Critique de film

Versus, l'ultime guerrier

"Versus"
affiche du film
  • Genre : Horreur – Kung Fu, Morts-vivants
  • Année de production : 2000
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Ryuhei Kitamura
  • Pays d'origine : Japon
  • Durée : 1h59
  • Budget : 400 000 dollars
  • Scénariste : Ryuhei Kitamura, Yodai Yamaguchi
  • Musique : Nobuhiko Morino
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Tak Sakaguchi, Hideo Sakaki, Chieko Misaka, Kenji Matsuda, Minoru Matsumoto
  • Récompenses : Meilleur Réalisateur (Fantafestival 2001)

Deux évadés et une jeune fille ayant perdu la mémoire sont poursuivis par des yakuzas. Le trio se réfugie alors dans une forêt mystérieuse... Cette forêt porte le nom de Forêt de la Résurrection. Elle est l'une des 666 portes de l'enfer. Bien vites les yakuzas vont céder la place à une horde de zombiesâ

Les critiques à propos de ce film

Critique de Versus, l’ultime guerrier - Non stop action...
Par : Seb Lecocq




L’expression « film culte » est bien souvent galvaudée et accolée à tout et n’importe quoi. C’est un fait. Avec Versus elle prend tout son sens. Plus qu’un film, c’est un véritable maelström d’influences mêlant sans aucune retenue tout ce qui fait qu’on aime ce type de cinéma. Le fan de genre en aura plus que pour son argent.

Voyez plutôt : héros sans nom, yakuzas frimeurs, zombies, gunfights dantesques, chambara, combat cablé, humour débile, punchlines et gore qui éclabousse. Tout cela s’enchaînant et se mixant sans temps mort pour au final accoucher d’une sarabande filmique des plus endiablée et réjouissante. Le scénario ? y’en a pas, ou si peu. Les acteurs cabotinent ? Hell Yeah ! Le film est vide de sens ? Et pas qu’un peu ! Mais alors qu’est ce qui fait de Versus un film tellement essentiel ? Son réalisateur Ryuhei Kitamura. Cet homme a tout compris. Il a compris que le cinéma était avant tout l’art de l’icônisation et du mouvement. Il signe ici une pièce d’action ultime et fait de l’action justement le personnage principal de son film. L’histoire est à son service, les acteurs, tous amateurs et amis du réalisateur, sont à son service, les combats, le montage, la musique, les dialogues, le découpage, les chorégraphies tout ce qui constitue la moelle épinière d’un métrage lambda sont ici mis au service d’une seule et même cause. Celle de l’action avec un grand A.

D’ailleurs lorsque, au détour d’une rare scène, les protagonistes se posent pour discuter, au bout de quelque minutes de scène dialoguée, Tak Sakaguchi, héros invincible du film se lève en face caméra et envoie un cinglant « Tu parles trop ! » à son interlocuteur. Une façon de lui clouer le bec et de s’attirer la sympathie de son public en lui rappelant ce pour quoi il est venu.

Deux heures durant, Kitamura multiplie les scènes anthologiques et imprime sa marque sur chaque plan de Versus. Son style c’est le bigger than life, un mix entre Michael Bay, John Woo et Sam Raimi. Le moindre mouvement, le moindre geste anodin prend avec lui une portée totalement iconique, voire même christique. Le mouvement est la base de son cinéma, chaque geste est amplifié, chaque combat est surdécoupé, mais toujours de manière lisible, chaque ligne de dialogue est surjouée, tout, absolument tout, est placé sur un piédestal. C’est bien simple, son film est un monument érigé à la gloire de l’action brute et pure. Pas de prétexte ou de concept fumeux justifiant quoi que ce soit, pas de métaphore ou de messages. Ce qui compte ici c’est le geste. Tout est purement et simplement formel. Que ce soit dans le gore, la comédie, les combats à mains nues, à l’arme blanche ou à l’arme à feu, la comédie ou le jeu en lui-même ou la mise en scène, tout est excessif. Et c’est ce qui fait toute la différence. Ce qui fait la substance de Versus.

A ce titre la mise en scène est hallucinante de précision et de prouesses techniques incroyables. Avec 400.000 malheureux dollars, l’équipe du film renvoie 99% de la production blockbusterienne à ses chères études. Travellings impossibles, plans de grues d’une beauté à toute épreuve, zoom décoiffant, shaky cam,… Kitamura recule les limites de la gestion de l’espace et de la temporalité en enchaînant les plans les plus improbables les uns aux autres avec une facilité déconcertante. Et ça marche du feu de Dieu ! On n’avait plus vu une telle maîtrise depuis le Evil Dead II de Sam Raimi. Et tout ça avec une clairière pour seul décor.

Kitamura a une fois de plus tout compris au cinéma et il sait que pour marquer le coup il doit se renouveler et aller plus loin que tout ce qui a déjà été fait en la matière. Le spectateur d’aujourd’hui a l’impression d’avoir tout vu en matière d’action et de violence. Kitamura décide donc de lui donner plus que ça et d’exploser les barrières du cinéma traditionnel en conviant à son banquet deux des médias les plus en vue aujourd’hui : le manga et le jeu vidéo.

Le cinéma et le jeu vidéo sont deux genres qui, à notre époque, ne cessent de s’interpénétrer mutuellement. Une fois de plus Kitamura fait office de précurseur en piquant des pans entiers de son style au medium vidéo ludique. Les combats notamment sont inspirés par la tradition japonaise du jeu de baston et les poses des héros sortent tout droit d’un Ninja Scroll et de la bande dessinée nippone. Les personnages sont définis non pas par leur nom mais par leur attitude, leurs armes et leur façon de bouger. Pour l’influence de Versus sur le jeux vidéo, il semble évident que les concepteurs de Devil May Cry se sont plus que largement inspirés du personnage incarné par Tak Sakaguchi pour leur Dante. Un prêté pour un rendu en quelque sorte.

Malgré tout cela le réalisateur ne se prend jamais au sérieux et enrobe son prodige filmique d’une nonchalance et d’une cool attitude à faire pâlir Tarantino. Je m’arrête la car aucun mot ne serait assez fort pour faire décrire Versus, une œuvre qui se ressent viscéralement avant tout. Plus qu’un film, une véritable expérience.


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