L’Etrange Festival de Paris

ETRANGE FESTIVAL - Jour 3

De la danse, des bossus et des junkies

Maureen Lepers

Troisième journée de festival, cette fois placée sous le signe de la rétrospective. Au programme : du Bob Fosse, du Edgar Neville, et trois courts-métrages assez dingues sélectionnés par Albert Dupontel dans le cadre de sa carte blanche.

Difficile tout d’abord d’évoquer Que le spectacle commence de Bob Fosse sans tomber dans l’hyperbole facile. En anglais, son titre est All That Jazz, littéralement « tout ce bataclan, ce baratin », toutes les futilités de la vie dont on se fout mais qui, finalement, font sa flamboyance. C’est ce que Bob Fosse prend le parti de raconter dans ce film : la vie d’un homme qui va mourir, Joey Guidéon (fabuleux Roy Scheider), grand chorégraphe à Broadway, dont toute l’existence est perçue comme un music-hall sans fin. Grand maitre de la revue musicale (il a notamment réalisé Cabaret), le cinéaste parle ici, évidemment, de lui et tente de s’approcher au plus près du chaos que suppose le processus créatif, avec ses envolées et ses contraintes, sa rigueur, son incroyable poids. Pensé comme une variation autour du 8 ½ de Fellini (auquel le héros emprunte d’ailleurs son patronyme), Que le spectacle commence s’impose comme un manifeste, voire un testament, pour son auteur, dont la lucidité quant à sa condition d’homme mortel, mais également quant à la condition d’un genre en perdition, transparait de façon brutale sous le clinquant des paillettes dans un dernier plan terrible.

Si Que le spectacle commence est un classique, La tour des sept bossus d’Edgar Neville est en revanche présentée par Gaspard Noé comme une œuvre méconnue et très peu vue en salle. Le film est l’histoire un peu alambiquée d’un jeune homme qui rencontre un fantôme et se donne pour mission de sauver la nièce de ce dernier d’une étrange conspiration. L’œuvre emprunte beaucoup au surréalisme (Neville était un proche du Luis Bunuel) et à l’expressionnisme allemand, qu’elle mâtine d’un soupçon de comédie sociale : un film policier assez unique, où l’on croise, au détour d’un couloir, le spectre de Napoléon Bonaparte, et qui se résout dans une ville souterraine dont les décors rappellent celui du Cabinet du Dr Caligari. Pour Gaspard Noé, le film serait également teinté d’une couleur plus politique, et évoquerait l’exil des juifs lors de la seconde guerre mondiale (d’autant que Neville a surtout réalisé des courts métrages de propagande pour Franco). Si ce dernier argument peut poser question, il n’ébranle cependant pas la beauté formelle d’un film particulièrement fantasque et abouti.

Pour finir, café gourmand avec trois courts-métrages. Ovni dans le paysage français, Star Suburb de Stéphane Drouot suit l’itinéraire d’une petite fille de sa chambre à la cuisine de son appartement futuriste, pèlerinage haletant à l’atmosphère incertaine : on ne sait pas si les lumières qui se reflètent de temps à autres dans les fenêtres sont ou non la marque d’une présence coercitive. Grand film d’ambiance (d’autant plus qu’il est réalisé dans une cuisine), Star Suburb s’impose de par la maitrise de sa mise en scène et de son timing, ce qui est aussi le cas, dans un autre registre, de The Dentist, court de 1932, produit par le géant Mack Sennett avec W.C. Fields dans le premier rôle. Albert Dupontel présentera ce dernier comme le premier grand comique trash et subversif. Difficile de le contredire devant ce personnage de dentiste brutal, grossier et bougon, réjouissant antihéros auquel fait écho le personnage campé par Douglas Fairbanks dans un troisième court-métrage proprement hallucinant, The Mystery Of The Leaping Fish écrit par Tod Browning. Ici, un détective accro à la cocaïne passe le temps en s’injectant de la drogue, en sniffant de la drogue, en fumant de la drogue. Croisé bizarroïde de trash et de slapstick familial, que le retournement final éclairera d’une autre lumière, encore plus subversive. La preuve qu’en 1922, tout avait déjà été inventé.


Seb Lecocq

Dans un festival de longue haleine comme l’Etrange, le troisième jour est celui où l’on prend ses marques, où l’on commence à se sentir à l’aise, presque chez soi, faut dire qu’on y passe toutes ses soirées et une bonne partie de ses après-midis. Ce samedi, était jour de grande foule puisqu’à 19h30 était présenté Dark Touch en présence de Marina De Van et quinze minutes plus tard, c’est Albert Dupontel en personne qui venait présenter son nouveau bébé Neuf Mois Fermes avant d’introduire une sélection de courts-métrages de son choix parmi lesquels Star Suburb de Stéphane Drouot.

Autrement dit, c’était la grosse affluence aux confins des salles 500 et 300. Il fallait jouer des coudes pour se frayer un passage. Pour moi, ce sera Dark Touch, premier film anglophone de la très intéressante réalisatrice française Marina De Van qui ne cesse d’explorer le fantastique sous un angle psychologique, métaphorique parfois un peu auteurisant aussi. Dark Touch est son film le plus ouvertement fantastique, voire horrifique. Dès les premiers plans du film, l’angoisse est là, sourde, quotidienne, banale. Quoi de plus banal que sa propre maison. Ensuite, le drame arrive et le film part dans un crescendo à la Carrie où le drame se mêle au fantastique, à l’horreur. La réalité devient conte, embrassant la cruauté et l’absence de sens morale qui, bien souvent, va avec. Très bien mis en scène, finement écrit et doté de plusieurs niveaux de lecture, Dark Touch marque des points et s’il est un peu déstabilisant a chaud, avec une nuit de repos en plus, le film continue de mûrir et de se développer dans l’esprit du spectateur. Et ça, s’est souvent très bon signe.

Changement d’atmosphère pour une séance rétro tirée de l’hommage rendu par le festival à Caroline Munro. La Grande Dame du fantastique est venue en personne présenter Maniac et parler du regretté Joe Spinell. Bien évidemment, on ne va pas revenir sur un film que, si vous lisez ces pages, vous devez bien évidemment connaître. La projection aura servi à montrer Maniac sur un grand écran, ce qui est toujours bonne chose pour nous faire comprendre que le remake ne servait à rien, que Joe Spinell était un acteur dingue, qu’il manque au monde du cinéma et que le film n’a rien perdu de son atmosphère, de son efficacité et que, près de 35ans après sa sortie, il fait toujours autorité en terme de psycho killer movie. Une petite déception tout de même que l’Etrange n’ait pas pu proposer au public une projection en 35mm et que certains spectateurs se marrent pendant certaines scènes. A la fin du film, Caroline Munro viendra répondre à quelques questions de fans. J’avoue qu’en rentrant chez moi, en métro, j’ai jeté quelques coups d’œil derrière moi, toujours hanté par la respiration de Frank Zito. Un vrai classique de l’horreur.

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