Critique de film

The Shining

"The Shining"
affiche du film
  • Genre : Fantastique
  • Année de production : 1997
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Mick Garris
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 4h13
  • Budget : 25 millions de dollars
  • Scénariste : Stephen King (roman et scénario)
  • Musique : Nicholas Pike
  • [
  • Bande annonce
  • ]
  • Casting : Steven Weber, Rebecca De Mornay, Courtland Mead, Melvin Van Peebles, Wil Horneff
  • Récompenses : Saturn Award du Meilleur acteur TV (Steven Weber) en 1998

Jack Torrance, gardien d'un hôtel fermé l'hiver, sa femme et son fils Danny s'apprêtent à vivre de long mois de solitude. Danny qui possède un don de médium, le shining, est effrayé à l'idée d'habiter ce lieu, théâtre marqué par de terribles événements passés...

Les critiques à propos de ce film

Critique de The Shining - Gare au Garris (chanson de Brassens)
Par : Damien Taymans




Le Shining de Stanley Kubrick est dans toutes les mémoires. Pas seulement parce qu’il s’agit d’un des films les plus brillants signés par le grandiose réalisateur mais également car il incarne la représentation du film d’horreur dans la conscience collective. Comment ne pas se rappeler la délicate frimousse du Jack Torrance Nicholson à travers l’entrebâillement de la porte signalant à sa charmante épouse Wendy que son trépas approche à grand pas ? Shining est un film brillant reconnu et adoré par tous… Tous ? Non. Un personnage fait encore et toujours de la résistance à cet axiome indubitable. Ce réactionnaire n’est autre que Stephen King, auteur du roman original, qui entend doter son roman d’une adaptation digne de ce nom. Au placard les créations du grand Stanley. Aux oubliettes son traitement psychologique qui a volontairement relégué à l’arrière-plan la dimension fantastique de l’œuvre. Le Shining nouveau est revenu. Renaissant de ses cendres, tel le phoenix, Shining sera une mini-série télévisuelle adaptée par le plus grand des imposteurs kingiens : Mick Garris !

Qu’importe à vrai dire que la subtilité du réalisateur soit aussi imposante que celle d’un camion de dix tonnes. Qu’importe si son talent repose depuis quelques années en des lieux incertains accompagné des pierres tombales ornant la carrière finissante de Dario Argento et de Tobe Hooper. Qu’importe du moment que la transposition est fidèle au matériau d’origine. Plus d’ami imaginaire digital pour le petit Dany, plus de schizophrénie apparente pour Jack Torrance, plus d’extraction de ces scènes dont King était si fier. En mari lambda aux valeurs puritaines, King privilégie la fidélité qui emmerde à l’originalité qui améliore.

Pourtant, en se rapprochant au mieux de l’histoire romancée, Garris ruine le seul trait commun qu’entretenaient le livre de King et le film de Kubrick : leur capacité à susciter respectivement chez le lecteur et le spectateur l’effroi. Dès le départ de sa mini-série, Garris donne le ton et ne laisse plus place à la moindre ambiguïté. Des portes qui s’ouvrent et claquent, des lumières qui clignotent. Pas de doute : l’hôtel Overlook est hanté. Si cette révélation rapide contraste avec l’œuvre de Kubrick, elle est également en opposition avec le roman éponyme qui proposait durant quelques 300 pages un développement équivoque qui plaçait le lecteur dans une attitude dubitative quant à l’existence des fantômes. Garris ruine tout suspense au profit d’une vraie limpidité narrative…

Sauf que la narration, même si elle est limpide et donc compréhensible pour l’Américain moyen (pléonasme), est certainement l’un des aspects les plus rébarbatifs du film. Quatre longues heures durant lesquelles il ne se produit pas grand-chose. Une linéarité effarante reprenant pièce par pièce tous les éléments du puzzle de King sans grâce aucune. Et, çà et là, Garris reproduit des événements étranges avec la délicatesse d’un éléphant. Effets spéciaux réalisés avec des procédés numériques dépassés (la lance incendie), maquillages artisanaux, tension peu palpable, rien, sauf peut-être l’interprétation souvent limite du jeune Courtland Mead, ne fait véritablement trembler dans cet ensemble assez indigeste qui ne consiste en fin de compte qu’en une esquisse mal façonnée. D’autant que le format télévisuel impose une édulcoration des séquences choc afin de ne pas troubler le spectateur lambda, règle qui amenuise encore un peu plus la réussite du film puisque toute violence est absente au profit d’une sacrosainte morale familiale.

En définitive, cette refonte par Mick Garris de l’inébranlable chef-d’œuvre kingien n’aura satisfait que deux personnes : le réalisateur et King. Indigeste et très (trop) conforme au roman, le film ne s’offre aucune bouffée d’air salvatrice et n’est qu’une reproduction sans saveur de l’un des classiques de la littérature fantastique. En somme, le Shining de Garris est un peu comme du Feydeau joué par la troupe des acteurs du Miel et les abeilles. Un carnage !


Oeuvres liées :

Shining (1980)

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