Critique de film

Veteran

"Beterang"
affiche du film
  • Genre : Action, Comédie, Crime
  • Année de production : 2015
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : Corée du Sud
  • Durée : 2h03
  • Musique : Jun-seok Bang
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

Seo Do-cheol est un inspecteur de la vieille école, qui ne fait preuve d'aucune pitié lorsqu'il s'agit de traquer les criminels. Un jour, il se retrouve à enquêter sur un jeune millionnaire, Jo Tae-oh, dont la fortune et les connections haut-placées lui ont jusqu'ici permis d'échapper à la justice.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Veteran - Légitime défense
Par : Damien Taymans


Les méthodes de l’’inspecteur Seo-do ont fait leur preuve. A la tête d’une bande de têtes brûlées, il combat le crime avec virulence et ne lésine jamais sur les tatanes et les coups fourrés pour parvenir à une belle capture de crapules. Sa dernière prise ? Un plein filet de truands qui volent des bagnoles pour les revendre par la suite. Ce coup d’éclat, il le doit en partie à Bae. Seulement, le sieur en question vient de se balancer dans une cage d’escaliers pour mettre fin à ses jours. Du moins, c’est la version officielle. Parce que officieusement, il y a lieu de penser qu’on l’a gentiment aidé à effectuer ce saut de l’ange et que cet acte aurait été commandité par Tae-ho, l’héritier du très puissant groupe Sinjin. Et au vu de la position de l’intouchable, les aveux, c’est pas pour demain...

Admirateur des flics aux méthodes musclées (City of Violence,The Unjust, The Agent), Ryoo Seung-wan redonne à son anti-héros un rôle tutélaire et l’érige en dernier bastion pour une justice de plus en plus aveugle lorsqu’elle doit s’intéresser à des individus de haut rang. Corrompue, la société sud-coréenne n’échappe pas à la règle des passe-droit accordés aux nantis, surtout s’ils sont impliqués dans la molestation d’un quidam de seconde zone. Ryoo Seung-wan reprend l’entièreté de la chaîne alimentaire (voire élémentaire) qui prédomine dans son pays et gravit, sur les chapeaux de roue, les échelons pour parvenir au sommet de cette pyramide, dans le domaine des dieux où l’impunité règne en maître. A ce petit jeu, Tae-ho et sa gueule de petit minet avec son costard impeccablement cintré remporte la palme : entouré d’une cour de lèche-bottes, il ne se retient jamais de briser une jambe ou d’humilier en public pour asseoir son autorité. Un méchant iconique face à un inspecteur investi dans la quête du Bien : une représentation simpliste qui tranche avec le tableau dressé dans The Unjust qui tirait justement son originalité de son refus du manichéisme.

Mais, roublard, Ryoo Seung-wan abat in fine toutes ses cartes et renoue avec ses principes. Veteran, à mesure que l’intrigue gagne en épaisseur, abandonne son vernis de comédie burlesque survitaminée et dévoile la totalité de l’iceberg. Le "monstre" n’est qu’une particule dans un océan de merde que l’inspecteur tente de déverser afin que la justice recouvre juste une fois la vue plutôt que pour venger la veuve, l’orphelin ou toute autre victime de ces exactions. Illégalité contre permissivité, un combat entre deux méthodes, deux modes d’action condamnables qui tranche volontairement avec la traditionnelle lutte du Bien contre le Mal. De ce microcosme où s’agitent dans le désordre et la confusion des dizaines de fourmis (grand patron, patron et subalternes dans un camp, commissaire, poulagas et citoyens dans l’autre), le cinéaste tire une macro-réflexion "méta" sur le fonctionnement de la société coréenne (et par extension, les nôtres), sans jamais verser dans la facilité.

L’entrée en matière de Veteran atteste de cette volonté : un client fortuné offre une bagnole de luxe à sa maîtresse, accompagné par le Heart of Glass de Blondie. Un "cœur de glace" temporaire qui se révèle être celui de l’inspecteur Seo-do à deux doigts de piéger le gang de voleurs. Les apparences sont d’emblée trompeuses dans cette comédie policière virant au drame dans son deuxième tableau. Ryoo Seung-wan, "vétéran" du thriller noir made in Corée, révèle à nouveau son talent pour naviguer à contre-courant et brandir son majeur aux conventions et clichés drainés dans le genre.


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