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DÉBAT - Le cinéma français est-il condamné à la comédie ?

5 janvier 2015 | Par : Darkness Fanzine

Pas d’éclaircies attendues en 2015 sur le petit monde du cinéma d’auteur en France, l’anticyclone des entrées étant une fois de plus positionné sur les comédies populaires à plusieurs dizaines de millions d’euros dont une partie du budget sert à alimenter l’aisance d’une poignée d’acteurs bankables. Toujours les mêmes. Si le centre national du cinéma et de l’image animée (CNC) nous apprend que près de 208,5 millions de places ont été vendues dans les cinémas en 2014, soit une hausse de 7,7 % par rapport à 2013, on découvre aussi sans surprise que les deux premières places du box-office sont occupées par Qu’est-ce qu’on a fait au bon Dieu ? (P. de Chauveron, 2014) avec 12,3 millions d’entrées (soit plus de 100 millions d’euros de recettes pour un budget initial de 13 millions, en partie apportés par TF1) et Supercondriaque (D. Boon, 2014) avec 5,3 millions d’entrées (soit environ 43 millions d’euros de recettes pour un budget initial de 31,5 millions d’euros – là encore mis sur la table par TF1 – dont 6 seraient allés directement dans la poche du réalisateur-scénariste-dialoguiste-acteur). Alors si l’on peut se réjouir de voir la part de marché des films français passer de 34 à 44 % en une année, on peut également regretter la standardisation des œuvres financées et proposées à l’appétit des spectateurs. La Cour des comptes a ainsi constaté l’an passé que les chaînes de télévision concentrent systématiquement leurs investissements sur un petit nombre de films à gros budget, des comédies dans la majeure partie des cas, et que si les aides publiques ont augmenté de 88 % en dix ans, les résultats obtenus sont finalement jugés médiocres, notamment parce qu’elles contribuent à la rémunération parfois exorbitante des « acteurs vedettes ». Du coup, en décembre dernier, le CNC a décidé d’encadrer ses aides, comme l’explique Emmanuelle Jardonnet sur lemonde.fr du 4 décembre 2014. Désormais, pour un budget inférieur à 4 millions d’euros, la rémunération la plus élevée ne pourra pas dépasser 15 % du coût de production (soit un cachet inférieur à 600 000 euros) ; de 4 à 7 millions d’euros, la rémunération ne pourra pas excéder 15 % du devis jusqu’à 4 millions, puis 8 % au-delà (avec un maximum mécanique de 840 000 euros). Enfin, de 7 à 10 millions d’euros, un nouveau plafond de 5 % s’ajoutera à la dernière tranche (avec une rémunération maximale de 990 000 euros). Au-delà, la rémunération maximale reste fixée à 990 000 euros, étant utilement précisé que ces plafonds s’apprécient par personne et non par poste (une disposition spéciale contre le cumul des fonctions du dernier Dany Boon). En cas de dépassement, le film sera alors privé des aides sélectives, dont l’avance sur recettes. Pour mémoire, rappelons qu’à l’origine de la polémique Vincent Maraval « dénonçait les cachets exorbitants des comédiens et réalisateurs stars au regard des résultats décevants de leurs films en salles » dans Le Monde en décembre 2012, et que l’on vient tout juste d’apprendre que le cofondateur de Wild Bunch distribuera à l’international, en octobre 2015, la comédie Lolo (J. Delpy, 2015) avec Dany Boon qu’il villipendait pourtant très sévèrement dans sa tribune... Business is business. Pendant ce temps, les films d’auteur peinent à trouver des financements et les films de genre demeurent dans la clandestinité, obligés de recourir au crownfunding pour boucler leur budget (Aux Yeux des vivants), délocalisant les tournages en Europe de l’Est pour tenter d’exister. Dans le dernier numéro des Cahiers du cinéma (n°707, janvier 2015), Pierre-Paul Puljiz (Morgane, Polyester) explique les difficultés de financement du dernier Larry Clark, The Smell of Us, pourtant tourné en France, en français, avec une équipe technique et des acteurs français : « Le scénario était excellent mais trop loin des conventions pour attirer des télévisions. Il fallait se décider : ou le film se faisait avec la moitié du budget prévu, ou il ne verrait jamais le jour. On s’est lancés dans l’aventure avec la moitié du budget nécessaire. Wild Bunch, Jour2Fête, le CNC et la région Île-de-France nous ont soutenus, mais c’est vraiment la télévision qui a manqué. » Si l’on peut comprendre que des chaînes privées investissent d’abord pour gagner de l’argent, on comprend moins que les chaînes publiques, dont le budget est en partie alimenté par la redevance audiovisuelle, adoptent la même politique telle France 2, coproducteur de la comédie Les Trois Frères, le retour (P. Légitimus, D. Bourdon, B. Campan, 2014) au budget de 10 millions d’euros pour seulement 1,6 millions d’entrées (contre 6,7 millions d’entrées en 1995 avec le premier opus). Sur 24 films financés par France 2 en 2013, 17 avaient un devis supérieur à 4 millions d’euros alors que dans le même temps, 68 % de films d’initiative française au budget inférieur à 1 million d’euros n’ont reçu le soutien d’aucune chaîne de télévision publique ou privée. Tout cela ne signifie pas que les chaînes publiques ne financent pas de bons films et qu’elles ne doivent pas investir dans la comédie, mais ne devraient-elles pas également davantage se tourner vers de jeunes auteurs sans la caution systématique de têtes d’affiche au cachet sclérosant les budgets ? La question mérite une fois de plus d’être posée.

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