L’Etrange Festival de Paris

ETRANGE FESTIVAL 2012

Premier jour

Jour 1 – Strangers in the night (Seb Lecocq)

Wéééééé c’est la rentrée !! Si la plupart des gens détestent les premiers jours de septembre parce que « c’est la rentrée », moi ce n’est pas mon cas. J’adore ça car pour moi, rentrée est synonyme d’Etrange Festival. On retrouve les copains, on fait son emploi du temps, on va en cours le soir se repaître de films puis on fait ses devoirs tous les jours sous forme de compte-rendu qu’on envoie au professeur Damien en espérant secrètement un mot gentil de sa part en retour. La rentrée hier était placée sous le signe du polar et de l’humour noir avec le film Headhunters adapté d’un roman à succès de Jo Nesbo et mis en scène par Morten Tydum. Comme pour toute séance d’ouverture, digne ce de nom, la salle est pleine à craquer et on dénombre tout un tas de peoples et autres invités venus faire les beaux. Ben oui c’est le premier jour, faut se faire bien voir pour tout le monde. Avant d’assister au film d’ouverture, on aura droit au traditionnel discours de l’équipe organisatrice du festival et de Kenneth Anger, invité d’honneur du Festival venu ouvrir officiellement les festivités. Pour vous résumer sobrement, Kenneth Anger, réalisateur iconique, ouvertement gay, roi de l’underground des fifties jusqu’à aujourd’hui dont les principales obsessions filmiques sont l’érotisme, l’occultisme et le surréalisme. Aujourd’hui âgé de 85 ans, il ressemble au fils gay issu d’une union improbable entre Jack Palance et Silvio Berlusconi. Mais rien que sa présence constituait un des moments forts de la soirée.

Place au cinéma maintenant avec, en guise d’apéritif, deux courts-métrages : Cornée de Stéphane Blanquet et Wrong Cops de Quentin Dupieux. Si le premier me laissera indifférent malgré un univers à la Caro et une réalisation plus que maitrisée, le second aura toute mon adhésion. En bon fan du travail que Dupieux que je suis, j’ai adoré cet univers décalé, cette façon qu’a Dupieux de mettre en scène et de cadrer ces personnages complètements autres, noyés dans une histoire qui n’en est pas vraiment une. Puis une grosse mention spéciale à Marylin Manson qui est incroyable dans le rôle d’un adolescent séquestré par un flic mélomane. Un excellent court-métrage chaudement applaudi par une bonne partie de la salle, moi le premier. Du très bon travail dont il me tarde de voir la suite.

Headhunters prouve que le polar nordique a la cote en ce moment et on retrouve ici tous les ingrédients typiques du genre : un polar glacé, de l’humour noir, de la violence sèche et un petit côté gentiment décalé. Headhunters respecte tellement la recette qu’on a l’impression de voir Le Polar Scandinave pour les Nuls : on reçoit tout ce qu’on en attendait, sans surprises. Trop appliqué et tiré par les cheveux, au bout d’une bonne heure de film, la suspension d’incrédulité en prend un sacré coup et on finit par cesser d’y croire pour se laisser bercer par la rythme enlevé du film, les dérapages humoristiques, les explosions de violence et les bonnes idées (la scène du chien, les toilettes du chalet entre autres). Tout ça donne un film fort sympathique aucunement indispensable et en partie gâché par un scénario vraiment abusé et qui, au final, finit par prendre son spectateur et ses protagonistes pour des neuneus finis mais on peut s’amuser à jouer au jeu des sosies, une de mes grandes passions, tellement le comédien principal ressemble à Francis Renaud tandis que le méchant est le portrait craché de Francesco Totti.

Petite récréation avec les copains avant d’entamer le second film de la soirée, l’australien Redd Inc introduit comme suit par Rurik Sallé : « Y a des films qui tentent de faire passer un message, de parler de quelque chose. Celui-ci ne parle de rien, c’est juste du fun ». Le bougre a le sens de la formule qui résume bien un film qui s’impose comme un mix entre Camera Café, Scream et Saw. Un assassin échappé d’un asile de fous enferme les protagonistes de son procès et les force à prouver son innocence. En cas de réussite, ils seront libres ; en cas d’échec, ils seront décapités (entre autres joyeusetés). Tout cela donne un film sympa, rigolo avec un peu de gore, une actrice pas désagréable à l’œil (Kelly Paterniti), un méchant charismatique et pas mal de meurtres et de références au cinéma d’horreur. Mais aussi des longueurs, une bonne vingtaine de minutes en moins n’auraient pas fait de mal, et un peu d’ennui par moments mais pas de quoi vraiment gâcher la fête. Un film qui ne parvient pas toujours à masquer les limites de son budget et de son huis clos mais qui, au passage, glisse une belle grosse quenelle au monde impitoyable de l’entreprise, du capitalisme et de la compétitivité via une sévère métaphore du monde du travail. Une entrée en matière correcte mais pas transcendante donc pour cette première journée de festival dont le programme du jour s’avère autrement plus fou avec le chtarbé Eega, le japonais Henge et en clôture de la journée le mythique Knightriders de George Romero.

