Critique de film

The Dark Knight, le chevalier noir

"The Dark Knight"
affiche du film
  • Genre : Fantastique - Action
  • Année de production : 2008
  • Sortie belge : 2008-07-23
  • Réalisateur : Christopher Nolan
  • Pays d'origine : USA
  • Durée : 2h32
  • Budget : 150 millions de dollars
  • Scénariste : Christopher Nolan, Jonathan Nolan & David S. Goyer
  • Musique : Hans Zimmer & James Newton Howard
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  • Bande annonce
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  • Casting : Christian Bale, Heath Ledger, Michael Caine, Morgan Freeman, Aaron Eckhart, Gary Oldman
  • Récompenses : Golden Trailer Awards dans la catégorie « Best Action » et « Best Summer 2008 Blockbuster Poster »

Batman, avec l'aide du Lieutenant Jim Gordon et du procureur Harvey Dent, continue sa guerre contre le crime. Bien que ce partenariat entre les trois figures de Gotham semble porter ses fruits, les trois hommes vont vite se retrouver en proie à un véritable chaos émanant du criminel le plus intelligent et le plus terrifiant qu'ils n'aient jamais rencontré, connu sous le nom du Joker.

Les critiques à propos de ce film

Critique de The Dark knight - Sombre héros
Par : Chroniqueurs


Par Swan

SupermanBatman ReturnsThe CrowSpider-Man 2… Les authentiques chefs-d’oeuvre parmi les films de super-héros se comptent sur les doigts d’une main. A cette liste particulièrement chiche, avant d’avoir des nouvelles de Hellboy 2 vient désormais s’ajouter The Dark Knight, qu’en préambule de cette critique je n’hésite pas à décréter officiellement : « le meilleur film de superhéros de tous les temps. » Et pourtant, dans le cas du nouveau film de Christopher Nolan cette étiquette va très vite s’avérer extrêmement réductrice.

The Dark Knight n’est finalement pas tant un film de superhéros qu’un film de héros récalcitrant. Quand nous retrouvons Batman (Christian Bale), quelques temps après les évènements décrits dans Batman Begins, le vigilante aux oreilles pointues est bien décidé à raccrocher sa cape et à laisser sa place de sauveur public au procureur Harvey Dent (Aaron Eckhart), un justicier populaire, déterminé et droit, admiré par les électeurs et craint par la pègre. Avec l’aide inestimable de Dent et du Commissaire Jim Gordon (Gary Oldman), le Caped Crusader entreprend de démanteler les dernières organisations criminelles qui infestent les rues de Gotham sous la tutelle du parrain Salvatore Maroni (Eric Roberts). Leur association s’avère efficace mais c’est sans compter sur l’apparition d’un nouveau génie du crime bien décidé à semer le chaos et la terreur sur la ville : le Joker (Heath Ledger) dont l’art de la manipulation et un goût prononcé pour l’anarchie la plus explosive vont changer la donne de manière irréversible.

Batman aura connu à l’écran (petit ou grand) des fortunes diverses : pantin coloré secondé par sa copine Robin dans le feuilleton art-déco kitschissime des années 60 (Bang ! Splash ! Whack ! Pow !), héros torturé dans le premier opus de Tim Burton, éclipsé par ses adversaires dans ce chef-d’œuvre gothique qu’était Batman Returns, il redevient ensuite sous la direction de cette grande folle de Joel Schumacher un faire-valoir sans intérêt (si l’on excepte des tétons en cuir sur son costume et un postérieur bien moulé !) dans Batman Forever et, que Dieu leur pardonne, dans Batman & Robin, une abomination filmique fluorescente aux accents gay, abyssale de crétinerie qui plombera la franchise pendant presque une décennie et à propos de laquelle George Clooney s’excuse encore. Les admirateurs de la chauve souris devront se rabattre sur l’excellente série Batman – The Animated Series où le héros créé par Bob Kane retrouvait de sa superbe dans des aventures sombres et fascinantes très proches du comic. Avec sa relecture du mythe Batman Begins, Christopher Nolan nous proposait les origines d’un Batman plus sérieux, plus ancré dans le réel et posait les jalons d’une nouvelle franchise prometteuse. Si son film souffrant de quelques scories était néanmoins de très bonne facture, rien ne nous avait préparé à cette bombe cinématographique qu’est The Dark Knight, sans aucun doute possible le meilleur film de son auteur.

