Critique de film

Spirit (The)

"The Spirit"
affiche du film
  • Genre : Action, thriller
  • Année de production : 2008
  • Sortie belge : 2009-02-04
  • Réalisateur : Frank Miller
  • Pays d'origine : USA
  • Scénariste : Frank Miller d'après l'œuvre de Wiil Eisner
  • Musique : David Newman
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  • Bande annonce
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  • Casting : Gabriel Macht, Scarlett Johansson, Samuel L. Jackson, Eva Mendes, Sarah Paulson,...
  • Récompenses : aucune

Considéré comme mort, un détective masqué revient dans la ville de Central City pour traquer les criminels en utilisant toute forme de punitions plus ingénieuses les unes que les autres.

Les critiques à propos de ce film

Critique de The Spirit - Comique Book
Par : Romain Mollet


Autant le dire d’emblée, The Spirit est sûrement le film le plus bizarre que l’on ait pu voir en 2008 (oui, l’année dernière quoi) avec le Speed Racer des Frères Wachos. Le point commun ? Les deux métrages étant tournés de la même manière (fond vert + incrustations), cela laisse donc une large place à l’imagination visuelle des auteurs.

C’est donc un procédé que ne pouvait pas laisser passer Frank Miller, scénariste, dessinateur et cinéphile passé derrière la camera depuis 2005 et l’adaptation de son oeuvre reconnue Sin City. C’est donc avec surprise qu’il s’est emparé de l’oeuvre de son idole Will Eisner afin d’en réaliser une nouvelle adaptation (la précédente étant un téléfilm des années 80 détesté par le créateur du héros éponyme). Une adaptation qui trahit plutôt ses origines pour dévier complètement dans un autre univers : celui carrément plus déluré de Frank Miller. Ainsi Le Spirit, flic assassiné revenu à la vie et qui protège la veuve et l’orphelin (ou plutôt les jolies donzelles) sous son identité secrète, devient une figure à la fois héroïque mais aussi - voire surtout - comique, parodique. L’humour du personnage est pourtant bien connu, Will Eisner l’ayant crée comme un personnage à la blague facile et bourré de charme, même aux prises des pires mégalos de la Terre... Mais là, Miller semble vouloir s’approprier complètement le personnage et en faire un super-héros avec de grands moments de bravoure, quitte à le trasnformer parfois en personnage simpliste et ridicule, à l’image de certains des marginaux de Sin City.

A grand renfort de répliques irrésistibles à défaut d’être connes (l’une des nombreuses "Miller’s touch", déjà présentes dans la plupart de ses ouvrages), on suit le parcours d’un héros qui ne fait que s’en prendre plein la gueule quand il ne charme pas les damoiselles de Central City ou qu’il ne pense pas à son amour perdu qu’est Sand Saref, ou à sa némesis dégénéré qu’est Octopus, interprété par un Samuel L. Jackson en éclate totale. Avec des situations plus invraisemblables les unes que les autres, Gabriel Macht s’efforce à rendre son personnage crédible et, par surprise, il y parvient... si le spectateur parvient à rentrer dans un second degré extrême qui parsème l’oeuvre dans son ensemble. C’est ainsi que The Spirit prend tout son sens : le film est avant tout personnel, et au lieu de nous livrer une adaptation juste et fidèle de l’oeuvre d’Eisner, Miller nous a offert un véritable délire visuel où il se permet tout (ou presque). Comme dans les pages de ses comics book, la violence règne, même si elle est légèrement aseptisée pour permettre une restriction PG-13 finalement suffisante au vu du résultat. On ne s’étonne pas alors quand, dans un hilarant et surprenant combat au début du métrage, l’Octopus se sert d’une énorme barre de fer pour latter son ennemi juré. Idem lorsque le même personnage, bien décidé à en finir avec le vengeur masqué, sort d’on ne sait où de façon successive trois flingues plus gros les uns que les autres. De même lorsque le Spirit lançe des monologues à la caméra avec un sourire complice, recourant à l’abattage du quatrième mur. Les décors numériques, réellement stupéfiants, se succèdent également, passant du style Film Noir (ce qui rend l’ensemble quasiment intemporel) au Japonisme, et même au Nazisme dans une scène qui atteint les sommets du n’importe quoi (un chat qui fond, non mais puis quoi d’autre ?!).

Ca fait partie de tout un charme dont seul l’auteur possède le secret, et qui parvient à faire du métrage un véritable OFNI fun et complètement décontracté, constitué d’une intrigue simple servant de prétexte à balancer tout un flot de références au cinéma (les films noirs des années 40 ou Pulp Fiction), aux comics (les noms de Stanley Liebowitz aka Stan Lee et la marque Ditko), quelques délires inexplicables (un hilarant pied humain) et surtout, un bon gros casting féminin. Miller qui les idéalise dans ses bandes dessinées, en faisant des femmes fatales, s’est offert Eva Mendes, profitant à quelques reprises de ses belles courbes (la photocopie de son postérieur comme avis de recherche... seul le cinéaste pouvait oser !), Scarlett Johansson, géniale en secrétaire maléfique, la mignonne Paz Vega en tueuse française et surtout Jamie King, qu’il transforme carrément en représentation symbolique de la Faucheuse. "Des filles et des flingues" en somme, d’autant plus qu’elles sont aussi jolies que les scènes d’action bourrines le sont, comme en témoigne le dernier quart d’heure apocalyptique qui se pose comme une conclusion idoine pour un film bien barré.

Loin d’être le polar d’aventure sombre qu’il aurait pu être, The Spirit n’est au final qu’un délire provocateur tantôt héroïque tantôt hilarant, complètement assumé de la part de Frank Miller, qui se permet de délaisser les fans du personnage original et les règles d’un cinéma "normal" afin de partager et étendre SON univers. Les bédéphiles appellent ça une trahison, les critiques appellent ça un nanar, nous on se contentera d’identifier ça comme un trip jouissif extrêmement bien foutu dont la seule volonté est de divertir et, accessoirement, de foutre un coup de pied au cul de la soi-disant "morale cinématographique". Depuis le temps qu’il en rêvait... laissons-le faire, ça fait marrer.


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