L’Etrange Festival de Paris

ETRANGE FESTIVAL 2015 - FREE FALL

Jusqu’ici tout va bien…jusqu’ici tout va bien…

S’il ne faisait pas l’ouverture de l’Etrange Festival, Free Fall, le nouveau film du cinéaste hongrois Palfi, était bien le premier film diffusé lors de cette XXIé édition. Tandis que le grand raout de l’Ouverture se prépare dans la grande salle, dans la salle 100, les lumières s’éteignent et le film s’ouvre. Gyorgy Palfi est le metteur en scène du fameux Taxidermia et si cette nouvelle œuvre n’est pas aussi folle et jusqu’au-boutiste, on y retrouve malgré sa patte inimitable et ses obsessions.

La Hongrie est en plein dans l’actualité, pour des raisons assez peu glorieuses , en ce moment et ça tombe bien, c’est encore une fois de son pays que va nous parler Palfi. Mais il va le faire à sa manière, grâce au cinéma. A son cinéma. Un cinéma qui ne ressemble à aucun autre, entre exubérance, grotesque, surréalisme, violence, nudité, crudité et poésie. Free Fall suit le bref parcours d’une femme hongroise qui, sans qu’on ne sache trop pourquoi, décide de mettre fin à ses jours et se jette du haut d’un immeuble. Tout au long de sa chute, elle va croiser des appartements dans lesquels vivent des gens, ce sont ces gens, symboles de la Hongrie d’aujourd’hui dont on va observer une infime partie de la vie. Imaginée par le trublion Palfy, leur existence se révèle bien entendu extraordinaire et extravagante. Free Fall est en quelque sorte un film à sketches qui ne dit pas son nom.

Comme dans toutes les œuvres omnibus, même si celle-ci n’en est pas vraiment une, on trouve à boire et à manger. Certaines séquences sont parfaitement réussies, d’autres plus anecdotiques. Au rayon des satisfactions se trouve une histoire de couple hygiéniste assez dérangeante et perturbante de par son esthétique et son déroulement qui en dit long sur la société d’aujourd’hui, aseptisée, politiquement correcte, incolore et insipide. Cette saynète aborde la soirée d’un homme et d’une femme dans un appartement où toute trace de bactéries, microbes, saletés, poussières a été soigneusement éliminée. Ils vont dîner et passer une nuit d’amour pour le moins étrange. Par ce biais, le metteur en scène met en scène les relations de couples aujourd’hui et compose une métaphore forte et évocatrice qu’il serait dommage de dévoiler entièrement.

Free Fall est composé de six histoires d’une dizaine de minutes chacune. Un couple, une soirée bourgeoise, une mère chez le gynécologue, un cours de yoga, avec chaque fois, une idée directrice, un concept, qui guide la séquence. Ces séquences sont reliées entre elles grâce au parcours de la suicidée et aux différents protagonistes de sketches qui se croisent parfois furtivement à l’intérieur de l’immeuble. Sur ce point, Free Fall, prend des allures du Locataire de Polanski. On y retrouve la même loufoquerie et la même folie. Évidemment, certains passages sont plus faibles, et se montrent scénaristiquement et visuellement moins aboutis, c’est le cas de la soirée bourgeoise qui, si elle veut faire passer un message assez clair, aurait pu être plus creusée ou plus fine. Un autre encore est très mauvais, daté (Kassovitz l’avait déjà fait dans son Assassins, il y a près de vingt ans) et complètement à côté de la plaque. Mais, dans l’ensemble, Free Fall ne déçoit pas et ne sombre pas dans le trop plein, le gratuit, l’exubérance nauséeuse, comme pouvait le faire Taxidermia. Reste que Palfi se perd un peu dans le rythme et la construction bancale de son film qui, par moment, ressemble plus à un assemblage de courts-métrages qu’à un vrai long cohérent et réfléchi. La musique signée Amon Tobin est d’excellente qualité et crée un fort décalage d’avec les images qui rythme le film et lui sert de fil rouge sonore.

Free Fall affiche un bilan mitigé et flirte entre le très bon et le mauvais même s’il séduit par sa force visuelle et la maitrise de son metteur en scène qui se montre intransigeant sur la forme que sur le fond. Un film bancal donc, fait de bric et de broc, dont on a du mal parfois à saisir l’intégralité du propos et à apprécier la cohérence. Toujours est-il que le Hongrois porte un regard critique et dur sur son pays et ses habitants sans jamais tomber dans le démonstration politique militante et austère, il se sert de son art et de son regard si particulier pour, entre rires et répulsions, appuyer là où ça fait mal et montrer du doigt. Gageons que les spectateurs seront assez intelligents pour ne pas regarder le doigt.


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