L’Etrange Festival de Paris

ETRANGE FESTIVAL 2013 - Jour 2

Seb Lecocq

Dans un festival de cinéma le premier jour, aussi appelé « l’ouverture », fait office d’apéritif, d’échauffement, d’amuse-bouche. Avec The Agent et Found, l’apéro se montrait sacrément intéressant mais les vraies choses ne commencent vraiment qu’aujourd’hui, deuxième jour, avec quatre films tous plus différents les uns que les autres au programme. L’après-midi s’ouvre avec The Final Member, un documentaire narrant la quête du conservateur/propriétaire/créateur d’un musée islandais pour la pièce maitresse de sa collection. Dit comme ça, ça semble moyennement intéressant mais quand on sait que le musée en question est le « Icelandic Phallological Museum » (ndla : le musée phallologique d’Islande) et que la pièce recherchée est un pénis humain, le film prend toute sa saveur. Deux metteurs canadiens, Jonah Bekhor, Zach Math, relatent cette quête sous forme d’un documentaire iconoclaste, extrêmement bien réalisé, drôle, déroutant et, il faut bien l’avouer, un peu flippant quand même. On y rencontre tout de même un Américain qui prénomme son pénis Elmo, y a tatoué un drapeau américain, en a fait un héros de comic book et a pour but de se le couper pour l’offrir au musée. La journée débute parfaitement, avec un petit goût de n’importe quoi assez réjouissant.

La chute ne sera que plus difficile pour Confession Of A Murder, ridicule polar coréen au pitch tiré par les cheveux. A ce niveau-là, ce n’est pas tiré par les cheveux, c’est carrément scalpé. Quinze ans après les faits, la période de prescription entérinée, un présumé tueur en série publie un livre-confession dans lequel il avoue les dix meurtres. Le métrage commence très bien avec une scène d’intro d’exception, rythmée, brutale et iconique en diable. Ce sera de loin la meilleure partie du film, le reste n’est qu’un enchaînement de scènes clichées, vues et revues quand il ne plonge pas la tête la première dans le ridicule. Il faut voir cette course-poursuite sur une autoroute entre un brancard et des voitures de méchants. On entendait d’ailleurs rires, soupirs outrés et autres ricanement dans la salle 500 du Forum des Images. Moi, je sentais poindre les frissons de la honte à plusieurs reprises. La deuxième heure va nous achever avec un enchaînement de twists que je préfère ne pas dévoiler. La preuve, s’il en fallait une, que la Corée n’a vraiment rien à envier aux Etats Unis car elle aussi peut produire de sacrés navets.

On prend un petit rafraîchissement et on discute avec les copains et les connaissances dont certaines ont aimé le nanar-polar précité (va falloir que je me montre plus sélectif sur mes relations à l’avenir), avant de prendre place dans une salle 500 blindée jusqu’à la gueule pour découvrir le nouveau Quentin Dupieux Wrong Cops. Aucun rapport avec Wrong ou presque mais upgrade du court métrage Wrong Cops Chapter One. Manifestement tout ce que Paris compte de branchés, twittos, bloggeurs tendance et hipsters s’étaient donné rendez-vous ici ce soir. Point de doute possible, le Forum des Images sur le coup de 19h45 était « The Place To Be ». La qualité du film était au rendez-vous. « Wrong Cops » confirme que Dupieux est un réalisateur insaisissable, unique et vraiment talentueux. Son cinéma de la digression et de l’absurde fait mouche même si certaines saynètes sont plus réussies que d’autres. Personne absurde, situations autres, humour nonsensique, mise en scène hyper précise et toujours cette musique électro signée Mr Oizo comme moteur de l’intrigue et de l’univers du metteur en scène. Dupieux rectifie le tir après un Wrong décevant, persiste et signe : cet homme fait définitivement partie des auteurs les plus originaux et talentueux. Et puis quels acteurs…

Enfin quoi de mieux pour finir la journée avec la patate que de revoir Ghost Graduation, grand vainqueur, à juste titre, du dernier BIFFF ? Rien. C’est dans cette optique que je rejoins la salle 300 afin de revoir ce qui constitue un des meilleurs films de l’année. Drôle, malin, référentiel, bien écrit, bien joué et finement réalisé. Ghost Graduation, c’est le feel good movie dans toute sa splendeur. La deuxième vision confirme que le film fonctionne sans le fameux « effet Bifff » parfois trompeur sur la qualité d’un film. Pas de ça ici, la comédie de Javier Ruiz Caldera est un vrai bon film. Le plus bel hommage jamais rendu au cinéma de John Hughes.

