie et fait définitivement un bien fou en ces temps de conneries abondantes.

La seconde journée commençait alors avec la projection du film de blaxploitation grec Black Aphrodite de Pavlos Filippou, qui a vu l’honneur d’accueillir dans son public Hélène Cattet et Bruno Forzani, les metteurs en scène derrière le très remarqué Amer, sorti il y a déjà deux ans . Malheureusement, faute d’emploi du temps, ce ne fut pas mon cas.

La soirée continue avec la première française de Grabbers, comédie fantastique irlandaise sortie cet été Outre-Manche, dans une copie plus que déplorable dû à une erreur de commande de la part du distributeur, ayant refilé un simple DVD-R au lieu du Blu-Ray demandé par les organisateurs.
Malgré ce problème de projection, le film de Jon Wright, dans lequel une bande de poivrots est confrontée à un alien suceur de sang pur et décide de se biturer la gueule pour en venir à bout, reste une bonne découverte de ce festival.
Si la tentative de copier la recette Shaun of the Dead est évidente, le film surprend par ses personnages hautement sympathiques et joyeusement décalés mais, surtout, par la qualité de ses effets spéciaux, en témoigne - entre autres - une courte séquence assez Gremlinesque. (NDR - C’est dingue, j’ai l’impression d’avoir copié sur la critique de Quentin Meignant).
Bien que souvent très drôle, le film demeure plutôt maladroit et perdu dans ses intentions, mais cela ne l’empêche pas d’être un très bon divertissement à déguster avec une Guinness.
Le film était précédé par le réjouissant court-métrage Mon Dernier Rôle de Olivier Ayache-Vidal, abordant le mystérieux suicide de l’acteur Patrick Chesnais dans une chambre d’hôtel parisienne.

La véritable curiosité de ce cru 2012, néanmoins, était la projection de Subconscious Cruelty, premier film de jeunesse de Karim Hussain, tourné entre 1994 et 2000 pendant que le jeune homme croulait sous son addiction à la drogue. Souvent décrié comme un spectacle insoutenable pas si éloigné d’un Salo et les 120 Jours de Sodome, c’est avec surprise (ou horreur, c’est selon) que l’on découvre que ce premier essai s’apparente plus à une oeuvre arty influencée par les premiers films de David Lynch, Alejandro Jodorowsky ou encore Shinya Tsukamoto.
Divisé en quatre parties, le film prône l’idée de la mort de l’hémisphère gauche, autrement dit la raison, vaincu par l’hémisphère droit, ici les désirs malsains, définitivement liés au mal-être de l’auteur, paranoïaque et perturbé par son abus perpétuel d’héroïne, comme le confesse t-il lui-même lors d’une introduction réalisée spécialement pour cette projection.
Terriblement sombre et immoral (un jeune homme obsédé par sa sœur enceinte décide de faire l’ultime affront au don de la création de la vie, par exemple) le film possède pourtant, malgré son amateurisme attachant, une certaine poésie macabre passant aussi bien par les réflexions perchées de nos protagonistes que par les métaphores visuelles nombreuses et explicites du métrage (la dernière partie sur le corps du Christ en regorge, par exemple).
A la fois malsain et fascinant, onirique et cauchemardesque, Subconscious Cruelty, malgré ses quelques défauts de premier film, reste une expérience sensorielle comme il est intéressant de découvrir sur grand écran.
Le film sortira en DVD et Blu-Ray chez Elephant Films en Mars prochain et vous pourrez retrouver les avis des nombreux spectateurs de cette séance dans les bonus réalisés sur place pour l’occasion.

Au troisième jour, il ressuscita. Je parle de l’esprit Absurde, hein... mais il faudra attendre la Nuit Fantastique pour s’en rendre compte.

