L’Etrange Festival de Paris

ETRANGE FESTIVAL 2012 - Jour 10

B comme Bis. D comme Désappointement

B comme Bis. D comme Désappointement (Seb Lecocq)

Cette avant-dernière journée de festivité commence mal, très mal. Au moment de prendre mes billets à la caisse, je m‘entends dire que les séances de Dead Sushi et Les 3 Supermen Turcs sont complètes. Là, je fus envahi d’une décharge de haine couplée à une montée de lassitude extrême. Deux des films que je tenais absolument à voir me sont enlevés des mains. Autant dire que j’eus l’impression qu’on m’ôtait le pain de la bouche. Un des rares problèmes organisationnels (voire même le seul) de l’Etrange Festival est l’impossibilité de réserver une place à l’avance lorsqu’on est muni d’une accréditation, du coup ça peut s’avérer problématique lorsque des films attendus sont diffusés dans des petites salles (la salle 100 pour les deux films en question). Et je dois avouer que c’est une situation extrêmement frustrante par moments.

Mais malgré ces petits incidents de parcours, le festival poursuit sa route et offre d’autres réjouissances comme la séance de Resolution, petit film indé américain projeté dans la minuscule salle 30, grande comme mon salon. Le film fut introduit par les deux réalisateurs qui firent l’effort de parler un semblant de français, ce qui les rendit immédiatement sympathique. Le film est très compliqué à résumer et il est très difficile d’en parler sans dévoiler quelques éléments de l’intrigue. Sachez toutefois que le point de départ est celle de Mike, qui recevant une vidéo de son meilleur pote complété shooté au crack décide de le rejoindre en pleine cambrousse afin de le sevrer et de l’emmener en cure de desintox de gré ou de force. Le film, tout au long de se déroulement, se montre insaisissable et tortueux tout en restant extrêmement simple à comprendre. On pense parfois à un David Lynch période Twin Peaks ou au cinéma de Richard Kelly. Dans le cinéma vraiment indépendant américain, généralement on n’a pas de pétrole mais on a des idées. Le duo de réalisateurs en a à la pelle et livre une réflexion sur le sens des images, la narration et la construction du récit. On peut trouver quelques point communs avec des œuvres comme Le Projet Blair Witch (je vous rassure Resolution n’est pas un found footage) ou certains épisodes de la Quatrième Dimension. En tant que spectateurs, on est sans cesse décontenancés et surpris par le déroulement du récit, on pense enfin tenir un bout d’explication et aussitôt celui-ci s’évanouit dans la nature. Personnellement, je suis resté scotché à l’écran malgré quelques petites longueurs en milieu et fin de métrage. Un film fascinant, intrigant et surprenant qui distille une atmosphère vraiment à part, parfois à la limite du surréalisme. Une jolie surprise donc.

Juste le temps de noyer ma peine dans un Dr Pepper et de casser la croute que je renifle le doux fumet du Z, du bis ultime projeté en VF obligatoire dans une salle de spectateurs rompus aux charmes du nanard. Et oui, dans le cadre de sa Carte Blanche Jan Kounen nous a déniché une vraie perle bien connue, au moins de réputation, des bisseux les plus extrêmes. Je veux bien entendu parler de l’inénarrable Blood Freaks. Kounen introduira d’ailleurs le film de la plus belle des manières avec passion, amour et envie. Le maitre de cérémonie parfait pour ce genre de séance. Blood Freaks se veut, à la base, un film de propagande anti-drogue destiné au public américain. L’histoire est assez simple : tombé dans les filets d’une bande de hippies drogués et de scientifiques véreux, le pauvre Richard va, sous l’effet de diverses substance psychotropes et d’une dinde frelatée génétiquement modifiée, se transformer en homme dindon assoiffé de sang. Pitch grandement allumé donc pour un film qui l’est tout autant à la condition exclusive de le voir en version française. En version originale, le film est proprement irregardable. La version française totalement hallucinée, débitée par des acteurs sous anxiolytiques fait tout le charme du film. L’ambiance dans la salle possédait, ce soir, un petit goût de Bifff avec exclamations, commentaires, vannes et bruitages incessants. C’est très difficile de parler du film parce qu’honnêtement il ne se passe pas grand-chose et il se termine par le twist le plus frelaté de l’histoire du cinéma. Je pense qu’un petit extrait sera plus parlant que tout ce que je peux en dire, je vous invite donc à cliquer sur le lien suivant afin de vraiment comprendre la puissance nanardesque de Blood Freak : http://www.dailymotion.com/video/xcamng_blood-freak_sport

