L’Etrange Festival de Paris

ETRANGE FESTIVAL 2013 - Jour 5

Seb Lecocq

Après l’affluence des grands soirs du week-end, le festival reprend son rythme de croisière, comme un lundi. Pourtant sur le papier, cette soirée du seul lundi de l’Etrange promettait énormément. Potentiellement la soirée le plus folle de tout le festival, pourtant riche en projections autres et originales mais ce soir, au Forum des Images on pouvait, si on le souhaitait, enchaîner les derniers Ben Wheatley et Sono Sion. Excusez du peu.

Ben Wheatley sera présent sur place pour présenter son A Field In England avec décontraction, humour et une dégaine à finir dans le prochain bar du coin. L’homme donne instantanément envie d’être son ami. A la fin de la séance, les lumières se rallument et on sent un public frémissant, divisé mais surtout sonné par ce qu’il vient de voir. Wheatley n’a pas fait les choses à moitié avec son trip sous champignons hallucinogènes. De film historique, il n’en n’est rien, le réalisateur anglais situe simplement son histoire pendant la guerre civile anglaise reconstituée avec 5 costumes et trois pétards. Mais ça fonctionne. L’ambiance monte doucement, débutant « normalement », on suit les pérégrinations finalement assez drôles d’un groupe de cinq soldats qui, tiraillés par la faim, vont absorber des champignons aux effets indésirables et là le réalisateur part dans un trip qui n’appartient qu’à lui. A Field In England devient l’espace d’une dernière demi-heure folle, une version sous acide du Culloden de Peter Watkins qui n’est pas sans rappeler un passage de Valhalla Rising. Distorsion de l’image et du son, divagations dialoguées, la dernière demi-heure de film frise la perfection formelle. Alors si, en plus, la première heure était déjà de qualité, drôle, superbement filmée, avec un score entêtant et gentiment paillarde, le doute n’est plus permis, A Field In England est un (très) grand film et une vraie proposition de cinéma. Probablement le meilleur travail de son auteur.

A peine le temps d’aller boire un coup et d’éliminer qu’une énorme et longue queue serpente à l’étage du Forum des Images. Par le Sang du Christ, autant de monde un lundi soir pour découvrir le film de Sion Sono, c’est étonnant mais ça fait sacrément plaisir. Il faut dire que l’homme enquille les œuvres de qualité, toutes très différentes, depuis quelques années. Souvenons nous des Cold Fish et Guilty Of Romance, présentés ici même il y à deux ans. Bonne Nouvelle, Sono semble sorti de sa déprime post-Fukushima, exorcisé par Himizu et The Land Of Hope, l’homme revient avec la patate pour balancer un Why Don’t You Play In Hell ? réjouissant. Pour citer ce grand monsieur qu’est Patrick Sébastien : Ce film, « c’est que de l’amour ! » Une déclaration d’amour de plus de deux heures à l’acte même de faire du cinéma. Why Don’t You Play In Hell, dans sa première partie, se pare des atours de Love Exposure, le film monstre de Sion Sono avant d’exploser dans une dernière heure tout simplement dantesque d’inventivité, de violence, de drôlerie. Une ode au cinéma par un réalisateur en pleine possession de ses moyens qui revisite, en une longue séquence, un siècle de cinéma japonais et offre à Tak Sakaguchi le rôle de sa vie. Le film sera parfois comparé à Kill Bill ou à du Tarantino dans les travées de la salle conquise par le film mais là où Quentin filme l’amour de voir des films, Sono met en scène l’amour de faire des films. Toute la différence est là. Tarantino impose une vision de fan de cinéma quand Sono Sion impose celle d’un auteur. Je sors du cinéma, des étoiles pleins les yeux, le sourire jusqu’aux oreilles et l’envie de serrer Sono Sion dans mes bras en lui hurlant « merci » dans les oreilles. Mine de rien, ce soir, j’ai vu les deux meilleurs films du festival, voire peut-être même plus.

Maureen Lepers

Au programme aujourd’hui, deux films de bad trips, Joe de John Avidsen et l’excellent English Revolution : A Field In England de Ben Wheatley.

De Joe, dont rien n’est franchement à retenir, à part peut-être l’histoire qui entoure le film : quelques semaines avant sa sortie en 1970, à Detroit, un homme tue le petit ami junkie de sa fille, et deux hippies qui se trouvaient avec lui. Ce fait divers fait dangereusement écho au point de départ du pitch du long métrage, et ébranle Peter Boyle, son interprète principal, à un tel point qu’il refusera par la suite de jouer pour des films violents – ce qui ne l’empêchera pas de faire une apparition dans Taxi Driver de Martin Scorsese. Pour le reste, il y a peu à dire : Joe est donc l’histoire d’un père meurtrier de la classe aisée qui se confie à un working class hero dans un bar ; s’ensuit une histoire d’amitié bancale qui plonge les deux hommes, dépassés par la jeunesse de leur époque, dans une spirale de violence. Le postulat ne manquait pas de mordant et aurait pu déboucher sur un polar droitier aux accents ellroyens. Malheureusement, Joe manque cruellement de consistance et de fond si bien qu’il est victime d’anachronisme : ce qu’il pouvait dégager de rance et brutal dans le contexte de sa sortie en 1970 n’a plus désormais l’odeur du souffre. Plutôt un parfum de vieux un peu nauséabond, qu’on chasse d’un revers de main.

L’odeur du souffre en revanche sature, lourde et pleine, le nouveau Ben Wheatley, A Field In England, l’histoire (sous acide) d’un groupe de déserteurs aux prises avec de mystérieuses forces occultes pendant la révolution britannique. Il faut le signaler, à l’Etrange Festival, un film de Ben Wheatley est toujours un événement : l’homme y a présenté tout son travail en avant première depuis l’immense Kill List, il y a deux ans. Il revient cette année avec un long métrage moins linéaire et plus formel, en costume et en noir et blanc, énième ballade du cinéaste dans le spectre des genres cinématographiques après le film mafieux, le film policier et la comédie sociale. Bien qu’il soit situé dans le passé, A Field In England emprunte au réalisateur sa gouaille si particulière, éminemment contemporaine entre argot vulgaire et fulgurances poétiques, mais la sacrifie assez vite au profit du rituel et de l’occulte, Pour le dire grossièrement, A Field In England commence là où s’arrête Kill List : en plein trip. Unique décor, le champ dont sont prisonniers les cinq gaillards doit se lire comme un lieu sacré, théâtre antique, cercle de culture, où se débattent les hommes et les forces païennes qui peuplent les légendes anglaises, dont le film raconte la rencontre et la guerre sans fin.

Image du jour

Récentes critiques

affiche du film
The Babysitter
2017
affiche du film
Ça
2017
affiche du film
The Black Room
2016
affiche du film
Spider-Man: Homecoming
2017
affiche du film
Okja
2017
affiche du film
Underworld: Blood Wars
2016

Cinemag

> Feuilleter

Concours

Sondage