(Turn around) every now and then I get a little bit lonely and you’re never coming round.

(Turn around) every now and then I get a little bit tired of listening to the sound of my tears.

(Turn around) every now and then I get a little bit nervous that the best of all the years have gone by.

(Turn around) every now and then I get a little bit terrified and then I see the look in your eyes. Nothing I can say... a total eclipse of the heart.

(Turn around) bright eyes, Every now and then I fall apart.

Je vais encore avoir cette chanson en tête pour au moins dix jours…


Maureen Lepers

Deuxième jour de festival mais première vraie journée de films où l’on a pu voir, d’une salle à l’autre, un polar danois, un Star Wars bis, la nouvelle bombe de Quentin Dupieux et une histoire d’alligators sans alligators.

De concert, la trilogie Millenium de Stieg Larsson et le désormais célèbre Nicolas Winding Refn ont propulsé les littérature et cinéma nordiques sous le feu des projecteurs. Après Headhunters et Black’s Game présentés l’an dernier, on découvre Norhwest, polar du danois Michael Koer. Dans la banlieue de Copenhague, Casper est un fantôme : il pénètre dans les maisons des riches pour dérober leur mobilier et le revendre, ni vu ni connu, à un gang local. S’il a des airs de chroniques sociales, Northwest se révèle plus noir à mesure qu’il avance et que Casper, écartelé entre une vie de famille bien rangée et ses envies de grandeur, grimpe les marches du pouvoir en s’associant à un chef mafieux, Björn. La force du film tient à la rigueur de son réalisateur, qui ne déroge jamais de sa ligne sociale pour dépeindre le quotidien de la calme banlieue qu’il investit avec une froideur clinique. Le nœud dramatique de Northwest tient ainsi moins à l’ascension de Casper qu’à la relation qu’il tisse avec son petit frère, Andy, gosse colérique et mutique qu’il entraine avec lui dans ses magouilles. Entre les deux garçons, peu de mots, beaucoup de regard et trop d’amour : polar mafieux, Northwest s’impose surtout comme une réflexion sur le rôle d’ainé au sein d’une famille, quelle qu’elle soit.

On passera rapidement sur Starcrash, remake italien fauché de Star Wars, où l’on croise pèle mêle Joe Spinell, Christopher Plummer, David Hasselhoff et la très belle Caroline Munro. Projeté en version française, le film réserve quelque gros morceaux d’hilarité, et une paire de répliques cultes, dont celle-ci, fameuse : « Même les robots sont des phallocrates. » Au registre hilare, Quentin Dupieux force, à une autre échelle, le respect avec Wrong Cops, dont était tiré le court-métrage Wrong projeté en ouverture du Festival l’année dernière. On suit ici une bande flics parfaitement puants et immoraux, moins occupés à faire régner l’ordre et la justice dans la banlieue ripolinée qu’ils habitent, qu’à dealer, voler, harceler les filles pour voir leurs seins ou tout faire pour percer dans l’électro. Difficile à résumer, le film pastiche à loisir l’esthétique du buddy movie policier et de la série de même type (plans serrés, flics brutaux mis en scène en communauté, plans en voiture, importance du trajet et de la patrouille…) pour en souligner la mascarade et écorner la ouate des banlieues ensoleillées américaines. Ce n’est donc pas un hasard de croiser, au détour de séquences toutes plus absurdes les unes que les autres, Hillary Tuck, la grande sœur de la série Disney Chérie, j’ai rétréci les gosses, ou les figures lynchiennes Grace Zabriskie et Ray Wise (le Leeland Palmer de Twin Peaks), qui ont tous trois tour à tour encensé ou perverti le rêve américain.

Un dernier sursaut de cinéma avec La nuit des alligators de Peter Collinson (The Penthouse en anglais) présenté dans le cadre du cycle Martin Beswick. L’un des premiers home invasion movie, le film raconte l’histoire d’un couple illégitime pris en otage par deux hommes dans l’appartement dans lequel ils viennent de passer la nuit et qu’ils n’ont normalement pas le droit d’occuper. La portée de La nuit des alligators est, comme son titre, allégorique. Sorte de Tweedle Dee et Tweedle Dum échappés d’Alice au pays des merveilles et auxquels ils empruntent d’ailleurs leur goût pour les bons mots, les deux kidnappeurs s’imposent comme des figures punitives infernales, venues châtier le couple pour avoir enfreint la bonne morale catholique. Un peu anachronique aujourd’hui, cet aspect du film ne l’empêche pourtant pas de s’imposer comme un beau conte pervers.

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