Critique de film

The Woman

"The Woman"
affiche du film
  • Genre : Horreur
  • Année de production : 2011
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Lucky McKee
  • Pays d'origine : USA
  • Scénariste : Lucky McKee, Jack Ketchum
  • Musique : Sean Spillane
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  • Bande annonce
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  • Casting : Carlee Baker, Shana Barry, Marcia Bennett, Angela Bettis, Sean Bridgers, Lauren Ashley Carter, Chris Krzykowski, Pollyanna McIntosh, Alexa Marcigliano
  • Récompenses :

L'histoire d’une femme qui est l’unique survivante d’un clan violent ayant sévi pendant des décennies sur la côte Nord-Est. Lorsque le dernier des siens est tué dans une bataille avec la police, la Femme se retrouve seule, sévèrement blessée... et vulnérable. Malheureusement, elle est à présent une proie bien trop aisée pour le dénommé Christopher Cleek, chasseur local, un homme de loi fortuné et homme de famille sérieusement perturbé. Lequel décide de la capturer et de la civiliser, une décision qui menacera bientôt la vie de Cleek, de sa famille et de la Femme....

Les critiques à propos de ce film

Critique de The woman - Sick girl
Par : Damien Taymans


La Femme, l’expression résume l’entièreté de la filmographie de Lucky McKee, le cinéaste s’étant toujours plu à faire le portrait de personnages féminins psychologiquement et physiquement torturés, victimes de leur propre folie ou de celle de leurs congénères. De son côté, Jack Ketchum, auteur d’épouvante sensationnaliste, a défrayé la chronique en dépeignant l’inhumanité faite homme, par le biais de Off season ou The girl next door. Hommes-femmes, mode d’emploi, ces deux-là étaient faits pour se rencontrer. Deux ans après une première expérience douloureuse (le tournage de Red, adapté d’un roman de Ketchum, duquel McKee est finalement évincé), naît The woman, certainement l’œuvre la plus séminale et fascinante de cette décennie.

Andrew Van den Houten, qui vient de terminer l’adaptation d’Offspring, espère obtenir de Lucky McKee une idée pour une séquelle potentielle. Le réalisateur avale le bouquin de Ketchum et s’envole pour New York afin de découvrir le film sur grand écran. Au sortir de la salle, l’idée est toute trouvée : la suite s’attachera au personnage de la Femme, seule survivante du clan cannibale traqué dans Offspring. L’intitulé de ce futur métrage signale déjà la résurrection de l’horreur hallucinogène à tendance oestrogénée de McKee : The woman. Ketchum et McKee collaborent pour l’écriture du scénario qui deviendra un bouquin, sorti depuis janvier dans les librairies US. Défini par l’auteur comme une "exploration de la vraie définition de l’horreur", conçu pour susciter "les sentiments de peur, de choc, de nervosité, de consternation, d’anxiété et de dégout", le film est présenté au festival de Sundance en début d’année dans une ambiance plutôt... électrique. Des gens quittent la salle, d’autres se disent indignés par la radicalité et l’ultra-violence de l’œuvre, la presse crie au coup de massue politiquement incorrect. Les noms d’oiseaux des uns couplés aux expressions galvanisantes des autres entraînent l’adhésion des amateurs de bandes ultimes et jusqu’au-boutistes dans un paysage horrifique dominé par l’étalage inoffensif de monceaux de chair des torture porns actuels. The woman relance, comme Martyrs sur nos terres, le débat infécond sur la gratuité de l’ultra-violence au cinéma responsable du dévoiement de notre jeunesse.

La séquence d’ouverture donne le ton : la femme, néandertalienne contemporaine (ses guenilles sont en lycra), donne la becquée à un nourrisson dans une grotte ; en surimpression, une gueule de loup atteste de la sauvagerie de l’indomptable. Changement d’ambiance. Peggy, une adolescente allongée au bord d’une piscine renie les avances d’un garçon et se retourne pour observer son père. De son côté, Darlin, une petite fille se fait sermonner par sa mère ("No more kissing"). Sur le terrain de basket, quelques garçonnets malmènent une fillette sous le regard impassible de Brian. La caractérisation est réduite à son plus simple appareil : ces trois mômes partagent des liens fraternels et vivent sous la domination du père de famille, Chris, qui de sa terrasse contrôle les faits et gestes de sa petite meute. Mâles dominateurs et glaciaux, femmes conditionnées et effrayées, la charpente est mise en place, la suite de l’œuvre ne fera que la consolider. Le paroxysme de l’hominisme survient lorsque Chris, agent immobilier de jour et chasseur la nuit, traque et capture la Femme. Enchaînée dans le cellier, celle-ci devient le jouet de la famille qui, sous l’égide du patriarche, a pour devoir de l’éduquer. Pas très éloigné dans la dynamique de The girl next door adapté du même Ketchum, The woman plonge le spectateur dans les abîmes d’un enfer dont on pense deviner les différentes gradations. Les sévices s’enchaînent pourtant dans le chaos le plus total, chaque nouvelle étape contribuant à densifier une tension qui ne se libérera que dans un dernier acte stupéfiant.

The woman n’a pas usurpé sa réputation sulfureuse. Poétiquement incendiaire (une musique très rock accompagne des séquences aussi viscérales que magnifiques) et dramatiquement vraisemblable (ces personnages pourraient être nos voisins), cette première fournée officielle du tandem Ketchum-McKee pénètre profondément la chair et malmène l’un après l’autre tous nos sens. The woman embarque le spectateur dans l’horreur, la vraie, celle redoutable et tangible qui menace de s’inviter chez vous à tout moment. Ne cherchez plus, c’est le film d’horreur le plus viscéral de la décennie.


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