Premier film de cette ultime journée, le très acclamé Touristes, second film de Ben Wheatley à sortir cette année après Kill List, où une jeune femme légèrement paumée part en vacances avec un écrivain en manque d’inspiration et aux problèmes mentaux assez surprenants.
Non loin de l’esprit de God Bless America, Sightseers en version originale cherche également à faire preuve d’émotions, mais préfère s’appuyer un peu plus sur la méchanceté gratuite de ses personnages (ce qui n’est pas forcément un mal !).
Doté d’un humour noir à la fois subtil et exagéré, ce road movie aligne les plans larges magnifiques sur la nature du nord de l’Angleterre ainsi que les éclats sanglants outranciers venant saccager ce qui s’apparentait presque à une carte postale filmique.
Jouissif et malin malgré un sacré passage à vide dans son troisième acte, Touristes est fidèle à la réputation entendue dans les précédents festoches où il fut présenté.

Le clou de cette édition 2012 était probablement la diffusion sur grand écran de la version intégrale de Cannibal Holocaust, suivie d’une rencontre avec le très charmant Ruggero Deodato. Si le film conserve de sa force visuelle et polémique (les râlements se faisaient entendre parmi les quelques spectateurs qui le découvraient), c’est assurément les éclaircissements sur le calvaire de "Monsieur Cannibale" pendant et après le tournage qui rendait cet événement immanquable.

Évoquant aussi bien le tournage avec une tribu brésilienne, préférée aux tribus chiliennes car moins développées que ces dernières, que le procès interminable mettant en doute les horreurs dévoilées du film ("[Les jurés] ont trouvés une petite loi, qui remonte au fascisme, où on ne peut pas montrer la corrida en Italie. Pour cette loi, on m’a condamné à quatre mois avec la conditionnelle") et, bien entendu, le meurtre des animaux, qu’il justifie d’une part par l’habitude dans son enfance de voir l’abattage des animaux dans sa campagne italienne, avant d’admettre que les animaux tués dans le film servaient également de repas pour la tribu avec laquelle ils ont collaboré (la tortue aurait servi de soupe pour le mariage du chef de la tribu le lendemain du tournage de la fameuse scène).
Il en a profité également pour inviter son confrère George A. Romero à "aller se faire mettre", ce dernier l’ayant snobé lors d’une rencontre à Gérardmer il y a une vingtaine d’années.

Enfin, le moment tant attendu de cette dernière soirée : la Nuit Fantastique, passage incontournable du festival qui s’étend généralement de 22h30 à 06 heures du matin au minimum, aveccafé et gaufres offerts pour les plus chanceux.
Premier film, démarré avec une heure de retard suite au débat et à un problème de projo numérique : Red Tears de Tsujimoto Takanori, qui narre l’enquête policière pour trouver un mystérieux monstre cannibale, alors que tous les regards se tournent vers une jeune femme timide
Et là, c’est assez mauvais... Malgré une scène d’introduction intrigante et joyeusement brutale, le film tombe ensuite par surprise dans une sorte de bordel scénaristique incompréhensible, ne sachant visiblement que choisir entre l’horreur et les arts martiaux, le tout teinté d’un humour assez navrant. En plus de cela, Red Tears est rempli à ras-bord de tics de mise en scène irritants (style pseudo-énergique qui fait mal au crâne, cadreurs allongés au sol, en résultant même un plan sur l’entrejambe du personnage principal !) et accumule les acteurs qui cabotinent. Malgré deux trois effets gores intéressants, le film aurait mieux fait de ne pas être diffusé, après tout.

Et c’est enfin au tour du remake de Maniac de Franck Khalfoun, produit sous l’égide de Alexandre Aja, Gregory Levasseur et Thomas Langmann, d’être dévoilé au public.
Si les admirateurs de l’œuvre originale de William Lustig pouvaient être craintifs (c’était mon cas), c’est avec grande surprise que ce remake risqué s’avère plutôt réussi.
Bien que la transition du contexte original à notre époque internet/smartphones peut s’avèrer maladroite par moments, la volonté technique de tourner le film majoritairement en point de vue subjectif s’avère être une idée payante et terriblement efficace.
Certes, l’explication supplémentaire quant au traumatisme d’enfance de Frank Zito n’apporte rien de nouveau ni au genre ni au personnage (Elijah Wood semble s’y éclater, d’ailleurs) et le film ne sait pas toujours si il veut se démarquer ou coller à son modèle original (les clins d’œil à l’affiche du film original sont assez jouissifs), mais le résultat est suffisamment audacieux et passionnant que l’on en oublie ses problèmes.
Comme quoi, c’est à se demander si Alexandre Aja ne serait pas le seul à connaître la recette d’un bon remake, ces derniers temps.