Petits meurtres en famille (Maureen Lepers)

Ne pouvant être présente pour la clôture du festival dimanche, ce dixième jour sonne pour ma part, le glas triste et grave de la fin de l’Etrange, le retour à un quotidien suranné, plus loin des salles obscures, des psychopathes et autres pépites fabuleuses. Cette année pourtant, fut d’une richesse incroyable. Un très grand merci donc, chaleureux et sincère, à l’équipe organisatrice, pour la programmation, pour leur présence, leurs cadeaux, leur incommensurable passion, leur amour du cinéma.

Ce dernier jour est placé, après le marathon de la veille, sous le signe de la tranquillité, et d’un enthousiasme groupiesque tout personnel. C’est en effet en salle 300 qu’a lieu le focus dédié à Ben Weathley, cinéaste anglais que l’on avait découvert l’année dernière avec le brillant Kill List (de nouveau projeté pour l’occasion, et dont la brutalité et la fulgurance ne sont pas amoindries). En compétition cette année avec son troisième long métrage, Touristes, dont nous avons déjà parlé, le réalisateur britannique était cette fois présent pour nous présenter son tout premier film, Down Terrace, resté jusqu’à présent invisible sur les écrans français. Si Kill List lorgnait du côté du film d’horreur et Touristes du côté de la comédie, Down Terrace se targue quant à lui d’être un film de gangsters, dont une fois encore, les codes et les archétypes sont réécrits et détournés, jusqu’à rencontrer à la fois Ken Loach, Stephen Frears et Martin Scorsese. La grande intelligence du cinéaste est de se jouer des genres qu’il investit et de, par le croisement, duper jusqu’à l’extrême son spectateur. Le plus bel exemple à ce sujet, dans cette courte (mais riche) filmographie, reste bien sûr le revirement final dont est fonction Kill List et qui vient radicalement modifier le visage du film. Down Terrace, dans une certaine mesure, participe des mêmes dynamiques. S’il s’ouvre et s’impose d’abord aux yeux du public comme une chronique familiale (l’histoire d’une famille, quelque part en Angleterre, dont le quotidien est chamboulé par le retour du fils prodigue), le long métrage bascule rapidement du côté de la violence sourde et masculine du film de gangsters, sans jamais pour autant mettre en scène ses personnages autrement que comme des individus lambda (un traitement qui indéniablement, peut évoque Les Sopranos). La beauté du traitement des archétypes tient justement dans cette rupture de ton : il n’y a pas ici de sacralisation des figures paternelles ou filiales qui, pleinement intégrées dans un quotidien tangible dans lequel on peut sans mal se projeter, sont des hommes et des femmes avant d’être des mafieux. De leurs activités d’ailleurs, on ne saura pratiquement rien. Ce qui intéresse Ben Weathley, c’est avant tout l’impossibilité pour ses personnages de préserver, dans cette famille qui est d’abord une entreprise, une cellule cohérente et familière, au sein de laquelle pourrait s’ouvrir une brèche intime. Dans un tel schéma, le personnage du fils, dont le retour marque ici la fin d’un règne (celui du père vieillissant), est bien responsable des irruptions de violence, et à l’image, son corps viendra progressivement remplacer tous les autres. Dur et renfermé, d’une intransigeance folle, et sujet à l’hystérie, il est finalement le prototype des héros à venir - Jay dans Kill List et Chris dans Touristes - qui tous ne peuvent prétendre exister que dans l’anéantissement et autour desquels gravitent les thèmes privilégiés du cinéaste.

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