Critique de film

Thirst, ceci est mon sang

"Bakjwi"
affiche du film
  • Genre : Horreur, Drame
  • Année de production : 2009
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Park Chan-wook
  • Pays d'origine : Corée du Sud
  • Durée : 2h13
  • Scénariste : Seo-Gyeong Jeong, Chan-wook Park, Emile Zola
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Song Kang-ho, Eriq Ebouaney, Shin Ha-kyun, Kim Ok-bin, Mercedes Cabral, Oh Dal-su
  • Récompenses : Prix du jury au festival de Cannes 2009
    3ème Meilleur film asiatique au festival Fant-Asia en 2009

Sang-hyun est un jeune prêtre, aimé et admiré par ses paroissiens. Il se porte volontaire pour tester en Afrique un vaccin destiné à combattre une maladie infectieuse mortelle. Au cours de l'expérimentation, il est contaminé, mais une transfusion sanguine le ramène à la vie. La nouvelle de sa guérison miraculeuse attire des pèlerins, qui espèrent bénéficier de sa grâce. Parmi eux, Sang-hyun retrouve un ami d'enfance et son épouse. Il est irrémédiablement attiré par la jeune femmeâ

Les critiques à propos de ce film

Critique de Thirst, ceci est mon sang - « Ni la chair ni le sang n’hériteront du royaume de Dieu »
Par : Romain Mollet


Acclamé des cinéphiles et des critiques depuis sa géniale "trilogie de la vengeance", Park Chan-Wook souhaitait depuis longtemps réaliser un film de vampires et adapter Thérèse Raquin d’Emile Zola sur grand écran. Au final, les deux projets se concilient à merveille dans Thirst, "Soif", conte moderne et dérangeant sur les plaisirs de la chair et du sang.

En pleine remise en question sur la foi, le jeune prêtre Sang-Hyeon se rend en Afrique du Sud et se porte volontaire en tant que cobaye pour trouver un remède à un virus infectieux incurable. Il y succombe, mais sous les regards étonnés des médecins, revient à la vie en quelques secondes, entièrement guéri. Devenu un miraculé adulé des foules de fanatiques religieux infirmes, qui le voient comme un nouveau saint, il rencontre par hasard la famille d’un ami d’enfance. C’est là-bas qu’il tombera amoureux de Tae-Ju, sa femme, et fille adoptive et maltraitée qui n’a qu’une envie : se libérer de l’emprise de sa famille. Il découvrira également sa tragique malédiction, qui le force à se repaître de sang afin d’assurer sa survie.

Etonnante relecture du mythe du
vampire. Park rend dans un premier temps son personnage attendrissant, faisant de lui un martyr maitrisant difficilement ses pulsions, interdites par la religion. Sang Kong-Ho prouve à nouveau son incroyable talent d’acteur, bien loin de son dernier rôle dans Le Bon, La Brute et Le Cinglé, retrouvant pour le coup la même intensité dramatique que dans Sympathy for Mister Vengeance. Ce n’est qu’en rencontrant la jeune femme que l’être désormais surhumain va succomber au plaisir de la chair, dans des scènes d’amour crues et brutales, intelligente continuité avec celles de vampirisme. Après tout, pourquoi ne pas profiter de ce nouveau don, qui est tout ce que Dieu n’a jamais voulu partager avec l’Homme ? Le vampire torturé devient peu à peu un être égoïste et vaniteux, et finit par tomber dans la folie à cause de la force de l’Amour et du Pouvoir qu’il acquiert. Ainsi, il se permet même de se nourrir au nom de la notion de partage si chère au Christianisme, auprès de malades volontaires et suicidaires. L’homme n’est plus, la bête assoiffée est lâchée.

C’est à partir de là que Thirst change, de façon inattendue, d’univers. Revisitant clairement le roman de Zola, le réalisateur sud-coréen provoque le spectateur et le plonge dans une ambiance sanglante d’une incroyable folie déviante, plus cinglante que jouissive. Il lui offre un voyage rempli d’émotions fortes et variées, allant du voyeurisme au suspens (la scène des échanges de regards, qui laisse bouche bée), en passant par la beauté. Des idées que l’on retrouve dans sa mise en scène, à la fois barbare et poétique, les deux étant par ailleurs parfaitement combinés dans une scène où les deux amants s’amusent, à grand renfort d’effets spéciaux intelligemment utilisés. Kim Ok-Vin porte sur ses épaules cette deuxième partie, révélant un jeu d’actrice troublant. Devenu un film d’horreur dramatique, Park Chan-Wook se fait plaisir, non seulement en glissant des références (le sublime Nosferatu de Murnau principalement) et en proposant des scènes d’une inventivité visuelle réjouissante, où l’hémoglobine coule souvent à flot. Au delà de la violence, il s’amuse aussi à malmener le spectateur jusqu’à la conclusion, terriblement touchante et teintée d’un humour noir savoureux.

Brutal et lyrique, Bakjwi est sans aucun doute le meilleur film du metteur en scène depuis Old Boy, une histoire d’amour pas comme les autres à laquelle le spectateur ne peut pas sortir indemne. Autant dire que le Prix du Jury de Cannes est amplement mérité, et que nous sommes ravis de voir que le cinéma sud-coréen continue à nous livrer de sacrés chefs-d’œuvre.


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