Critique de film

Virtual Revolution

"Virtual Revolution"
affiche du film
  • Genre : Science-fiction, Policier
  • Année de production : 2016
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : USA, France
  • Durée : 1h32
  • Musique : Guy-Roger Duvert
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

A Paris, en 2047, alors que la population vit connectée en permanence à des mondes virtuels, un agent employé par une multinationale est chargé de traquer des terroristes qui menacent le système.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Virtual Revolution - La révolution ne sera pas télévisée
Par : Seb Lecocq

Virtual Revolution est la preuve qu’avec beaucoup d’huile de coude, un peu de chance et énormément de détermination, il est possible de porter un projet de long-métrage de genre français, indépendant, à bouts de bras, jusque dans les salles de cinéma. C’est aussi l’histoire d’un film qui, sans l’aide de personne sauf celle du public, gagne des salles de semaine en semaine, une nouvelle preuve que le choix des distributeurs et des exploitants n’est pas représentatif de celui des spectateurs avides de nouveautés, de projets différents, honnêtes et nourris par le feu de la passion de son géniteur.

On se trouve face à un film comme il en existe malheureusement trop peu dans le paysage cinématographique hexagonal, un polar d’anticipation. Fortement influencé par l’univers de Blade Runner, Virtual Revolution suit l’enquête d’un privé chargé par une multinationale de réalité virtuelle d’enquêter sur un groupe de pirates informatiques. Du métrage de Ridley Scott, on retrouve l’atmosphère nocturne et humide, l’esprit du film noir américain, l’esthétique urbaine futuriste réaliste et une mélancolie dans le regard de personnages désabusés qui se démènent dans une enquête qui semble les dépasser. Mais le film de Duvert parvient à se départir de son encombrant modèle lors de l’illustration des scènes se déroulant dans la réalité virtuelle. La reconstitution médiévale qui ouvre le récit, par exemple, est parfaitement crédible et prend le spectateur par surprise. On pense voir une œuvre d’anticipation futuriste et on se trouve plongés en plein Moyen-Age.

Malgré son faible budget, bien en deçà des standards pour un film du genre, Virtual Revolution marque les esprits par son excellente tenue visuelle. La photographie est nette et variée, tout aussi convaincante lors des intérieurs sombres et nocturnes que lors des plans larges forestiers. Le travail de l’équipe image est à saluer. Tout comme celui des spécialistes des effets visuels qui participent grandement à rendre crédible l’univers imaginé par Duvert. Certains effets sont véritablement bluffants et n’ont rien à envier aux gros mastodontes estivaux, comme l’illustre notamment une scène d’action mettant aux prises une blonde guerrière à un cyborg de combat démesuré. Les cgi sont pléthore et la plupart du temps, à l’un ou l’autre fond vert un peu trop visibles près, s’harmonisent tout à fait aux images shootées sur le plateau. Tout cela montre un grand professionnalisme et un dévouement sans bornes. Il en va de même pour les décors et les costumes, tous d’excellente facture eux aussi. On dit souvent qu’un bon metteur en scène sait s’entourer des meilleurs. Ce film en est la parfaite illustration.

Outre sa direction artistique cohérente - sans être novatrice - et sa production design qui rentabilise au maximum chaque décor et chaque costume, l’autre grande satisfaction de l’œuvre vient de son casting hétéroclite. Mike Dopud, cascadeur et comédien vu chez Uwe Boll, incarne par sa présence physique et sa gueule le antihéros Nash auquel il apporte pas mal d’humanité. Il forme un duo cohérent qui fonctionne avec son comparse Morel, petit génie de l’informatique auquel Maximilien Poullein prête son corps et sa voix toute « Steve Buscemienne ». Jane Badler, la légendaire Diana de la série V, vient apporter un peu de son autorité naturelle et de son charme glacial au casting. Jusqu’ici, tout va bien, Virtual Revolution engrange les bons points et se construit un vrai capital sympathie auprès de son public.

Techniquement irréprochable et très bon au niveau de la comédie, Virtual Revolution pèche dans ce qui fait l’essence du cinéma, à savoir impliquer le spectateur et véhiculer des émotions. Bien souvent, trop souvent, on se trouve spectateur extérieur du film, on regarde ce qui se déroule sur l’écran sans s’impliquer, sans s’identifier aux personnages qui ne parviennent pas à dépasser le stade d’archétypes couchés sur le papier. La faute aussi à un scénario qui manque d’enjeux véritables, de quêtes intermédiaires et qui déroule son intrigue à la fois simple mais attendue sur un rythme trop constant. Il manque de véritables hauts, des moments de bravoure, des pics d’émotions, tout ce qui fait vivre une histoire. Ici, sans susciter de vrai ennui, l’écriture s’avère trop scolaire, trop figée sur les grandes lignes du genre qu’il ne parvient pas à faire bouger. Le fait est que le spectateur avisé et attentif aura un coup d’avance sur des personnages qui ne gagnent en épaisseur que grâce à l’interprétation des comédiens. En un mot comme en cent, le film manque d’humanité, d’émotions que pour vraiment convaincre et emmener le spectateur dans sa révolution.

Le film se montre aussi trop bavard, comme si le metteur en scène craignait que le public ne le suive pas et sur-explique chaque tenant et aboutissant d’une intrigue pourtant suffisamment claire. Cette profusion de dialogues oblige pratiquement la mise en scène à n’être bien souvent qu’illustrative et fonctionnelle, scinde en deux parties distinctes qui ne s’interpénètrent jamais les scènes d’enquête et les scènes d’action. Les héros et l’intrigue ne se dévoilent jamais dans l’action mais dans le dialogue, ce qui confère un rythme un peu bancal à l’ensemble. A ce niveau-là aussi, on note un manque d’audace formelle peut-être induit par l’économie réduite du film ou la volonté de ne pas perdre le spectateur. C’est dommageable car l’impact de certaines scènes fortes est annihilé par ce manque d’implication et de formalisme de la mise en scène. Le fond du message est pourtant assez noir et désespéré mais le final qui aurait dû être un sommet d’émotion voire de nihilisme, tombe un peu à plat, sans se démarquer du reste du métrage.

Quelques défauts d’écriture et formels qui viennent amoindrir la portée d’un film qui pourtant ne manque pas de qualités et mérite vraiment d’être soutenu. Par le simple fait de son existence et de sa diffusion, Virtual Revolution mérite notre soutien. C’est au public de montrer aux exploitants que c’est aussi ce genre de films qu’il veut voir en salle. Virtual Revolution, malgré les défauts exprimés plus haut qui ne doivent en rien occulter ses qualités, est une très bonne proposition de cinéma. Originale, presque inédite dans le panorama français. Très bien joué, doté d’une très bonne direction artistique et d’effets visuels assez bluffant, le métrage possède suffisamment d’atouts que pour défendre chèrement sa peau dans la grande bataille de l’exploitation cinématographique et montrer ainsi qu’un cinéma de genre ambitieux et profondément honnête est possible. Etes-vous prêts pour la Révolution ?


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