Critique de film

Tusk

"Tusk"
affiche du film
  • Genre : Horreur, Comédie
  • Année de production : 2014
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : USA, Canada
  • Durée : 1h42
  • Budget : 3 500 000 dollars
  • Musique : Christopher Drake
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  • Bande annonce
  • ]
  • Récompenses :

Un célèbre podcaster américain, connu pour ses sujets farfelus, se rend au Canada pour interviewer un vieil homme totalement fasciné par les morses. Leur rencontre va très vite dégénérer…

Les critiques à propos de ce film

Critique de Tusk - Le morse aux dents
Par : Seb Lecocq




Kevin Smith est un type qui a toujours de bonnes idées mais qui ne sait pas toujours comment les exploiter. Tusk en est la parfaite illustration. Sur le papier, une idée tellement folle et improbable qu’elle promet monts et merveilles. Sur l’écran, un film sympathique mais bancal en totale roue libre qui, par moment, plonge dans les eaux troubles du ridicule, assumé ou non. Tusk n’est pas ce que l’on appelle un bon film, Smith l’a lui-même reconnu lors d’une de ses interventions lors du PIFFF. Il est incapable de réaliser un pur film d’horreur à la Carpenter, et son oeuvre doit être vue comme un espèce d’herpès. Ce qui est bien le cas : un truc sale, laid, purulent, désagréable et que l’on n’a pas du tout envie d’attraper.

Smith avait réussi son passage vers le cinéma d’horreur avec le tendu Red State. Il semble y avoir pris goût puisqu’il retrouve Michael Parks, qui signe une prestation tout aussi remarquable pour ce Tusk. Armé d’un pitch classique mais toujours efficace ainsi que d’un casting hétéroclite mais tout aussi probant, voilà le réalisateur prêt à replonger dans le bain d’horreur. Le début du métrage renoue avec la verve de son cinéma "classique" : personnages mi-geek mi-loser, ambiance de bande de potes, dialogues ciselés et multiples références à la contre-culture qu’il aime, et que nous aimons tant. L’occasion aussi de retrouver un Haley Joel Osment méconnaissable dont le jeu, contrairement à sa silhouette, s’est vraiment affiné avec le temps. Son duo avec Justin Long fonctionne parfaitement, ce qui permet au film de partir sur les bons rails. Cette histoire de blogueur qui part à l’aventure rechercher de nouvelles histoires pour alimenter son dîner de cons virtuel permet au metteur en scène de tacler une certaine f(r)ange de la communauté internet tout en creusant des fondations solides pour la suite.
Mais après un début pourtant assez réjouissant, Tusk tombe dans les travers de la routine du film de séquestration ou du torture porn. Et là, pour Justin Long, héros antipathique, tout comme pour le spectateur, les emmerdes commencent. Seuls la présence de Michael Parks et des dialogues ciselés maintiennent le film à flot, et ce n’est pas un montage parallèle qui va y changer quelque chose. Smith n’a jamais été un grand formaliste, reconnait lui-même que son style est de ne pas avoir de style et que Tusk souffre de cette absence de vraie mise en scène et d’un montage plus serré. De par ses digressions, Smith s’éparpille et son histoire avec. Si on reste soufflé par la révélation et le pivot de l’histoire (d’où peut bien surgir une idée aussi barge ?), on perd peu à peu pied dans le non rythme dans lequel s’installe un film parasité par une sous-intrigue drôle mais inutile, de plus phagocytée par un personnage totalement hors de propos. On comprend que Kevin Smith ait voulu se faire plaisir avec une grande star hollywoodienne, qui a préféré garder l’anonymat, mais comme l’huile et l’eau, les deux ne s’accordent pas.
L’apparition de Guy Lapointe détruit ainsi le film et fait figure de long aparté, comme si Smith avait réalisé à l’intérieur du long un court métrage vaguement en rapport avec Tusk. C’est là qu’il perd définitivement le spectateur tant le n’importe quoi insensé l’emporte sur tout le reste. L’idée de base est déjà suffisamment malsaine et improbable que pour encore venir ajouter une dose de comédie faussement loufoque par-dessus tout. Certes, le personnage de détective québécois est savoureux mais il n’a rien à faire dans cette histoire, qui est une histoire d’horreur malsaine.

Kevin Smith échoue là où il avait réussi avec Red State, qui avait projeté son univers dans le film de genre. Tusk est beaucoup trop bancal, pas assez tenu, trop dilettante. L’horreur demande de la rigueur et une ligne claire, ce qui n’est vraiment pas le cas ici. Le film offre toutefois quelques moments savoureux, on rit parfois et on s’étonne devant certaines idées complètement barrées. La misanthropie de certaines scènes et le capital sympathie de Smith est intact mais dans l’ensemble, il échoue, rate la cible et se vautre par moment dans le ridicule. Le fil entre génie et ridicule est ténu et cette fois, la balance penche du mauvais côté. C’est vraiment dommage car l’idée derrière Tusk est complètement dingue !


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