Critique de film

Watchmen - Les gardiens

"Watchmen"
affiche du film
  • Genre : Science-fiction, action
  • Année de production : 2008
  • Sortie belge : 2009-03-04
  • Réalisateur : Zack Snyder
  • Pays d'origine : USA/Grande-Bretagne
  • Durée : 2h40
  • Budget : 100 millions de dollars
  • Scénariste : David Hayter d'après l'œuvre de Alan Moore & Dave Gibbons
  • Musique : Tyler Bates
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  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Jackie Earle Haley, Billy Crudup, Matthew Goode, Malin Akerman, Patrick Wilson, Jeffrey Dean Morgan,...
  • Récompenses : aucune

New York, 1985 sur notre calendrier, minuit moins douze sur l'horloge de l'holocauste nucléaire. Une loi interdit désormais aux superhéros d'exercer leurs pouvoirs. Seuls quelques-uns restent à la solde du gouvernement. Les autres vieillissent et s'interrogent sur leur inutilité. Il semble pourtant que quelqu'un cherche à éliminer un à un les membres d'un ancien groupe, comme si leur présence constituait une menace. Rorschach, vengeur masqué et psychopathe qui a préféré devenir un hors-la-loi plutôt que d'accepter les nouvelles règles, mène l'enquête. Il cherche à convaincre ses anciens partenaires qu'un tueur est après eux. Un tueur derrière lequel se cache une terrible vérité.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Watchmen : Les Gardiens - Apocalypse Now
Par : Romain Mollet


1986-1987 : Alan Moore et Dave Gibbons publient un graphic novel de 12 chapitres nommé Watchmen, qui met en scène des super-héros déchus, interdits de lutter contre le crime dans une Amérique alternative où Richard Nixon est sur le point d’engager un conflit nucléaire contre une URSS belliqueuse. Le choc est là : nulle question de gentils héros pour sauver le monde, comme il en peuple d’innombrables comics, les personnages proposés au lecteur sont avant tout des humains pris dans la noirceur ou la misère de leur existence, impuissants face à la violence de leur époque et une apocalypse grandissante que même un surhomme ne pourrait empêcher. C’est d’ailleurs la première fois que le Prix Hugo est décerné à une bande-dessinée.

1989 : Terry Gilliam s’empare du projet et tente de transposer ce que l’on prétend être inadaptable pour la Fox, et prévoit d’embaucher Sigourney Weaver, Robin Williams, Gary Busey et Arnold Schwarzennegger pour camper les protagonistes costumés. Faute de budget, le projet sera rapidement avorté.

Années 2000 : le projet retombe dans les mains de Darren Aronofsky, ce qui semble emballer fans et curieux. Mais il quitte le navire et laisse sa place à Paul Greengrass, fort du succès de son Bloody Sunday très engagé et de ses deux épisodes de la trilogie Jason Bourne. Puis il s’en va, et le projet retombe dans les mains de Zack Snyder. Un bonhomme qui n’a signé pour l’heure que deux longs-métrages plus ou moins mitigés mais qui avaient le mérite de proposer une véritable audace visuelle. Ce qui lui valut un succès franc dans le monde entier grâce à son adaptation de 300. Les fans purs et durs connaissent le personnage et s’inquiètent. Aujourd’hui, le film est sorti dans le monde entier... qu’en est-il réellement de ce défi tant craint et attendu ? Eh bien, il n’y avait rien à craindre, le pari est plutôt réussi. Zack Snyder désire ne pas prendre trop de risques et préfère "copier/coller" le roman graphique, tout en apportant bien entendu quelques modifications pour le spectateur qui ne connait pas l’oeuvre originale, impossible à résumer, et en imposant sa patte visuelle. Comme d’habitude, Alan Moore refuse d’être associé à cette entreprise. Pourtant Dieu sait comment le metteur en scène respecte son univers.

Le Comédien est mort. Lui, ancien super-héros reac’ limite nazi, devenu pion de la CIA, le pire des salauds, tué par un illustre inconnu. Attaquer l’un de ces soi-disant héros anéantis, c’est les attaquer tous. Rorschach, détective dérangé aux instincts de psychopathe, est l’un des seuls à être encore en activité (en tant que hors-la-loi), pense à un complot visant à faire tomber les anciens justiciers masqués. Il prévient donc ses anciens compères, rangés de force par la Loi Keene : Dan Dreiberg, dégonflé impuissant qui ne cesse de se remémorer les vielles années 40, l’époque où le monde avait besoin de ces héros ; Sally Jupiter, ex-justicière sexy et son petit-ami le Docteur Manhattan, véritable demi-Dieu nucléaire, omnipotent mais pourtant absent, utilisé malgré lui par l’armée américaine ; et Adrian Veidt, qui profite de son image de héros au quotient intellectuel surdéveloppé via sa puissante multinationale.

