Critique de film

The Revenant

"The Revenant"
affiche du film
  • Genre : Aventure, western, survival
  • Année de production : 2015
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Alejandro Gonzalez Inarritu
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 2h36
  • Budget : 135 millions de dollars
  • Musique : Ryuichi Sakamoto
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

Dans une Amérique profondément sauvage, Hugh Glass, un trappeur, est attaqué par un ours et grièvement blessé. Abandonné par ses équipiers, il est laissé pour mort. Mais Glass refuse de mourir. Seul, armé de sa volonté et porté par l’amour qu’il voue à sa femme et à leur fils, Glass entreprend un voyage de plus de 300 km dans un environnement hostile, sur la piste de l’homme qui l’a trahi. Sa soif de vengeance va se transformer en une lutte héroïque pour braver tous les obstacles, revenir chez lui et trouver la rédemption.

Les critiques à propos de ce film

Critique de The Revenant - Beauté naturelle, déglaçage artificiel
Par : Nicolas Zinque




Chaque époque possède ses propres héros dont les aventures, contées de génération en génération, sont devenues des légendes. C’est durant la mythique Conquête de l’Ouest que le trappeur Hugh Glass a connu, bien malgré lui, son heure de gloire : au cours d’une expédition visant à récupérer des fourrures dans le Dakota du Sud, il est grièvement blessé par une ourse. Jambe brisée, lacérations sur tout le corps mettant ses côtes à nu : ses chances de s’en sortir sont aussi négatives que la température ambiante. Une triste prévision qui pousse ses compagnons à l’abandonner. Ainsi débute l’une des odyssées les plus folles de l’histoire moderne, qui voit le protagoniste affronter le froid et la souffrance durant de longues semaines.

Assister aux tourments du trappeur constitue déjà une expérience en soi, mais Alejandro G. Inarritu va plus loin : il veut nous faire ressentir ses épreuves physiques et émotionnelles. Pour cela, il s’appuie sur une mise en scène immersive, qui nous emmène dans cette forêt glacée, où règnent bêtes sauvages et Indiens, et où nous attendent des phases d’action stupéfiantes. On pense bien évidemment à la séquence d’ouverture, opposant des guerriers arikaras à l’expédition d’Hugh Glass et, plus encore, à l’attaque de l’ourse, que nous vivons dans la peau du trappeur, presque en vue subjective. Inarritu atteint parfaitement son but avec ces épisodes cauchemardesques d’une grande brutalité. D’autant plus qu’il laisse très peu de place pour respirer, les rares pauses ayant plutôt tendance à étouffer davantage. Lors de l’affrontement avec les Indiens, la caméra ne cesse de passer d’un homme à un autre, d’un objet à un autre, pour voyager dans la mêlée par « rebonds », sans aucun temps mort. La réalisation se montre ambitieuse et novatrice, multipliant par exemple les plans sur les visages, sous des points de vue étranges et en grands angles. Néanmoins, le réalisateur de l’oscarisé Birdman s’emporte quelque peu et, à vouloir absolument en mettre plein les yeux, entraine parfois son spectaculaire vers l’artificiel et l’inutile, ce qui rompt l’enchantement.
Une gratuité qui tranche avec l’usage plus intelligent qu’en faisait Alfonso Cuaron dans Gravity. Si l’on cite ce film, c’est parce qu’il possède, malgré l’apparent grand écart entre l’espace et la terre, nombre de points communs avec The Revenant. A commencer par le chef opérateur, Emmanuel Lubezki, à nouveau auteur de miracles. A côté des moments d’action, il nous fait admirer de superbes plans « paysages » évoquant le Sublime, esthétique qui impose à la fois crainte et respect envers la Nature. Dommage que ces deux types de scènes (« d’immersion » et de « contemplation ») ne s’imbriquent pas plus harmonieusement, la différence de style ternissant quelque peu le charme, sans pour autant lui causer un grave préjudice.

La comparaison avec Gravity met également en évidence un choix de structure qui a des conséquences sur l’aspect « survie » de l’œuvre. Cuaron avait fait le choix d’un récit exclusivement centré sur la protagoniste, que l’on ne quitte jamais et avec qui l’on partage la solitude. Le sens à donner à cette aventure, celui d’une renaissance (entre autres) est introduit par quelques éléments du passé du personnage (sans que ceux-ci soient montrés) et est mis en image par quelques plans iconiques, porteurs de sous-entendus puissants (la position fœtale et le plan final). Le réalisateur de The Revenant a, au contraire, décidé de montrer le passé par des flashbacks. Ensuite, plutôt que de nous isoler du monde avec le seul Hugh Glass, il nous offre régulièrement des respirations, en alternant son calvaire avec l’avancée d’autres personnages, et en nous ramenant à un semblant de civilisation, ce qui nuit paradoxalement à une vraie immersion (à l’échelle du film, cette fois). Inarritu délaisse ainsi le survival pour se tourner vers le récit de vengeance. Et si la conclusion questionne superbement le sens à donner au combat (contre la mort) d’Hugh Glass, les scènes dédiées aux autres membres de l’expédition (et principalement à Fitzgerald) ont tendance à alourdir une histoire qui aurait gagné à être plus courte et plus centrée sur la survie. Ceci dit, elles permettent aux acteurs de se montrer sous leur meilleur jour. Tom Hardy (Fitzgerald) incarne avec charisme un personnage plus nuancé qu’il n’y paraît et sa performance contraste avec celle de Leonardo DiCaprio, très bestiale.

On ne va pas au cinéma pour comparer les films, et si Gravity est ici mentionné, c’est parce qu’il permet, après coup, de comprendre ce qui « cloche » dans The Revenant. Inarritu livre un métrage ambitieux sur le plan technique et artistique, comme en témoignent ces séquences époustouflantes qu’il est préférable de voir sur grand écran. Néanmoins, cette technique tourne parfois à la démonstration et, plutôt que d’être au service de la narration, elle la domine. Trop d’effets de caméra tuent paradoxalement le réalisme recherché, tout en écrasant l’émotion que devraient dégager les personnages. La composante « vengeance » (inspirée de la réalité, mais grandement amplifiée) pourrait être captivante, mais le traitement choisi a plutôt tendance à éloigner le récit de l’introspection (entre autres spirituelle) à laquelle l’auteur essaie pourtant de se livrer. Des reproches durs, mais qui ne doivent pas faire oublier qu’Inarritu est un réalisateur couillu, qui ose proposer et qui n’a pas peur de se mettre en danger (artistiquement parlant). En cela, son œuvre écrase les dizaines de clones sans âmes sortant chaque année en salle. Qu’il nous revienne donc bien vite !


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