L’Etrange Festival de Paris

ETRANGE FESTIVAL 2014 - THE SEARCH FOR WENG WENG

L’enfant impossible

Weng Weng. Ce patronyme ne dira certainement rien à la plupart des cinéphiles mais pour les bisseux de l’extrême et les asiatophiles stakhanovistes, cette double syllabe représente énormément. Pour nous, Weng Weng est une légende du cinéma, un des ces personnages plus grands que nature qui hantent le royaume de la série B, du bis, du Z. Au même titre que Cuneyt Arkin, que Richard Harrison ou encore qu’Alphonse Beni. Weng Weng est la plus petite grande star du bis. Un héros d’à peine quatre-vingts centimètres qui combat le crime, tatane les méchants et sauve les jeunes demoiselles en détresse. Un héros (trop) méconnu qui depuis vingt ans hante les jours et les nuits du réalisateur australien Andrew Leavold qui, pour éclaircir le mystère Weng Weng, s’est rendu aux Philippines sur les traces de l’Agent 00.

De ce périple Leavold ramène un documentaire honnête, bancal, maladroit, touchant, déconcertant et incroyablement vivant qui nous en apprend plus sur cette figure incontournable mais qui brosse également un portrait édifiant de l’industrie du cinéma bis philippin. Pour tous ceux qui ne connaissent pas Weng Weng, dont le vrai nom est dévoilé pendant le documentaire, permettez-moi de resituer le personnage. C’est un acteur nain qui a eu une carrière fulgurante dans le cinéma bis philippin des années 80 et dont le point d’orgue fut la venue au festival de Cannes 1981 pour la projection du film For Your Eight Only, un pur nanar pastichant James Bond avec le petit comédien dans le rôle de l’Agent Secret. Sa filmographie ne compte qu’une dizaine de films, tournés entre 1976 et 1984, mais elle a marqué durablement les bisseux les plus acharnés. Avec le temps, il est devenu le représentant d’une certaine idée du cinéma d’action philippin. Pourquoi et comment. C’est à ces deux questions que tente de répondre Andrew Leavold au travers de ce documentaire aux allures de pèlerinage.

Sur sa route, il rencontre et rassemble devant la caméra les acteurs, réalisateurs, producteurs de l’industrie du bis philippin. Des noms inconnus du plus grand nombre mais qui représentent une bonne partie de la contre-culture et de la pop culture locale. Le réalisateur approche toutes ces personnes au gré du vent, parfois par hasard, au coin d’une rue comme lorsqu’il croise le monteur de tous les films de Weng Weng sur un parking. Au fil des interviews, on finit par en apprendre un peu plus sur l’acteur nain, et la vérité n’est pas aussi reluisante que la légende ne le laisserait croire. Il y est présenté comme un homme solitaire et pratiquement exploité par ses parents adoptifs qui sont aussi ses producteurs. Leavold expose, via divers témoignages criants de vérité, les bas fonds de l’industrie du cinéma philippine, ses petites arrières-cuisines qui manifestement n’étaient pas des plus propres. Pour beaucoup, Weng Weng de par sa spécificité, n’était qu’une manière facile de se faire de l’argent à ses dépens. Rien de plus. The Search For Weng Weng possède une grande part de tristesse, tout comme le personnage titre, mais contrebalancée par un esprit et un humour omniprésent autant dans la manière de montrer les choses que dans le discours des différents intervenants qui ont de près ou de loin côtoyé Weng Weng. Les passages où intervient sa famille sont assez émouvants, notamment lorsque son frère parle de lui. On sent de la nostalgie mais aussi de l’amour dans son témoignage.

En filigrane de cette quête, le metteur en scène dresse un portrait dans les grandes lignes de tout ce petit monde du cinéma philippin, du plus respectable au plus crapoteux. Techniquement, le documentaire est un peu frustre, presque amateur parfois, mais cette esthétique DIY participe au charme de l’expérience. Un peu foutraque, parfois bancal mais porté par une vie de tous les instants et un véritable amour du cinéma et de la pop culture, The Search For Weng Weng est à l’image de son sujet : attachant, étonnant, varié mais souffrant d’une multitude de petits défauts à tous les niveaux. Porté par une galerie de personnages plus vrais que nature (normal me direz-vous, ils sont vrais), dont Eddie Nicart, Dolphy, Rez Cortes ou Don Gordon Bell, le docu séduit par sa truculence et sa plongée au cœur d’une industrie passée. Un documentaire qui s’apprécie sous plusieurs niveaux, les amateurs aimeront revoir toutes ces gueules inoubliables d’un certain cinéma, les novices prendront du plaisir à suivre les déambulation de Leavold dans cet univers rocambolesque et improbable. Nostalgique sans être passéiste, The Search For Weng Weng est un film rare et imparfait, et comme pour l’homme Weng Weng, ce sont majoritairement ses défauts qui le rendent si séduisant.


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