L’Etrange Festival de Paris

ETRANGE FESTIVAL 2013 - Jour 4

Seb Lecocq

Quatrième journée déjà, et grosse journée puiqu’était présenté LE film le plus attendu de cette dix-neuvième édition : Le Transperceneige de Bong Joon-ho. Dès avant l’ouverture des portes, on pouvait observer deux longues files d’attente. Une pour le film événement du soir dans laquelle quelques aventuriers sans précieux sésame venaient encore tenter leur chance, certains repartiront heureux, d’autres moins. La deuxième file d’attente concernait tous les autres films de la journée. Situation kafkaïenne, il était donc impossible de se procurer un billet pour le film de 14h30 et pour le Transperceneige. Bon personnellement, j’avais déjà tout ce qu’il fallait, je peux donc entrer dans la grande salle pour The Last Super, nouvelle œuvre de Lu Xuan, auteur du tétanisant City Of Life And Death. Le choc ne sera pas au rendez-vous, Lu livre un film historique bavard, lourd, engoncé et empesé. Sans rythme, le film balance une histoire beaucoup trop riche en événements et personnages que pour agripper le spectateur. Les braves qui, la veille, avaient assisté à la nuit Bad Girl, en profiteront pour piquer un roupillon régénérateur. Lu Xuan use d’artifices usés pour combler le manque d’intérêt de son film : musique pompière, ralentis esthétiques mais rien n’y fait, on ne rentre jamais dans cet éléphant filmique. Dommage car l’histoire aurait pu être très intéressante mais le traitement trop académique sent beaucoup trop la naphtaline.

Je prends un peu de temps pour me remettre de la déception de The Last Super avant d’embrayer avec le nouveau Jim Mickle We Are What We Are, relecture ou variation sur Ne Nous Jugez Pas, le film de Jorge Michel Grau. D’entrée de jeu, je préfère vous prévenir que le film de Mickle est bien meilleur. La mise en scène est impeccable, tout en tension contenue, elle réserve de sublimes scènes, chaque plan est magnifique, parfaitement cadré et éclairé, la réalisation pose d’entrée de jeu les bases d’une belle réussite. Mickle parvient à distiller une angoisse pesante avec trois fois rien et un casting au poil. Vraiment un beau film fantastique, esthétiquement chiadé et qui raconte une belle histoire. Simple, mais pas simpliste. Une histoire de famille qui s’aime, peut-être trop d’ailleurs et qui fera tout pour rester unie malgré le drame qu’elle traverse. Jim Mickle progresse de film en film et devient petit à petit une valeur sure du fantastique américain. Le film fut d’ailleurs bien apprécié des festivaliers présents dans la salle. Une jolie réussite.

Maintenant voila, H-1 avant la projection du Transperceneige, dernier film de Bong Joon-ho, son premier film américain, en langue anglaise, avec un casting international. Le plus doué de la bande des dynamiteurs du cinéma coréen allait-il réussir son passage aux Etats-Unis ? Oui il s’en tire mieux que ses collègues, oui Snowpiercer est un bon film mais justement il n’est qu’un bon film. Et c’est en grande partie grâce à son metteur en scène qui parvient à tirer le film vers le haut par sa réalisation qui livre quelques moments de grâce absolument incroyables et dont lui seul à le secret. Bong Joon-ho montre qu’il est un réalisateur de classe mondiale, capable de tenir les rênes d’un gros projet. Par contre, le projet en lui-même n’a pas été assez travaillé. Le scénario est trop linéaire et le film trop court, pour raconter une histoire de cette ampleur, il aurait fallu une heure de plus. Certains acteurs ne sont pas à la hauteur, Tilda Swinton est à baffer et Luke Evans n’arrive pas à donner suffisamment de hauteur à son personnage de Spartacus des chemins de fer. Sans forcer, c’est le duo coréen de The Host qui emporte la mise. Song Kang-ho et Ko Ah-seong forme le plus beau duo du film. Le film est réussi dans l’ensemble mais souffre de quelques défauts inhabituels de la part d’un réalisateur qui jusqu’ici atteignait à chaque fois l’excellence. Plus fréquentable que la majorité des blockbusters ou films d’anticipation sortis dernièrement, Le Transperceneige ne comble pas toutes les énormes attentes suscitées.


Maureen Lepers

Suite et fin de ce premier week-end de l’Etrange, où l’on a pu voir Burt Lancaster en prêcheur fou, du Von Stroheim en ciné concert et un film de Renoir.

Suite et fin du week-end, suite et fin, en trois œuvres, de la très belle carte blanche d’Albert Dupontel. D’abord, Elmer Gantry, le charlatan, film trop peu connu de Richard Brooks dans lequel Burt Lancaster incarne un petit représentant de commerce opportuniste qui met ses talents de vendeur manipulateur au service d’une troupe d’évangélistes emmenées par la très charmante Soeur Sharon Falconer (Jean Simmons). Rare en salle, Elmer Gantry n’en tutoie pas moins la flamboyance esthétique d’un Autant en emporte le vent, mais arrête surtout l’œil de par sa puissance politique. Moins qu’un brulot contre la religion, le film dénonce surtout l’embrigadement auquel celle-ci peut conduire et lève, sans manichéisme, le voile sur les coulisses, plus industriels que catholiques, de telles organisations de conversion à la foi. Rigueur d’écriture et dialogue au couteau, Elmer Gantry est aussi servi par un génial Burt Lancaster, dont le personnage public n’est pas sans rappeler le prêcheur campé par Robert Mitchum dans La nuit du chasseur.

Découverte ensuite dans sa version quasi intégrale du classique muet d’Eric Von Stroheim, Folies de Femmes, dont Kenneth Anger a érigé la légende dans son désormais célèbre Hollywood Babylon, et dont la mythologie luxuriante sera récupérée, dans les années 60 par le cinéma underground américain. Ordre et beauté, luxe, calme et volupté, dirait-on en pastichant Baudelaire, et pour décrire le film, il faudrait ajouter : tragique, cynique, érotique. Le film conte l’histoire d’un Duc déchu et de ses machiavéliques cousines, tentant tous trois de séduire la jeune femme d’un ambassadeur américain pour lui soutirer de l’argent. Dans le rôle de l’anti-héros magnifique, Eric Von Stroheim excelle, tandis que chaque plan croule sous l’opulence. Un grand film fou qui excéda les producteurs dans il couta cher mais enflamma les créateurs, qu’on eut en plus le privilège de voir accompagné de sa partition d’époque, jouée en direct au piano.

Dernier film de la carte blanche, La Chienne de Jean Renoir, classique de chez classique, à la fois drame d’amour et comédie sociale, grand manifeste du réalisme poétique et découverte, émerveillée et terrifiante, du son pour le cinéaste. Récit d’un triangle amoureux tragique : Maurice aime Lulu, qui aime Dédé. Dans son introduction, Albert Dupontel nous expliquera que l’acteur principal, Michel Simon, était lui même très amoureux de la jeune actrice qui incarnait la belle et hostile Lulu, qui, elle même, se trouvait être la petite amie de l’acteur tenant le rôle de Dédé. Le savoir, c’est éclairer le film d’une autre lumière, vertigineuse, jusqu’au dénouement, d’une brutalité cocasse quoique très juste.

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