Critique de film

The Voices

"The Voices"
affiche du film
  • Genre : Comédie, Thriller
  • Année de production : 2014
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Pays d'origine : USA, Allemagne
  • Durée : 1h49
  • Musique : Olivier Bernet
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

Jerry vit à Milton, petite ville américaine bien tranquille où il travaille dans une usine de baignoires. Célibataire, il n’est pas solitaire pour autant dans la mesure où il s’entend très bien avec son chat, M. Moustache, et son chien, Bosco. Jerry voit régulièrement sa psy, aussi charmante que compréhensive, à qui il révèle un jour qu’il apprécie de plus en plus Fiona - la délicieuse Anglaise qui travaille à la comptabilité de l’usine. Bref, tout se passe bien dans sa vie plutôt ordinaire - du moins tant qu’il n’oublie pas de prendre ses médicaments...

Les critiques à propos de ce film

Critique de The Voices - Animaniacs
Par : Samuel Tubez




Quand l’étonnante Marjane Satrapi (Persepolis, Poulet aux prunes) s’approprie un scénario de Michael R. Perry (Paranormal Activity 2, la série Dead Zone) dont personne n’osait l’adaptation, le résultat déverse pour notre plus grand bonheur ses effluves de parfum fruité aux relents de putréfaction avancée dans nos salles obscures…

Jerry cache derrière son apparence de gentil benêt un véritable sociopathe. Célibataire travaillant dans une usine fabriquant des baignoires, il a comme qui dirait un coup de foudre pour Fiona, gironde collègue d’origine anglaise qu’il courtise maladroitement. Rien de bien méchant si ce n’est que lorsqu’il rentre chez lui, Jerry n’est plus tout seul dans sa tête : son chat M. Moustache et son chien Bosco lui parlent. Tandis que le nuisible félin le pousse à un comportement de plus en plus malsain, le bienveillant cabot tente de le raisonner. Mais lorsque Jerry tue par accident (« à d’autres ! », dirait M. Moustache) Fiona et conserve sa tête à laquelle il parle également, les choses s’enveniment. Il est grand temps de reprendre ses médicaments, Jerry !

Dans The Voices, les instances de la personnalité décrites par Freud prennent l’apparence des deux plus célèbres animaux de compagnie réputés antagonistes. Logiquement, le très sage meilleur ami de l’homme incarne le « Ca » du personnage principal tandis que le « Surmoi », centre des pulsions de Jerry, est représenté par l’espiègle et individualiste chat domestique. Ne se contentant pas d’être excellent dans le double rôle du doux dingue se transformant en graine de psychopathe, Ryan Reynolds (capable de passer du pire avec R.I.P.D. au meilleur avec Captives) double également avec talent les voix de Bosco et Mr. Whiskers (nom VO). Cultes en devenir, les punchlines fleuries déversées par la délectable langue de ce chat risquent bien de rester dans les annales. A côté, Garfield et le chat qui vient de l’espace paraissent bien mièvres ! Mais ce qui étonne encore plus, c’est la vision de la folie que nous offre ici Marjane Satrapi qui joue à merveille avec la perception de son protagoniste qui, lorsqu’il suit son traitement avec la prise de médicament adjointe, change du tout au tout. On bascule ainsi d’un univers très pop et coloré, presque disneyien à une atmosphère glauque et poisseuse lorgnant davantage vers Henry, portrait d’un serial killer. Autrement dit, lorsque Jerry ne prend pas ses médicaments, la vie est belle et rose et les têtes extraites du corps de ses victimes lui font gentiment la causette, mais lorsqu’il reprend ses pilules, la vérité lui apparaît, n’affichant que désolation et putréfaction dans son habitat situé au-dessus d’un bowling abandonné. Une idée géniale qui prend somptueusement forme sous les éclairages du talentueux directeur photo d’origine belge Maxime Alexandre (La colline a des yeux, Maniac).
Au fil du récit, le point de vue des personnages secondaires, essentiellement féminins (le trauma de Jerry remontant bien sûr à sa mère), gagne de l’importance et, si la délicieuse Fiona (généreuse à tout point de vue Gemma Arterton) ne survit guère longtemps, la plus discrète mais non moins charmante Lisa (la Cendrillon d’Into the Woods Anna Kendrick) ira plus loin dans la relation, nous dévoilant davantage la personnalité trouble du pauvre Jerry. Aussi perturbé soit-il, la réalisatrice s’efforce à nous le rendre sympathique et préfère de loin miser sur l’aspect coloré et burlesque de son film plutôt que de trop sombrer dans l’horreur, ce que l’on pourrait regretter, même si ses ruptures de ton sont pour le moins efficaces.

Satrapi transforme ainsi ce projet atypique et sacrément casse-gueule qu’est The Voices, parvenant à faire coexister l’esthétique pop et « chewy » des Disney de la belle époque ainsi que l’atmosphère poisseuse d’un Seven, le tout immergé dans un grand bain d’humour acide. Un véritable petit tour de force uniquement envisageable quand on a le caractère suffisamment trempé pour imposer sa vision, aussi décalée puisse-t-elle paraître, au sein d’une production américaine (d’autant plus lorsque l’on est une artiste française d’origine iranienne !). Ce que possède sans nul doute la réalisatrice au vu du résultat sacrément audacieux et réjouissant qu’est The Voices.


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