L’Etrange Festival de Paris

ETRANGE FESTIVAL - Jour 7

Let’s Go Robot !

1. Seb

Avec le recul de la nuit, cette journée marquée par un jusqu’au-boutisme total. Chacun des trois films vus aujourd’hui repousse, à sa façon les limites et va jusqu’au bout de sa démarche, qu’elle soit thématique ou esthétique. Première salve avec l’ovni le plus total de ce festival qui, pourtant, n’en manque pas. Lo Zio Di Brooklyn en vo est une œuvre totalement autre, à la fois réjouissante et horripilante par sa faculté de proposer quelques chose de résolument neuf et acide mais aussi dans sa manière parfois téléphonée et répétitive de le faire. Voire un mec péter, c’est marrant une fois, deux fois, dix fois. A la vingt-cinquième fois, ca devient lassant. Esthétiquement le film tient très bien la route avec son noir et blanc rugueux qui n’est pas sans rappeler l’œuvre de Pasolini ou, plus proche de nous, le Aaltra de Kervern et Délépine. On remarque aussi une similitude dans le ton du film, punk et absurde tout à la fois. L’Oncle de Brooklyn, s’il est impossible à résumer, peut se voir comme la rencontre entre Aaltra et Gummo avec des acteurs de western spaghetti. Un mélange hautement improbable et donc, totalement instable, régressif, politique et avant-gardiste.

A peine le temps d’essayer de comprendre quoi que ce soit à l’intrigue de Brooklyn qu’il est déjà temps de se ruer dans la salle 500, non sans avoir fait la vidange au préalable, parce que le bestiau dure trois heures, pour un des films que, personnellement j’attendais le plus. Endhiran , dont, certains jours j’ai regardé le trailer jusqu’à dix fois avec toujours plus d’envie de le voir. Là, on y est enfin et je dois avouer ne pas avoir été déçu une seule seconde. Endhiran , c’est le cinéma total dans toute sa splendeur, un genre d’Ajax Amsterdam 74 version cinéma. Dans Endhiran, on trouve tout. De la comédie, de la danse, de l’action, de la romance, de la baston, des explosions, de la S-F, du gore et des jolies pépées (d’ailleurs je pense qu’à ce niveau-là, Aishwarya Ray est un être supérieur descendu du ciel). Le tout avec le premier degré indécrottable et la naïveté propre au cinéma indien et tamoul. Pas de doute, le film a énormément plu, l’ambiance dans la salle était chaude avec de nombreux éclats de rire, salves d’applaudissements lors des moments les plus fous et onomatopées diverses trahissant l’étonnement des spectateurs. Un spectacle total de 3h pour ce qui s’annonce comme le meilleur blockbuster de l’année. Après toutes ces émotions, il est nécessaire de faire une pause, de sortir respirer un peu d’air frais, de boire et manger un peu parce que, mine de rien, trois heures, ça fatigue.

Remis sur pied, on attaque Revenge A Love Story, qui la totale opposée d’Endhiran. Si ce dernier était un régal de couleur et de joie, le film HK, classé catégorie III, est lui, un abîme de noirceur et de nihilisme. Rurik Sallé nous présente le film comme une œuvre extrême et totalement à part dans la cinématographie hongkongaise. Extrême oui assurément, le film commence comme se termine A l’Interieur, le film s’inscrivant dans la vague nihiliste et ultra-violente portée par des films comme Dream Home ou le cinéma de Soi Cheang, Dog Bite Dog notamment. Revenge débute comme un Xième film de serial killer sombre et glauque avant de bifurquer vers autre chose dans le deuxième acte et de prendre une autre orientation dans le dernier. Le film est fort, très bien mis en scène et joué (Juno Mak est formidable) mais malheureusement est gâché par un ton un peu trop péremptoire, habituel chez le réalisateur et un final too much. Malgré tout, le film est fort, glauque, noire et désespéré, tout ce qu’on demande d’un polar hongkongais quoi. Voila qui clôt ce qui est, pour le moment, la meilleure journée du festival mais ne crions pas victoire trop vite, y a encore du gros qui doit arriver ce week-end.

