Critiques/Analyses

Doctor Who

21 décembre 2013 | Par : Chroniqueurs

Par Christophe Mavroudis

Créateur(s)

Première série :

Sydney Newman, Donald Wilson

Deuxième série :

Russell T Davies, Steven Moffat

Doctor Who : C’est plus grand à l’intérieur

Avec un demi-siècle au compteur, Doctor Who s’impose comme la plus longue série de science-fiction jamais produite. Série éducative à ses origines, elle narre le périple du Docteur, un Seigneur du Temps venu de la planète Gallifrey, naviguant à travers le temps et l’espace bord d’un vaisseau en forme de cabine de police anglaise nommé le TARDIS. A priori totalement fantaisiste, et fidèle à une imagerie directement héritée de la S-F des années 60, ce concept est pourtant à l’origine d’un spectacle d’une inventivité folle, où se conjuguent imaginaire digne de l’âge d’or, entrain de comédie loufoque, et enjeux épiques de Space Opéra.

« Fantastique ! »

Elément charnière du récit, le Docteur est doté de la capacité de se régénérer après sa mort, changeant d’aspect physique, et, dans une certaine mesure, de personnalité. Cette astuce, créée à l’origine pour faciliter le changement d’interprète, est devenu l’un des principaux enjeux de la reprise de 2005, qui offrit une modernité à la série après une interruption de près de 15 ans. Le premier Docteur « next gen » s’incarne en un Christopher Eccleston en veste de cuir, un renouvellement de garde-robe atypique pour un personnage qui ne rompt pourtant pas avec la tradition. Maître d’œuvre, le showrunner Russel T. Davies prend en effet le parti de poursuivre le récit original, exploitant sa longue absence des écrans pour dynamiser et actualiser sa mythologie. On apprend ainsi que le Docteur est désormais le seul survivant de son espèce, sa planète ayant péri en même temps que son peuple Némesis, les Daleks. Pire, le Docteur, pourtant pacifiste convaincu, a été l’instrument de ce double génocide. Cet acte redoutable sera l’un des piliers des sept saisons à venir, hantant un personnage du reste pétillant et imprévisible, n’hésitant pas à s’émerveiller du plan génial sur point de le réduire en une nuée de photons.

« Allons-y ! »

S’amusant à enchaîner parfois au sein d’un même épisode les tonalités différentes voire antinomiques, de la satire parodique à la S-F pure, la première saison pose en douceur la structure audacieuse du show, succession de loners dont le côté feuilletonnant se révèle d’épisode en épisode jusqu’à atteindre des conclusions homériques. Qui dit Doctor Who dit paradoxes à foison, collision de lignes temporelles et de dimensions parallèles une source infinie d’inspiration favorisant une émulsion créative vibrante,qui va être bientôt précipitée par un catalyseur bouillonnant : l’arrivée de David Tenant dans le rôle titre.
Bien que convaincant et impliqué, il manquait à Christopher Eccleston cette connivence immédiate avec le spectateur que Tennant crée en quelques secondes. Dynamique et élancé, le regard bizarrement fixe débordant à la fois d’un enthousiasme juvénile et de la solennité d’un vétéran de guerre, Tennant reste pour beaucoup LE Docteur. Alchimie d’une écriture riche accumulant les trouvailles, d’un comédien principal en osmose et d’un humour omniprésent, la période Tennant est un grand ride à vous vriller les neurones de plaisir, s’achevant en apothéose lors d’un adagio déchirant, dernier baroud de son comédien principal et de Russel T. Davies. Succède à ce dernier Steven Moffat, qui confiera au jeune Matt Smith la lourde tâche de reprendre le tournevis sonique.

« Géronimo ! »

L’ère Smith, qui prendra fin ce 25 décembre, réoriente la série. Dégingandé, enfantin et turbulent, le Docteur nouveau, au noeud papillon indestructible, ne tient pas à place. Volontiers burlesque, cette combinaison interspatio-dimensiono-quantique de Pee Wee Herman et Buster Keaton n’en affiche pas moins une noirceur parfois profonde, virant parfois à la cruauté. Toujours héroïque bien que souvent faillible, cette redéfinition du Docteur s’accompagne également d’une approche narrative plus extrême. Au contraire de Russel T. Davies, très prudent dans l’usage des paradoxes temporels, sel de la série, Moffat n’hésite pas à jouer avec le feu, bousculant les conventions et se jouant des incohérences avec une inventivité ludique totale. Le paradoxe temporel devient presque l’allié du Docteur, offrant une variété infinie de combinaison d’intrigues et d’enjeux narratifs fous à faire d’Emmet Brown un moine trapiste. Ce méli-mélo infernal, toujours à deux nucléons de virer au bordel complet et pas toujours maîtrisé, n’en demeure pas moins plus construit qu’il n’y parait, comme en témoigne l’épisode anniversaire « Le jour du Docteur ». S’y révèle que Moffat n’a pas perdu de vue les enjeux posés par Russel Davies, car avec le retour du Docteur à la Guerre du Temps et au génocide qu’il provoquera (ou provoque, ou a provoqué, c’est selon), ce sont plusieurs finalités du personnage incarné par Smith qui sont mises en lumière. Ce Docteur, qui aura au cours de ses dernières aventures affronté l’oubli et la duplicité sous ses diverses formes, miroir de sa propre fuite en avant, y voit resurgir le spectre de ses actions passées alors qu’il rencontre deux de ses anciens visages, à la manière d’un conte de Dickens. A la fois conclusion et nouveau départ, « Le jour du Docteur  » noue le ruban de Möbius qu’est l’aventure du Seigneur du Temps. Obligé d’assumer le poids de ses décisions et de questionner leur légitimité, il trouve le chemin de la rédemption et un nouveau futur. Le 25 décembre, le Docteur se régénérera, peut-être pour la dernière fois, et prendra les traits de Peter Capaldi. Un choix risqué, mais pas anodin. L’acteur est plus âgé, son regard plus dur, signe qu’une époque est révolue. Moffat nous a mené jusqu’à la mort du Docteur, peut-être pour mieux nous ramener vers ses origines... Et l’opportunité est belle pour les nouveaux venus de plonger tête la première dans l’aventure. Trust Me, comme disait-dira-dirait un certain fou en boite bleue.

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