Critique de film

Vorace

"Ravenous"
affiche du film
  • Genre : Thriller, Horreur
  • Année de production : 1999
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Antonia Bird
  • Pays d'origine : USA, Angleterre, République tchèque
  • Durée : 1h41
  • Budget : 12 millions de dollars
  • Scénariste : Ted Griffin
  • Musique : Damon Albarn, Michael Nyman
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  • Bande annonce
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  • Casting : Guy Pearce, Robert Carlyle, David Arquette, Jeremy Davies, Jeffrey Jones, John Spencer, Stephen Spinella, Neal McDonough, Joseph Runningfox, Bill Brochtrup
  • Récompenses : Nominé aux Saturn Awards du Meilleur film d'horreur, Meilleur maquillage et Meilleure musique en 2000
    FAITA Award de la Meilleure actrice dans un second rôle (Sheila Tousey) en 2000

Le capitaine John Boyd est un lâche. Au coeur des violents conflits qui opposent les Etats-Unis, un sanglant malentendu en fait un héros. Son supérieur n'est pas dupe et l'envoie aux confins enneigés et sauvages du pays dans une compagnie constituée de singuliers personnages. John Boyd est entraîné dans une enquête par l'étrange Colqhoun, qui déclare que ces co-voyageurs ont été victime d'un cannibale rendu fou par le froid. Mais qui est cet assassin vorace ?

Les critiques à propos de ce film

Critique de Vorace - Western holocaust
Par : Damien Taymans


Lors du conflit américano-mexicain, le capitaine John Boyd profite d’une sanglante méprise pour être décoré. Mais son supérieur n’est pas dupe et l’envoie dans un camp retranché du pays peuplé d’êtres singuliers. Un événement vient bientôt chambouler la vie bien pèpère des habitants du fort : un homme blessé, nommé Colqhoun, débarque au fort et explique sa terrible mésaventure : il a échappé de justesse à un militaire devenu fou à cause du froid et de la faim qui a tenté de le dévorer…

Passé quasiment inaperçu lors de sa sortie en salles, Vorace recèle pourtant nombre de qualités indéniables qui ont suffi au fil du temps à le doter d’une aura d’œuvre culte. Rescapé d’une genèse bouleversée (plusieurs réalisateurs se sont enchaînés sans que le projet n’aboutisse), le métrage tombe entre les mains d’Antonia Bird par l’entremise de Robert Carlyle qui a œuvré sous la direction de la réalisatrice sur deux projets antérieurs (Priest et Face).

Panachage de plusieurs genres, Vorace se distingue des œuvres de cannibales conventionnelles qui pullulèrent lors des eighties en territoire italien. Point de jungle infestée d’un bestiaire effrayant composé entre autres de serpents à sornettes et de mygales touffues, point de tribu décivilisée brandissant haches et machettes à la moindre ambigüité, point d’éviscérations et de démembrements comme seuls apanages destinés à calfeutrer la vacuité sémantique de l’ensemble. Le savoureux scénar de Ted Griffin provoque un glissement temporel et géographique en situant l’intrigue dans les confins montagneux et enneigés américains en pleine conquête de l’ouest. Teinté de l’univers du Dernier des Mohicans de Michael Mann, évoquant la mythologie du wendigo, plaçant le cannibalisme au centre de son intrigue, Vorace est un savant mélange de nombreux genres inconciliables en théorie (fable politique, œuvre fantastique, western, horreur) qui font de ce masterpiece une œuvre singulière inclassable.

Deux actes distincts (l’excellent Robert 28 weeks later Carlyle et le non moins bon Guy LA Confidential Pearce), deux affrontements, deux tentatives de dérives (physique d’abord, psychologique ensuite). La dualité formelle et sémantique de l’œuvre entraîne un changement de tonalité filmique comme sonore (magnifique thème folklorique décalé d’Albarn et Nyman). La scission de l’intrigue embarque les protagonistes dans une lutte en deux rounds dont l’éternel perdant sera inexorablement l’homme et ses instincts incontrôlables. L’estomac a ses raisons que la raison ignore, adage à peine détourné qui sied parfaitement à cette fable ontologique et politique. Le ventre affamé de l’homme n’a pas d’oreilles lorsqu’il s’agit de conquérir l’autre, de le dominer par la force (le conflit en arrière-plan), quitte à créer une nouvelle race (l’anthropophagie comme aryanisme).

Au-delà de la simple confrontation psychologique des deux êtres que tout oppose et quel seul l’appât du sang réunit furtivement, la bande de Bird se pose comme un pamphlet (anticonsumériste disent certains) à l’encontre du paysage politique des Etats-Unis et de leur mainmise militaire belliqueuse destinée à ramener quelques portions territoriales supplémentaires au détriment de races dites inférieures. L’approche quasi naturaliste de la réalisatrice dote l’œuvre d’un réalisme sensualiste qui vire au déchirement charnel lors d’un final bouleversant de violence et de beauté, augures néfastes de châteaux en Espagne détruits d’avance.

Création hybride aux qualités innombrables, Vorace se situe quelque part entre Cannibal the musical, Le Dernier des mohicans et Gangs of New York, renouvelant au passage un genre tombé en désuétude à cause de son cloisonnement formel et de sa répétition scénaristique.

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