L’Etrange Festival de Paris

ETRANGE FESTIVAL - Jour 6

Quoi, ma gueule ?

Seb

La journée d’aujourd’hui, mercredi 08 septembre, est placée sous le signe de la tête sous toutes ses formes. Pourrie et pas fraiche avec Dead Heads. Gueule cassée avec Bullhead et enfin plus mathématique avec le drame psychologique Noir et Blanc. La journée commence tranquillement avec Dead Heads en salle 300, une belle salle, tranquille avec une belle qualité de projection. Dead Heads déboule donc et offre un postulat de départ intéressant avec deux jeunes gars pris en pleine invasion de zombies. Rien de transcendant jusque-là. Non, sauf que, nos deux lascars sont eux aussi des zombies mais doués de raison et ayant conservé toutes leurs facultés humaines. Capable de parler, de réfléchir, de s’organiser, ils vont traverser le pays afin que l’un d’eux puisse retrouver sa bien-aimée. L’influence principale du film des frères Pierce est sans conteste Shaun Of The Dead et, comme son modèle, Dead Heads joue à fond la carte de la comédie mais s’avère souvent poussive et mal rythmée. Manifestement, ça plait, vu les éclats de rires qui se font entendre tout au cours de la projection. Perso, il en faut plus pour me faire sortir de mon indifférence polie. Bref, ça se laisse voir mais pas de quoi s’enflammer.

Petite course et serrages de mains en pagaille pour rejoindre la grande salle afin d’enfin poser les yeux sur Bullhead, film très attendu et précédé d’un joli petit buzz totalement justifié. Le film vient juste de commencer quand je rentre dans la salle, je m’assois vite fait pour ne plus changer de position jusqu’à la fin du film, happé par l’ambiance et l’histoire de Jacky, antihéros herculéen du film de Ronskam. Véritable bouilloire qui ne demande qu’a exploser, Jacky traverse le film de part en part pour incendier l’écran. Débordant de charisme, il bouffe littéralement la pellicule dans un rôle très Refnien puisqu’on pense souvent au Charles Bronson du film éponyme ou a Tonny de la trilogie Pusher. Le film, à la mise en scène et l’esthétique impeccable, prend la forme d’un requiem et nous promène dans l’est de la Belgique, entre Limbourg et Province de Liège. Inspiré a la fois par le cinéma de Refn mais aussi de Bruno Dumont et du polar coréen pour son scénario et ses arcs narratifs, il semblerait que le métrage ait conquis énormément de monde sur le site du festival. C’est encore sacrément retourné que je retrouve Maureen avant d’aller me chercher un petit encas, le prochain film n’étant que dans une heure.

Changement d’ambiance avec Noir et Blanc. Là, on se situe totalement dans la Nouvelle Vague un poil arty avec ce film très étrange narrant les tribulations d’un comptable renfermé et solitaire qui, au contact d’un masseur noir, va se découvrir une passion pour le sado masochisme. Noir et Blanc, dans le titre comme sur l’écran, 16mm et format 16/9, camera portée et jeu sur le vif, le film cultive sa filiation avec La Nouvelle Vague et prend le temps de démarrer. Un peu trop d’ailleurs, il faut un petit moment pour que la relation entre Antoine et Dominique ne s’expose vraiment. Sur un pitch brassant homosexualité, ouverture à la sexualité et sadisme, la réalisatrice propose un film austère et manquant de vie et de chair, un comble pour un film sur le sujet. Tout cela est trop timoré que pour convaincre même si une drôle d’ambiance, envoutante se dégage du film. On imagine aisément la bombe qu’aurait tiré un Wakamatsu d’un tel pitch. C’est plongé dans une certaine torpeur que je quitte la salle et m’engouffre dans le métro pour rentrer au plus vite dans mes pénates parce que demain, s’agit d’être forme car il y a Endhiran au programme !