Tous ont une vie fausse, maquillée, et quand ils ne sont pas sous leur costume en latex, ils sont vulnérables, tout aussi humains que leur compères anonymes eux-aussi victimes d’un monde qui ne cesse de péricliter, comme le prouve un excellent générique annonçant d’emblée le ton du film, bercé par le "Times They are A-Changing" de Bob Dylan. En effet, nous ne sommes pas dans une production à la Spider-Man comme le marketing l’a maladroitement fait croire, mais bel et bien dans un univers qui exagère la violence d’un monde bien réel, et qui, 20 ans après la publication du graphic novel, s’avère toutefois similaire. C’est évident, Zack Snyder, tout comme Alan Moore à son époque, profite de cette intrigue pour dénoncer l’histoire pas franchement jolie de l’Amérique, que ce soit à travers les conflits au Japon et au Viet-Nâm (ce dernier est remporté grâce au Docteur Manhattan lui-même, bien plus destructeur qu’une Bombe-A) ou les mouvements pacifistes tant réprimés. Dès lors, le pays dans le film devient un monde morne et déprimant, sachant que la mort nucléaire les guette, où les gens semblent trouverune sorte de réconfort dans la violence.

Un mal que parviennent à retranscrire parfaitement les acteurs, que ce soit Jackie Earl Haley, dans le rôle traumatisant de Rorschach, où il apparait tellement malsain qu’il dérange autant qu’il ravit (la meilleure scène du film - et probablement la plus brutale - est celle du premier meurtre), ou Billy Crudup, impressionnant en demi-Dieu malgré lui, piégé par ses émotions, même s’il se voit tartiné d’effets numériques. Deux personnages-clés du roman graphique dont le passage sur grand écran s’avère parfaitement réussi. De son côté, Jeffrey Dean Morgan s’avère tout aussi impressionnant dans le rôle dangereux du Comédien, tandis que Patrick Wilson et Malin Ackerman s’en sortent efficacement en Hibou et Spectre Soyeux, même si leur relation semble quelque peu ratée, malgré une scène d’amour (soft) pas si mémorable. Matthew Goode, lui, fait un Ozymandias sympathique mais très - voire trop - différent de celui de la BD. Watchmen possède indéniablement plusieurs niveaux de lectures : il est à la fois une intrigue fantastique passionnante, un pamphlet à peine caché du monde actuel, une oeuvre satirique à l’humour noir et un véritable drame combiné à un film d’action impressionnant. Bien que la BD était déjà elle-même très inspirée par les codes cinématographiques, Zack Snyder profite des dessins de Dave Gibbons pour parfaire sa maîtrise de la mise en scène. Photographie luxueuse, décors réussis, effets spéciaux (presque) invisibles et bande-originale décalée et savoureuse (Dylan, Simon & Garfunkel, Leonard Cohen, KC and the Sunshine Band...) : le cinéaste magnifie l’ensemble et réussit même avec ses fameux ralentis tant craints par les fans puristes.

Ce procédé rend la plupart des scènes sublimes, leur conférant une dimension plus perturbante dans des scènes d’action ultra-violentes (explosions de tripes, membre coupés et effusions de sang : le R-Rated permet une grande liberté dans ce domaine) et inattendues, mais aussi une dimension quasi contemplative, notamment avec la partie consacrée au personnage du Docteur Manhattan.
Malheureusement, quelques scènes dérangent plus qu’elles ne passionnent : l’abus de ralentis rend certaines scènes exagérées et involontairement ridicules, comme ce sauvetage en immeuble faussement impressionnant. D’autres parti-pris apparaissent dérisoires et clichés ("Hallelujah"), tandis que certains chapitres du livre sont maladroitement adaptés (le dernier quart du film complètement bâclé).
Ce qui n’enlève rien au crédit de Snyder tant il paraît incroyable de faire un film aussi nihiliste et sombre que Watchmen de nos jours. Et si la fin du film est différente de celle de Moore, elle n’en reste pas moins tout aussi intelligente et justifiée, même si elle perd considérablement niveau impact.

Au final, s’il y a tout de même de nombreux défauts, qu’une seconde vision permet de révéler, cette adaptation s’avère tellement forte dans son propos et son aspect qu’elle ne peut qu’être assurée d’atteindre prochainement le statut d’oeuvre culte. Pas le désastre ni le chef-d’oeuvre annoncé, juste un excellent film, audacieux et trépidant qui donne envie de relire ou de découvrir le graphic novel d’origine, tellement plus puissant. Peut-être que le montage final du film, avec près de trois-quarts d’heures supplémentaires, permettra de s’approcher le plus possible de la perfection dégagée par le monument littéraire... ou l’inverse.


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