Critique de film

Visitor Q

"Bijitâ Q"
affiche du film
  • Genre : Psychologique
  • Année de production : 2001
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Takashi Miike
  • Pays d'origine : Japon
  • Durée : 1h24
  • Budget : 7 millions de yens
  • Scénariste : Itaru Era
  • Musique : Kôji Endô
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Kenichi Endo, Shungiku Uchida, Kazushi Watanabe, Jun Mutô, Fujiko, Shôko Nakahara
  • Récompenses : Meilleur film asiatique au Fant-Asia festival en 2001
    Meilleure réalisateur aux Japanese Professional Movie Awards en 2002
    Mention spéciale au festival du film fantastique de Suède en 2001

Portrait d'une famille japonaise : le père est un journaliste raté dont les employeurs ne veulent plus et qui couche avec sa fille prostituée. La mère, elle, vend de temps en temps son corps afin de payer l'héroïne qui lui permet d'oublier que son fils la frappe. Quant à celui-ci, il se fait régulièrement humilier et tabasser par ses camarades de classe. Le père décide de réaliser un documentaire sur son fils. Arrive alors un inconnu qui va bouleverser cette vie de famille.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Visitor Q - Y a pas que le Q dans la vie...
Par : Damien Taymans




Est-il encore besoin de présenter Takashi Miike, grand réalisateur japonais devant l’Eternel ? Miike qui suit un rythme de croisière de plus ou moins cinq films par an. Miike qui signe des œuvres toutes plus décalées les unes que les autres. Miike qui s’amuse à détruire les codes du cinéma contemporain en proposant un spectacle « autre » à chaque fois. La même année, le réalisateur dérange en proposant Ichi the killer, éloge au gore, La mélodie du malheur, comédie musicale décalée empreinte de fantastique, de drame et d’horreur et Visitor Q, drame sociologique et psychologique aux images poétiques qui touchent aux pires dérives humaines.

Tournée en à peine cinq jours en DV, Visitor Q est l’une des œuvres les plus décalées du sieur Miike. Se centrant sur une famille typique de la société nippone, le réalisateur en décrit toutes les dérives les plus abjectes. Le père entretient des rapports incestueux avec sa fille, la mère est battue par son propre fils et se prostitue pour redécouvrir une sexualité perdue depuis longtemps, le fils est torturé psychologiquement et physiquement par une bande de jeunes délinquants. Cellule familiale éclatée, rapports unilatéraux dominés par le sexe et la violence, tout dans ce microcosme renvoie aux sentiments humains les plus détestables. Pourtant, un curieux individu, le visiteur Q, va déclencher un étrange mécanisme débouchant sur la libération de tous ces individus particuliers.

Le père, journaliste raté, trouvera une échappatoire à son quotidien en filmant les supplices endurés par son rejeton. La mère accédera à la rédemption grâce à la découverte de son lait maternel jaillissant à flot de ses tétons après pression. Les enfants, quant à eux, trouveront leur voie dans le rapprochement avec leurs parents libérés qui ont su retrouver leur place au sein de ce clan éclaté.

De l’auto-destruction à la reconstruction, Miike parsème son métrage de scènes chocs destinées à montrer l’enracinement profond des personnages dans le stupre et la débauche aussi bien sexuels que violents. D’ici à là, le réal accumule les méfaits visuels, mettant en ostentation des scènes de viols, de matages, d’humiliations afin de parvenir à son but : inspirer au spectateur répulsion et dégoût pour ce qu’il voit. Mais, en génie cinématographique qu’il est, Takashi préfère miser sur la suggestion, ne se répandant pas dans les exagérations monstratives qui touchèrent les spectateurs dans Ichi the killer ou encore Imprint, son segment des Masters of horror (d’ailleurs censuré aux States, on connaît la pudeur hypocrite des Amerloques). Point de gore, point d’images choquantes : Miike provoque par son voyeurisme suggestif (paradoxe étonnant) autant de fascination que de répulsion et capte à tout jamais l’attention du spectateur que le spectacle ne peut laisser indifférent. D’ailleurs, ce dernier passera par nombre de sentiments antagonistes : du rire aux larmes, du dégoût à l’admiration, symbole de l’emprise de marionnettiste que le réalisateur possède sur nous, pauvres brebis égarées dans une œuvre totale et fondamentale.

Takashi Miike ne se fera pas que des amis avec son Visitor Q. A nouveau, il réalise un film de cinglés pour les cinglés et entend bien choquer l’intelligentsia grâce à ses images déconcertantes et à leur pouvoir sémantique affolant. Du grand art…

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