Maureen

Jour 6 et première bonne nouvelle de la journée : la clim’ de la salle 500 est réparée. La projo de Super s’annonce donc super (fallait bien la faire). Ancien des Troma et scénariste de L’Armée des Morts, James Gunn signe ici une comédie pleine de charme et intelligente, où la fantaisie de Gondry côtoie aisément l’humour plus potache d’Edgard Wright. Le pitch est simple : un loser décide un jour de devenir un super héros pour reconquérir la femme qu’il aime, tombée aux mains d’un dealer très méchant. Servi par un casting de folie (Rainn Wilson, Ellen Page, Liv Tyler, Kevin Bacon) et rehaussé de quelques caméos bien pensé (Rob Zombie fait la voix de Dieu), Super propose quelques très bonnes idées de mise en scène, et avec une nostalgie certaine des serials de super héros de nos vieilles années, revisite un archétype en mêlant tendresse et cruauté, grotesque et fulgurance. Ce qui intéresse James Gunn, c’est l’irruption dans une réalité quotidienne, d’une violence fantastique, d’une violence à caractère purement fictionnelle. Le croisement des deux genres ainsi (entre chronique de vie et film de super héros) confère au film une ambiance presque inédite, emprunte d’une mélancolie certaine. La question fondamentale que pose le cinéaste est finalement celle de l’ennui. Comment le combattre, comment, comme le dit fort justement le personnage d’Ellen Page, échapper à ce qui se passe entre les cases des comic books ? La réponse du cinéaste bien sûr, laisse songeur : on ne peut pas, et d’ailleurs, tant mieux. Ce sont précisément ces moments d’errance et de fuite, ces instants où tout est suspendu qui rendent la vie précieuse. La grande intelligence de Gunn est donc de renverser la tendance, et de faire de ces moments de noirs, de l’espace contenu entre deux images, le centre de son film (cf. le mur de la fin, couvert de dessin).

Une grosse demi-heure plus tard, retour en salle 500 pour assister à la projection du premier film d’un belge qu’on nous présente comme « un grand cinéaste en devenir », Michael R. Roskam. Bullhead, c’est bien simple, fait partie de cette catégorie de film qui n’arrive pas souvent, touché par une grâce souffreteuse et crissante, qui grince et nous vrille la tête, nous étouffe du poids de sa noirceur et de son intelligence. Plongés dans une Belgique rurale qui a quand même une autre gueule que celle de Dumont, nous suivons Jacky (grand, très grand Matthias Schoenaerts), monstre terrible, mutique et incandescent, dont les deux axes de vie induisent en creux un croisement de genre, entre polar vénéneux et drame humain. Ici aussi, il est question de viande et de corps, de mort et de sexualité, mais à la différence du piteux Meat, diffusé hier, le film de Roskam sait nous donner accès aux tripes de son personnage, à sa fièvre et à son venin. Bullhead raconte l’histoire d’une fuite, d’une plongée, celle de Jacky en lui-même et hors de lui, mais aussi celle du récit qui, à mesure qu’avance le film, se resserre, se replie dans son organicité narrative jusqu’au nœud dramatique. La force du drame qui gouverne en soupape l’intrigue de Bullhead ne tient pas seulement à la cruauté d’un acte que l’on vous laisse le soin d’appréhender par vous-même, mais aussi à ce que ce dernier renverse d’humanité, révèle d’animalité, conditionne et condamne. Jacky ainsi, n’est pas seulement prisonnier de son propre corps, il est prisonnier de son passé, du film donc, et à ce titre, n’aspire qu’à tout faire exploser. Irracontable car d’une infinie richesse, ce premier long de Roskam est un bijou du genre d’une infaillible maitrise où les influences se croisent et se décroisent pour tisser une toile personnelle et intime, d’une incroyable justesse et d’une fabuleuse humilité. Un papier lui sera de toute façon entièrement consacré. Pour le moment, il est l’heure de rejoindre Seb, puis de rendre les armes jusqu’à demain.

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