2. Maureen

Jour 7. Il fait beau, les papillons chantent et les vampires ont envahi la salle 500 (décidemment, il s’en passe des choses, dans cette salle). Stake Land de Jim Mickle, co-écrit avec son acteur principal Nick Damici, est une réponse du genre à La Route (John Hillcoat) et raconte l’histoire d’un jeune garçon dont les parents sont morts et qui, recueilli par un chasseur de vampires mystérieux répondant au nom de Mister, remonte la côte ouest jusqu’au New Eden. Pitch classique s’il en est, qui n’est pourtant pas spécifiquement gage d’ennui mortel. A vrai dire, Stake Land n’est ni transcendant ni particulièrement mauvais. Road movie honnête et appliqué, le film offre quelques belles idées de mises en scène, une interprétation soignée, et de beaux personnages. L’antihéros que campe Nick Damici, Mister, saura à ce titre, séduire de nombreux spectateurs, que ce mix étrange entre Van Helsing et Keith Richards ne laissera pas indifférents. La plus belle réussite de Stake Land est sans aucun doute le traitement esthétique et mythologique infligé aux vampires. Ceux-ci, classés en différentes races, retrouvent grâce à Jim Mickle toute leur monstruosité et leur cruauté. Disparues les envolés lyriques et les débordements d’amour à la Twilight, ici, le cinéaste renoue clairement avec une tradition goulesque, faisant ainsi honneur aux récents travaux littéraires de Guillermo Del Toro (La Lignée), ou cinématographiques des frères Spierig (Daybreakers). Un film sympathique donc, plutôt juste dans ce qu’il propose de récit initiatique, qui ne changera pas la face du monde, et qui n’en avait de toute façon pas franchement l’intention.

Deux heures, un double cheese et un court métrage russe sur une poule plus tard, nous voilà paré pour accueillir Kill List de l’anglais Ben Weathley, thriller horrifique, drame humain d’une grande force, dans lequel Jay, un ancien soldat devenu tueur à gages et souffrant de quelques petits problèmes de violence et de paranoïa, se trouve pendant sa dernière mission pris dans un tourbillon de forces obscures et fantastiques dont la puissance lui échappe et auxquelles il devra éventuellement faire face. Le réalisateur, Ben Weathley, laisse entendre, au cours de son introduction, que le film est né de ses pires cauchemars, et à dire vrai, c’est tout l’effet que procure Kill List. Comme un pentagramme cinématographique, le long métrage débouche tout naturellement sur l’horreur, celle irrationnelle et irraisonnée de l’homme, centre névralgique du récit. Il s’agit en définitive pour le cinéaste, de transformer tout ce que l’individu éprouve de pression sociale en cauchemars dantesques, de l’angoisse d’être un bon mari et un bon père, à l’obligation sordide d’inviter ses amis à dîner sous peine de passer pour un dépressif chronique. Face à la vie quotidienne, dérisoire, Ben Weathley expose, sur le même ton sarcastique et avec la même tension, la violence basse et crue à laquelle est soumis le monde, violence qui prend ici le visage d’un réseau de pornographie enfantine, soit la corruption la plus abrupte de la forme d’innocence la plus primaire. Tout, pour le réalisateur, est cauchemar, et c’est la violence du film, son nihilisme résigné qui frappe et donne la nausée. Rien, dans Kill List, ne laisse espérer une porte de sortie, une échappatoire, une possible renaissance. C’est finalement ce que semble sentir Jay qui, au milieu de cette torpeur morbide, fait figure d’animal en cage, blessé et irascible. Sa rage, ses fulgurances de colère sont les derniers éclats d’une lutte. L’horreur de la dernière demie heure alors, ne peut se mesurer et ne prendre corps qu’à l’aune de de ce qui l’a précédée, et ouvre un gouffre amère et noir, dans lequel spectateur et personnages ne peuvent que plonger. Grandiose et glaçant, Kill List laisse dans la bouche un gout de souffre et de cendres que seule une bonne nuit de sommeil saura (sûrement) en mesure de faire disparaitre.

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