L’Etrange Festival de Paris

ETRANGE FESTIVAL 2011 - Jour 1

Des extrêmes et des hommes

« Je ne partage pas vos idées, mais je me battrai jusqu’au bout pour que vous puissiez les exprimer ». Sacrée devise, pour cette 17e édition de l’Etrange Festival, que cette phrase faussement attribuée à Voltaire. C’est d’emblée faire de l’envie et de la liberté d’expression les armes de cette rentrée, c’est postuler que tout est permis, même le pire, c’est mesurer à l’aune de l’amour des formes et des genres l’ensemble des projections proposées ces dix prochains jours aux Forum des Images de Paris. Les films que nous allons voir et sur lequel nous allons écrire sont donc à appréhender avec le cœur et les tripes pour tout ce qu’ils proposent d’extrême et de novateur, de violence, d’organicité, de vitalité, en somme.

Qui donc en définitive pouvait mieux ouvrir ce festival que le français Xavier Gens ? Il est 18h30, le Forum pullule de mecs aux looks étranges de rôlistes ou de hardos, ce qui n’est pas commun. A l’étage, la queue pour The Divide est déjà bien chargée, et partout dans la file, se multiplient débats et autres échanges de geeks tels que « les 5 trucs à changer dans Star Wars » ou la question fondamentale : « qui est le meilleur Batman ».

19h15, il fait une chaleur à crever. Enfin, les portes s’ouvrent et nous voilà partis. Une demie heure plus tard, après une introduction de l’immense Jean-Pierre Mocky, parrain de cette 17e Edition, c’est au tour de Xavier Gens de présenter son film. Il se dit stressé mais sourit beaucoup et raconte sans détours comment les parents de son assistant régie ont financé le film après que ses producteurs l’aient lâché. « C’est donc un film complètement indépendant que vous allez voir ce soir  », conclut-il. The Divide se construit autour d’un groupe de survivants (dont Patricia Arquette, Milo Ventimiglia, le Peter Petrelli de Heroes, et Lauren German, la final girl castratrice de Hostel 2) réfugié dans la cave d’un immeuble après une attaque nucléaire. Plus qu’un survival, il s’agit pour Xavier Gens de mettre en scène, dix ans plus tard, un traumatisme, le 11 septembre, et les dangers de la paranoïa et de la folie qui en ont découlé. Les caves de l’immeuble, labyrinthiques, sont donc autant un lieu de survie qu’un espace psychologique. Le cinéaste tisse une carte mentale, un gouffre psychique dans lequel les différents protagonistes s’enfoncent sans retenue, jusqu’à la purge finale, comme une promesse désespérée de renaissance. A en croire la réaction de la salle, le film est très bien accueilli et, si il n’est pas exempt d’un certain nombre de défauts (nous en reparlerons dans un papier entièrement consacré au long-métrage), ce deuxième opus signé Xavier Gens remplit son contrat et sait distiller, quand il le faut, de vraies fulgurances cinématographiques ou narratives, tantôt de violence, tantôt d’une grande mélancolie. Collé aux personnages, à leur humanité et à leur animalité, The Divide ouvre donc en fanfare cet Etrange Festival.

A peine le générique de fin a-t-il démarré qu’il faut déjà courir pour attraper le début de la projection de Confessions, du japonais Tetsuya Nakashima. Cette sordide histoire de vengeance nous met face à Yoku Moriguchi, une jeune institutrice dont la petite de quatre ans, Manami, a été retrouvée noyée. Si le rapport de police évoque un accident, Yoku n’est pas dupe et identifie bientôt en la personne de deux de ses élèves les véritables coupables. Plus que son sujet, c’est ici le schéma narratif choisi par le réalisateur qui étonne, agace et éblouit tout à la fois. Il n’est pas ici question de raconter linéairement l’histoire de ce professeur et de sa classe, mais plutôt de mettre en scène les différentes confessions des protagonistes, de Yuko aux deux meurtriers, en passant par la mère de l’un d’eux et la petite amie de l’autre. La voix off, omniprésente, est ici le seul fil conducteur et permet de faire s’emboiter les différentes pièces du puzzle, jusqu’au dénouement, cruel et dément. De ce jeu pervers, Nakashima tire un film d’une grande beauté graphique et d’une profonde tristesse. Si ses personnages sont parfois grotesques dans leur caractère extrême, c’est finalement une façon pour le cinéaste de mieux toucher du doigt les mécanismes de l’enfance, à cet âge où la cruauté côtoie d’égal à égal l’innocence la plus complète. Il s’agit là pour Nakashima de découper l’homme, de le confronter à sa part d’ombre, d’étudier presque anatomiquement, comment le deuil, le manque, l’absence peuvent conduire au vice, aux jeux les plus machiavéliques, à la vengeance la plus froide, et ce le plus sereinement du monde. Le film est également plutôt bien accueilli, et clôture donc cette première journée sous de bons augures. La suite, au prochain numéro.

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