Critique de film

Unfriended

"Unfriended"
affiche du film
  • Genre : Epouvante, Horreur
  • Année de production : 2014
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 1h23
  • Budget : 1 million de dollars
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

Une jeune lycéenne se suicide après qu'une vidéo compromettante sur elle ait été publiée sur Internet. Un an plus tard, six de ses amis se connectent, un soir, sur skype, pour "tchater" entre eux. Mais une septième personne, inconnue des autres, se connecte également. Cet intrus se montre très vite sous un visage inquiétant et menace les six amis de tuer le premier qui se déconnectera. Peu à peu, les événements tragiques qui ont marqué la bande, un an plus tôt, refont surface et se montrent sous un nouveau jour.

Les critiques à propos de ce film

Critique de Unfriended - Les fantômes d’Internet
Par : Nicolas Hainaut

Malgré le manque d’originalité de son pitch, Unfriended repose sur un étonnant tour de force. Sans introduction, ni fioritures, Levan Gabriadze plonge le spectateur au cœur de l’écran MacBook de l’une des protagonistes. Un point de vue auquel vont venir se greffer les fenêtres de discussions d’autres intervenants. L’idée n’est pas neuve puisqu’elle figurait déjà dans l’un des sketches du premier volet V/H/S (2012), exposant deux personnages au travers du programme Skype. Néanmoins, le cinéaste originaire de Géorgie complexifie l’opération en multipliant les conversations et applications utilisées (Skype, Facebook, Gmail, YouTube, iMessage). Évidemment, la prétendue bande de potes se retrouve rapidement confrontée à une entité menaçante. Son but ? Détruire la petite communauté utopique qui a causé sa mort. Elle se présente comme une ancienne amie du groupe en question. Dès lors, la suspicion est de mise. Mais qui donc s’accapare le compte de la défunte Laura Barnes ? Unfriended est conçu tel un huis clos virtuel qui offre une vision novatrice en termes de mise en scène. Pour un résultat très fluide et un concept assumé jusqu’au bout.

Si la vengeance et la culpabilité semblent représenter les thématiques centrales du film, c’est plutôt la notion d’absence de confidentialité qui s’impose diégétiquement. A l’heure où un simple clic permet de donner accès aux informations personnelles de millions d’internautes, le secret et la confidentialité n’existent plus. Condamnés par leur propre mentalité, les adolescents sur-connectés ne parviennent pas à renverser la situation face à une force fantomatique délicieusement manipulatrice. Cette force va justement révéler d’autres démons que chacun pensait enterrés à jamais. Poussée à l’extrême, la réflexion sur l’utilisation des réseaux sociaux s’opère par le biais d’une horreur invisible et d’autant plus effrayante. L’écran d’ordinateur permet d’appuyer généreusement un regard critique sur la société contemporaine. Les échanges sociaux sont significativement fondés sur une exploitation toujours plus instinctive et inconsciente d’internet. Le médium web est d’autant plus respecté par Gabriadze qu’il garde une fidélité constante aux défauts de ses images. Les multiples connexions induisent de nombreuses distorsions visuelles. L’image reste brute, jamais sublimée. La précarité visuelle (flous, mouvements saccadés, sons saturés) se révèle prise en compte dans une visée purement immersive (le brouhaha horrifique découlant de l’instabilité visuelle des séquences de meurtre).

Souviens-toi... l’été dernier (Jim Gillespie, 1998) version numérique, Unfriended impose une ambiance pertinemment calfeutrée (tout ce petit monde virtuel reste isolé). L’aura terrifiante de Laura Barnes s’accroît crescendo sur des adolescents bien pathétiques. La peur emboîte le pas sur la rigolade et l’insouciance juvénile. Le réalisateur ne prend jamais parti et chaque personnage se retrouve confronté à ses vices les plus troubles. La lutte semble perdue d’avance. Unfriended pourrait être apparenté à un ruisseau paisible (une blague entre potes) qui se transforme en rivière sauvage (la menace grandissante d’une ombre horrifique) pour finir en torrent démentiel (l’auto-destruction fatidique). Méfiez-vous de l’eau qui dort.


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