Jour 1 – Moi, si j’étais un homme… (Maureen Lepers)

"La perception de l’inatteignable n’est qu’un leurre de la réalité". Ainsi s’ouvre l’édito de l’Etrange Festival 2012, également titré ‘Never Surrender’, comme un cri de guerre jouissif et terrible que le festival, aujourd’hui adulte – il fête cette année ses 18 ans – s’autorise enfin à pousser. Plus que jamais, cette nouvelle édition entend donc abolir contraintes et frontières, entre les genres, entre les hommes, entre les écrans. Le transgressif et l’ouverture seraient les maitres mots, et c’est d’ailleurs ce que viennent prouver au programme la présence exceptionnelle de Kenneth Anger, pape de l’underground US des fifties/sixties, et le très beau et très déjanté cycle Motorpsycho, comme un écho lointain au Drive de Nicolas Winding Refn (dont la présence aux côtés de Anger est finalement compromise), que le festival lança l’année dernière. La route alors, devient ce véhicule sublime à bord duquel il s’agit d’embarquer pour espérer toucher, par le cinéma, ce que la réalité se refuse à nous laisser atteindre.

Et en ce premier jour, le voyage est tranquille. Un seul film : Headhunters, du norvégien Mortem Tyldum, adapté du polar de Jo Nesbo et qui, parce qu’à l’Etrange Festival, le concept du film unique est un peu désuet, sera précédé de deux courts métrages, l’un bougrement abscons et bougrement bizarre, Cornée, de Stéphane Blanquet, l’autre carrément jouissif et vachement attendu, Wrong Cops de Quentin Dupieux, dans lequel Marilyn Manson campe un ado emo pris en otage par un flic macho et mélomane qui entreprend de lui faire découvrir ce qu’est la vraie musique.

Headhunters, présenté en introduction comme étant « le meilleur polar qu’on ait vu depuis longtemps », raconte quant à lui l’histoire d’un homme, Roger Brown (Aksel Hennie), complexé par sa taille (il mesure 1m68) qui compense sa présumée perte de virilité en achetant plein de cadeaux trop chers à sa femme et en volant des tableaux célèbres qu’il revend au marché noir. Ce caïd de riches, aux traits lisses et aux dents longues, qui n’appréhende du crime et de l’art que leur vitrine glamour, voit sa vie basculer alors que, traqué par un militaire presque surhumain (Nikolaj Coster-Waldau, échappé pour l’occasion de Game Of Thrones), il se voit contraint de renoncer à lui-même pour espérer survivre. S’il n’est pas dénué de fulgurances géniales de mise en scène, Headhunters pèche cependant par son sens du rythme ainsi que par un scénario trop peu solide, qui échoue surtout à exploiter ce que le sujet offrait en substance de plus intéressant : le combat dantesque d’un homme aux prises avec ses démons. Le lyrisme et l’efficacité d’un polar tiennent bien souvent à la capacité de la mise en scène à figurer à l’écran les failles de son héros, et de s’engouffrer dans les brèches ainsi découvertes. S’il n’est pas un film noir, Headhunters, en s’ouvrant sur l’étalage en voix off des complexes et autres palliatifs de Roger Brown, s’en approprie pourtant l’un des sujets privilégiés, la crise de l’identité masculine, et offre à son personnage principal un diable de taille, son exact contraire, qu’il s’agira de vaincre pour mieux grandir. Indéniablement, Mortem Tyldum aurait pu signer ici un film passionnant. Rapidement pourtant, il semble que le cinéaste renonce à son sujet pour lui préférer l’histoire banale et sans surprises d’un fugitif malgré lui, dont les péripéties se teintent, à mesure qu’avance le film, d’un soupçon violasse et un peu rance de déjà vu ou de wtf qui condamnent sadiquement le spectateur à un niveau de lecture unique. Malgré ses explosions de violence et un sens assumé de l’absurde, Headhunters en somme, a finalement l’odeur de l’inachevé, de ce qui, comme son héros, voulait être très grand, mais n’est que tout petit.

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