L’Etrange Festival de Paris

ETRANGE FESTIVAL 2014 - KILLERS

Vidéo gag

L’Indonésie a, depuis quelques années, le vent en poupe et est en passe de détrôner la Thaïlande de son titre de nouvel Eldorado du cinéma d’action viril et décomplexé. En quelques films marquants tels que The Raid 1 et 2, Macabre ou Modus Anomali, des personnalités comme Joko Anwar, Gareth Huw Evans et les Mo Brothers se sont affirmées. Ce sont les trois derniers cités que l‘on retrouvent au générique de Killers. Les Frères Mo signent le scénario et la mise en scène tandis qu’Evans, via sa société Merantau Films, s’occupe de la production. Une équipe de choc pour un film, coproduction indonésiano-japonaise, qui s’est forgé une petite réputation sur la toile et qui dès lors était attendu dans de nombreux festivals européens dont cette vingtième édition de l’Etrange Festival.

Il faut toujours se méfier de ce qu’on lit sur internet où le commun des mortels peut poster son avis et l’ériger comme une vérité universelle et absolue. Il semblerait que Killers soit la nouvelle victime (ou bénéficiaire) de cet emballement virtuel. Non pas que les Mo Bros signent un mauvais film mais Killers souffre d’un nombre incalculable de tares qui le rendent parfaitement bancal et boursouflé. Killers est une œuvre monstrueuse, difforme, comme gonflée à l’hélium. De par sa durée déjà : 2h20 là où 1h30 était largement suffisante pour illustrer ce scénario de court-métrage au pitch très « Europa Corp ». Plutôt que de resserrer son intrigue pour en décupler l’impact et la tension, les Mo se perdent en circonvolutions inutiles, en sous-intrigues redondantes et étirent chaque moment, chaque scène pour donner une ampleur dramatique à ce gloubiboulga. Ils pèchent par orgueil en voulant faire d’une grenouille un boeuf alors qu’en appliquant le traitement adéquat, ils pouvaient réaliser une petite série B efficace, maligne et tendue comme un string.

En plus d’être trop long, le métrage est confus et horriblement mal écrit. Le parcours des personnages et leurs motivations profondes n’ont ici aucun sens. Il est impossible de savoir, de comprendre ce que veulent dire les frères Mo ni comment ils veulent le dire. Killers part dans mille directions différentes sans aucune logique ni lisibilité. Le personnage de Kazuki Kitamura représente le tueur en série basique du cinéma, narcissique, raffiné et dissimulé derrière le masque des bonnes convenances, un archétype classique certes mais qui possède le mérite de poser les bases du protagoniste. Oka Antara, incarne lui un homme, tueur par accident, dont les motivations sont plus floues, il adopte un comportement incompréhensible et défiant la plus élémentaire des logiques. Son parcours résume à lui seul le problème majeur du film : il n’a aucun sens.

2h20 c’est trop, beaucoup trop. Trop ambitieux et pas assez maîtrisé, le film semble constamment échappé aux mains et à la vision de ses metteurs en scène qui tentent vaille que vaille de se rattraper aux branches mais, passé ce cap, et les innombrables défauts qui en découlent, on trouve tout de même de bonnes choses dans ce Killers.

Timo Tjahjanto et Kimo Stamboel savent manier une caméra. La mise en scène est appliquée, sérieuse et parvient à sauver certains passages grâce à plusieurs idées de mise en scène ingénieuses. Les séquences de meurtres sont efficaces, frappent fort et s’illustrent par une violence qui prend plusieurs formes. Ainsi, on distingue parfaitement la personnalité des assassins de par leur recours à la violence et leur façon de l’exercer. Froide, méthodique, clinique, presque propre côté japonais, elle est portée par des couleurs froides, à dominantes bleues et des cadrages précis, aux millimètres. Côté indonésien, la violence est brutale, confuse, brouillonne, sale, irréfléchie, amateur, la photographie est chaude, marron, orange, jaune et mise en scène de manière plus chaotique, plans à l’épaule, montage saccadé. L’interprétation des comédiens est plutôt bonne, du moins pour les acteurs principaux que son Kazuki Kitamura et Oka Antara, tous deux vus dans The Raid II. Certains seconds rôles, par exemple ce souteneur français, suscitent une grande et involontaire hilarité. Humour involontaire que l’on retrouve lors de certaines scènes d’action dont une rocambolesque course-poursuite à pied plus proche d’un épisode de Benny Hill que du gym kana pédestre à la thaïlandaise.

Killers souffle le chaud et le froid, un peu de chaud et beaucoup de froid, il faut bien l’avouer. La faute à un traitement inconséquent et à une écriture trop lâche. Le film démarre bien avant de se perdre en route et, heureusement pour lui et pour nous, de finir fort dans un crescendo noir et une séquence finale cynique et sans espoir. Mais là encore cette montée dans la violence est perturbée par des invraisemblances sans nom. Killers est un film qui rate le coche par un excès de tout, il faut parfois savoir se contenter de faire fructifier ce que l’on possède et ne pas vouloir tirer une grande saga criminelle d’un petit pitch de série B. Killers se voyait trop être le Heat du film de sérial killer mais les frères Mo ne sont pas Michael Mann, loin de là. On leur demande juste d’être eux-mêmes car les deux hommes sont doués. On mettra cette oeuvre sur le compte de l’erreur de parcours et on continuera malgré tout de garder un œil sur eux et leur projets futurs.


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