Troisième film de cette soirée, et pas des moindres : Father’s Day, production Troma réalisée par le collectif Astron-6, dans lequel Ahab, un badass surarmé accompagné d’un prêtre et d’un gigolo, essaie de vaincre une nouvelle fois le Fuchman, un serial-killer qui sodomise et décime les pères de famille de Tromaville.
Et c’est tout bonnement hilarant, le film accumulant les situations grotesques et les dialogues à la con dans un esprit anar fabuleux. Certes, petit budget oblige, ce n’est pas toujours très beau techniquement, mais ils tiennent étonnamment bien la route grâce aux limites de la connerie sans cesse repoussées et la multitude de gags inattendus (le dernier tiers du film, bien qu’un peu longuet, est foutrement osé, ne serait-ce que le caméo de Lloyd Kaufman), permettant de ne pas faire décrocher l’amateur de débilités sanglantes un seul instant.
Malgré l’heure et la fatigue, le film a su remporter, ex-aequo avec God Bless America, le Prix du Public, et on doit bien avouer qu’en termes d’absurde, on a rarement vu aussi drôle ces derniers temps.

Enfin, le dernier film de cette édition plus ou moins positive fut Adam Chaplin, de Emanuele De Santi, vendu par Jean-Maurice Bigeard comme "une merde, une vraie merde".
Et ce qui est triste, c’est que c’était terriblement vrai.
Un homme, possédé par un démon, décide de se venger de sa petite amie, carbonisée vive lors d’un deal avec un puissant psychopathe. Ou quelque chose comme ça. Enfin, on ne sait pas vraiment, les personnages n’ont aucune dimension (sauf le méchant, traumatisé par la mort de son chien dans son enfance. Oui, oui.) et se ressemblent quasiment tous, sont bavards mais inintéressants, mais surtout... c’est tellement moche visuellement que l’on peine à regarder l’écran.
Entre un étalonnage violet fluo ravissant (si c’est une erreur de projection, précisez-le au moins !) et des effets de mise en scène ridicules qui feraient passer Zack Snyder pour Stanley Kubrick, sans compter les CGI inutiles et douteux, ce rejeton rital dégénéré entre Ken Le Survivant et The Darkness oublie toute notion de second degrés et de jouissif (trop de gore tue le gore) pour servir une merde indigeste à cette heure de la matinée.

Ainsi s’achevait donc, dans les rires et les larmes (les deux, je vous le jure) ce quatrième festival Nantais, qui a pour la plupart fait un joli travail de sélection. Le succès grandissant du festival et des Absurdes Séances mensuelles dans la région Nantaise et à travers la France ne saurait que gagner encore en popularité au fil des décennies, et c’est avec ce genre d’initiatives qu’on préfère encore les remercier du fond de nos cœurs de cinéphiles.
Mais s’il vous plait, plus d’Adam Chaplin.

Ajouter un commentaire

modération a priori

Ce forum est modéré a priori : votre contribution n’apparaîtra qu’après avoir été validée par un administrateur du site.

Qui êtes-vous ?
Votre message
  • Pour créer des paragraphes, laissez simplement des lignes vides.

Image du jour

Récentes critiques

affiche du film
Kodoku : Meatball Machine
2017
affiche du film
Night of Something Strange
2016
affiche du film
Bloodlands
2017
affiche du film
From a House on Willow Street
2016
affiche du film
The Mermaid
2016
affiche du film
Vanishing Time: A Boy Who Returned
2016

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage