Critique de film

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Double assassinat dans la rue Morgue

"Murders in the Rue Morgue"
affiche du film

Pierre Dupin, jeune étudiant en médecine, apprend que, dans la même semaine, trois femmes ont été retrouvées dans la Seine. Toutes semblent s'être suicidées. En examinant les corps, il remarque des petites entailles sur le bras des victimes et découvre finalement que la série de crimes est perpétré par un singe savant.

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Trailer - Double assassinat dans la rue Morgue (1932)
Par : Damien Taymans

Les critiques à propos de ce film

Critique de Double assassinat dans la rue Morgue - Poe désincarné
Par : Damien Taymans
Tags : Edgar Poe

Pierre Dupin, jeune étudiant en médecine, apprend que trois corps de jeunes femmes ont été retrouvés, toutes décédées suite à un suicide. Après enquête, il apparaît que les trois cadavres présentent chacune des petites entailles au creux du bras. En réalité, les victimes sont les cobayes bien malheureux de l’énigmatique docteur Mirakle qui tente vainement de trouver une petite amie à son ami orang-outang…

Les studios Universal, en plein âge d’or, décident de s’attaquer au genre horrifique, produisant coup sur coup deux gigantesques œuvres : Dracula de Tod Browning (magnifiquement épaulé par le travail de Karl Freund) dans lequel le prince des vampires est incarné par le plus hongrois des hollywoodiens, à savoir le savoureux Bela Lugosi et Frankenstein, sublimé par la mise en scène de James Whale et par l’interprétation mécaniquement monstrueuse de Boris Karloff. Limogé du projet Frankenstein sur lequel il était un temps pressenti, Robert Florey se console finalement avec le nouveau matériau fourni par Universal, à savoir l’adaptation de l’une des plus célèbres nouvelles d’Edgar Allan Poe, Double assassinat dans la rue Morgue. Œuvre contemporaine, le métrage de Florey incorpore nombre d’éléments alors en vogue comme le personnage du savant fou, ici campé par l’oriental Bela Lugosi dans la peau du dangereux docteur Mirakle, le réalisateur n’hésitant pas à emprunter à l’expressionnisme certaines de ses caractéristiques stylistiques et esthétiques pour créer son Paris cauchemardesque et ténébreux.

Des libertés qui, si elles attestent indubitablement le fait que Florey est un homme de son temps, ne rendent malheureusement pas grâce au récit originel de Poe qui se voit dénaturé à l’écran par quelques excentricités fâcheuses. De l’intrigue policière qui baignait l’intrigue romancée ne reste que des bribes parsemées çà et là pour légitimer la reprise flagorneuse et élogieuse de l’intitulé de la nouvelle en question. L’enquête se voit balayée au profit d’une trame incohérente, suivant en parallèle les délires d’un savant-fou atypique et crétin (ses expériences témoignent de l’incrédulité du personnage), les amourettes frivoles de couples stéréotypés et les recherches scientifiques d’un jeune arriviste passionné par cette succession de crimes. La révélation du récit policier est en prime substituée par les élucubrations fantasmagoriques d’un réalisateur désireux d’insérer au sein de son œuvre un élément effrayant (à savoir le singe et sa soi-disant humanité), signant du même coup un essai prémonitoire au succès futur du gorille de Schoedsack. En guise de monstre, Double assassinat s’entiche donc d’un gorille qui ne devient crédible que lorsqu’il est évoqué en hors-champ par le truchement de jeux d’ombres ou de hurlements primaires, les scènes de monstration découlant sur quelques singeries peu convaincantes d’un acteur suant sous la masse de poils que lui a collée un réal peu scrupuleux quand il s’agit de ridiculiser ses figurants. D’un primate (Erik le gorille) à l’autre (Bela Lugosi à la pilosité qui aurait fait jalouser un Demi Roussos), Double assassinat pourrait ne se résumer finalement qu’à un amas de poils calfeutrant sans vergogne la narration révolutionnaire et anxiogène de Poe.

Pourtant, le métrage, s’il n’esbaudit nullement le spectateur, s’avère être un morceau capable de rivaliser avec de nombreuses autres œuvres dites « classiques ». Un essai saupoudré de l’un ou l’autre morceau de bravoure (la séquence de la balançoire, en avance sur son temps) et teinté de cette innocence seyant si bien à ce temps que les moins de vingt ans ne peuvent pas connaître (l’évolutionnisme traité naïvement en filigrane qui était encore davantage un balbutiement sauvage qu’une hétérodoxie scientifiquement établie).

Critique de Murders in the Rue Morgue - C’est pas à un vieux singe...
Par : Fred Pizzoferrato

Réalisé au début des années ’30, Murders in the rue Morgue constitue la première adaptation sous forme de long-métrage de la nouvelle homonyme d’Edgar Allan Poe, laquelle sera à nouveau plusieurs fois portée à l’écran au cours des décennies suivantes (en 1954 et 1971). Comme souvent, pourtant, le résultat cinématographique entretien peu de liens avec la source littéraire citée et n’en retient que l’argument de base.

Un jeune étudiant en médecine, Pierre Dupin, emmène sa chère et tendre Camille au cirque de Paris où ils rencontrent le docteur Mirakle et son gorille, Erik. Le médecin affirme comprendre le langage anthropoïde mais, en secret, poursuit des recherches moins avouables visant à prouver ses théories évolutionnistes. Pour cela, il injecte du sang simiesque à des jeunes femmes mais, hélas, ses expériences échouent sans cesse et aboutissent à la mort des cobayes. Or, Mirakle devient obsédé par la belle Camille.

Publiée en 1841, la longue nouvelle de Poe posait les bases du roman policier à énigme teinté de fantastique (une recette ensuite popularisée mondialement par Arthur Conan Doyle et, plus tard, par John Dickson Carr) en présentant le personnage de Dupin, un détective aux étonnantes capacités de déduction confronté à une énigme en apparence insoluble, proche du « mystère en chambre close ». Au final, le coupable des meurtres brutaux ensanglantant Paris se révélait être…un singe ! Murders in the rue Morgue, version cinéma, ne retient pas grand-chose de cette trame mais se montre cependant un poil plus fidèle à Poe que d’autres adaptations sorties à la même époque comme The black cat et Le corbeau. Refusant l’enquête policière pure, le réalisateur opte pour la trame, alors classique, du savant fou s’essayant à des expériences contre nature en compagnie d’un serviteur poilu. Une seconde intrigue concerne, pour sa part, un couple d’amoureux confronté à différents crimes et il faut attendre la seconde moitié du métrage pour voir ces deux histoires se rejoindre. Seule la séquence menant à découvrir l’identité, simiesque, du criminel s’avère décalquée de la nouvelle de Poe : chacun des témoins affirment en effet avoir entendu l’assassin s’exprimer dans une langue différente (danois, italien, allemand,…) avant que Dupin mette tout le monde d’accord : c’étaient des cris animaux et non humains. Il s’agit sans doute du meilleur moment d’un film fort plaisant à suivre en dépit de son côté outré et peu crédible, les prémices du scénario étant, il faut l’avouer, particulièrement stupides. Heureusement, la mise en scène de Robert Florey (se consolant d’être passé à côté de Frankenstein et ensuite responsable de l’intéressant La bête aux cinq doigts et du désastreux Tarzan et les sirènes) s’avère de bonne tenue et illustre les leçons apprises via l’expressionnisme allemand. Il transforme ainsi avec une jolie force évocatrice les rues de Paris en lieux sinistres baignés par des ombres menaçantes et déforme les décors pour proposer des demeures macabres dont les toits s’étirent et se tordent vers un ciel sinistre. La photographie de Karl Freund, célèbre pour ses travaux sur Metropolis ou Dracula, accentue l’impression de bizarrerie. Si les choix du cinéaste se révèlent audacieux, ils confèrent au métrage son identité et ses caractéristiques propres, l’élevant au-dessus de nombre de titres similaires (Le singe tueur, etc.) qui se révèleront, pour leur part, tristement dépourvu d’atmosphère.

Le film possède en outre un humour plaisant et parfois irrévérencieux. Devant un parterre de beautés exotiques et sauvages un Parisien distingué s’interroge « Est-ce qu’elles mordent ? » A quoi on lui répond malicieusement « Si vous le souhaitez mais c’est plus cher ». Des dialogues que l’on doit, en partie, à John Huston, lequel jugeait de belle manière le métrage : « il y avait des choses pas mauvaises. Ce n’était pas fidèle à la nouvelle d’Edgar Poe. La nouvelle est si condensée, si pure. Là c’était un peu étire. On avait ajouté une histoire d’amour. Mais il y avait des qualités. Quelques scènes étaient très réussies ». (In « Amis Américains » de Bertrand Tavernier, édition Acte Sud).

Dommage par contre que la musique ne soit pas plus intéressante, Murders in the rue Morgue réutilisant par exemple, sans beaucoup d’imagination, le « Lac des Cygnes » déjà employé par Dracula. Au niveau du casting, Bela Lugosi domine une interprétation inégale et se détache clairement en composant un personnage maléfique et intéressant dont il a le secret, rendant plus manifeste la caractérisation schématique de ses antagonistes.

Sans prétendre se hisser au rang des meilleures réussites horrifiques de la Universal, Murders in the rue Morgue demeure toutefois un plaisant petit « classique », bien servi par quelques jolis effets de mise en scène, des décors surprenants, un rythme alerte (conséquence d’une durée ramassée) et le jeu délectable de Bela Lugosi. En dépit de ses manifestes faiblesses (en particulier de scénario), le film de Robert Florey mérite donc d’être redécouvert par un large public.


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