Critique de film

Triple 9

"Triple 9"
affiche du film

Ex-agent des Forces Spéciales, Michael Atwood et son équipe de flics corrompus attaquent une banque en plein jour. Alors qu'il enquête sur ce hold-up spectaculaire, l'inspecteur Jeffrey Allen ignore encore que son propre neveu Chris, policier intègre, est désormais le coéquipier de l'un des malfrats. À la tête de la mafia russo-israélienne, la redoutable Irina Vlaslov ordonne à l'équipe d'effectuer un dernier braquage extrêmement risqué. Michael ne voit qu'une seule issue : détourner l'attention de l'ensemble des forces de police en déclenchant un code "999" – signifiant "Un policier est à terre". Mais rien ne se passe comme prévu…

Les critiques à propos de ce film

Critique de Triple 9
Par : Jonathan Chevrier

Casey Affleck, Chiwetel Ejiofor, Aaron Paul, Anthony Mackie, Woody Harrelson, Norman Reedus, Cliffton Collins Jr, Kate Winslet, Gal Gadot et Teresa Palmer. Voilà le casting über-bandant de Triple 9, nouveau long métrage du génial John Hillcoat, qui pousse encore plus loin cette fois, sa passion pour les films choral aux talents multiples - et le mot est faible. Suffisamment pour faire saliver les amateurs de séries B, puisque le métrage se voulait comme un affrontement titanesque et pétaradant entre les flics - bons et ripoux - et la mafia russe, le tout porté par un ton nerveux et réaliste qui en faisait, sur le papier, le polar urbain le plus bandant de la décennie. Surtout quand on se rappelle comment le bonhomme avait littéralement dynamité le western ricain en pleine prohibition, avec le merveilleux Des Hommes sans Loi.

Littéralement en marge du système hollywoodien (28 millions de $ de budget, à peine l’addition donuts d’un Civil War ou même de Batman v Superman), dominée par des vraies gueules légitimant à elles seules la nécessité de l’entreprise, la bande vendait généreusement du rêve, trop peut-être. Car c’est cet amour pour les castings chargés qui incarne à la fois la grande qualité mais aussi la grande faiblesse de son dernier essai sur grand écran. Si Des Hommes sans Loi parvenait sans difficulté à offrir une profondeur et un temps de jeu suffisamment consistant à ces nombreux comédiens, Triple 9, furieux B-movie, laisse malheureusement sur le carreau une bonne partie de sa distribution en or massif. Un défaut conséquent certes, mais qui n’enlève pourtant rien au plaisir certain que le film incarne, pour les amoureux du genre.

Respectant la tradition du polar hardboiled, Hillcoat déroule sur un tout petit peu moins de deux heures, une histoire solide contant comment une pluie de flics corrompus, marchant avec une redoutable mafieuse russo-israélienne, va faire le braquage de trop en usant d’un stratagème pourtant intelligent (le code d’alerte 999, signifiant « policier à terre », et mobilisant toutes les forces de l’ordre à un point clé). Le tout dans une enchaînement d’action et de tension qui n’est pas sans rappeler l’un des monuments du cinéma ricain de ces trente dernières années, Heat - et ce dès son époustouflante ouverture. Cruellement contemporaine (Atlanta, ville douloureusement frappée par la crise) et shootée à l’adrénaline, la péloche met aussi bien ses protagonistes que le spectateur à rude épreuve, accumulant les rebondissements et les scènes intenses Hillcoat magnifie le tout avec une mise en scène enlevée - souvent caméra à l’épaule - tout en égrainant ses thèmes familiers (un univers réaliste aussi sombre que brutal, un antagoniste pervers et implacable).
Du grand art, de la série B noire, singulière et tendue comme la ficelle d’un string, qui évite soigneusement les clichés en brouillant les frontières établies entre policiers corrompus (tiraillés par leur moral et leur sens du devoir) et mafieux, tous attirés par l’appât du gain dans un pays qui ne se remet toujours pas de la crise économique.

Dommage donc que, dans ce monument de thriller musclé et old school, Hillcoat privilégie plus la forme et non le fond et n’exploite pas pleinement son impressionnante galerie de personnages. Seuls quelques contre-emplois tirent leur épingle du jeu, comme Kate Winslet en reine de la pègre ou encore Anthony Mackie et Casey Affleck (deux des acteurs les plus mésestimés d’Hollywood) qui se glissent dans la peau de deux flics rejoignant le côté obscur.

Méchamment prenant, rugueux et féroce, Triple 9 est un gros plaisir coupable qui ne renouvelle pas le genre mais l’épouse avec une envie de le bousculer enthousiasmante. Un beau moment burné et épique, qui, à un casse près, aurait même pu prétendre à un statut de potentiel film culte.


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