S’il est une chose qui fait de ce Dark Knight le meilleur film de superhéros de tous les temps, c’est paradoxalement le fait que JAMAIS Nolan ne nous donne l’impression de regarder un film de superhéros : Batman et ses ennemis évoluent dans un monde réel et tangible, loin des divertissements popcorn estivaux à la Iron Man ou The Incredible Hulk destinés à un public d’ados. Leurs masques et costumes les marginalisent encore un peu plus dans ce Gotham terrifiant parce que gangrené par le crime et la corruption, faisant d’eux des « freaks » plutôt que les habituels héros / méchants. Christopher Nolan signe ici, non pas un comic book movie mais bel et bien une fresque policière aux accents shakespeariens, un film de gangsters urbain qui rapproche son film des œuvres de Michael Mann, aussi bien au niveau du ton, irrémédiablement adulte, qu’au niveau esthétique. La gestion de l’espace est tout simplement remarquable : Gotham City devient sous nos yeux un personnage à part entière, antichambre des enfers et métaphore alarmante de nos vraies métropoles. La scène d’ouverture, un braquage de banque organisé par le Joker est une expérience immersive percutante et une vraie leçon de mise en scène. Ce Gotham mémorable plongé dans les ténèbres est donc ici le théâtre rendu réaliste et crédible d’une foire aux monstres où l’implication émotionnelle du spectateur est totale. La violence est sèche, le spectacle est épique (2h32 !) et les scènes d’action sont toutes superbes, haletantes et spectaculaires, Nolan ayant visiblement appris de ses erreurs sur Batman Begins. Les mioches qui pensent assister à un nouveau Batman & Robin (antithèse complète de ce film) en sortiront traumatisés ! D’une noirceur absolue, anti-commercial, courageux et casse-gueule ! Christopher Nolan dont le talent n’a jamais été aussi éclatant transcende la franchise.

Son scénario cosigné par son frère Jonathan est pratiquement parfait. Peu intéressés à l’idée de tourner « une suite », les frères Nolan nous proposent une œuvre très dense et se suffisant à elle-même. Leur écriture préfère fouiller la psyché des personnages et soigner la construction dramatique en définissant au préalable le thème principal de leur film. Là où le premier volet traitait de la peur et de la schizophrénie, The Dark Knight aborde quant à lui le thème du pouvoir et de ses ramifications menant à la folie ou au crime. L’ampleur de la mise en scène et la qualité de la narration permet à tous les personnages, même les plus secondaires d’exister dans ce maelström de scènes, toutes indispensables (pas une seconde de trop !) avec un équilibre stupéfiant.

Contrairement à Batman Begins dans lequel certains protagonistes (Liam Neeson, Ken Watanabe, Katie Holmes et Morgan Freeman) avaient bien du mal à trouver leur place, ici, ils ont tous sans la moindre exception l’occasion de briller : Michael Caine toujours aussi digne et classieux en majordome (son speech relatant une chasse à l’homme de son passé est une merveille d’écriture), Morgan Freeman malicieux en Lucius Fox, Eric Roberts visqueux en mafieux, Maggie Gyllenhaal belle et lumineuse en Rachel Dawes, et surtout Gary Oldman terriblement attachant en Commissaire Gordon, le dernier flic intègre de Gotham, un rôle qui s’est particulièrement étoffé depuis la dernière fois ! Tous sont excellents et secondent trois têtes d’affiche au diapason.

A l’annonce du casting de Heath Ledger dans le rôle du Joker beaucoup de dents ont grincé. Trop beau, trop lisse, trop « jeune premier » ! Les critiques faisaient déjà la fine bouche : on ne remplace pas Jack Nicholson impunément ! Why so serious ? La performance exceptionnelle et d’anthologie du jeune acteur en étonnera plus d’un dans ce qui restera malheureusement son avant-dernier film. A mi-chemin entre le Alex d’Orange Mécanique et le Daniel Day-Lewis de There Will Be Blood, aux antipodes du bouffon sautillant et cabotin incarné par Nicholson dans le premier Batman, son Joker est une aberration, un cancer en phase terminale qui ronge Gotham à grande vitesse. Ce Joker-là est une purulence, un effrayant psychopathe, cruel, malsain et menaçant qui distille sa violence brutale et son humour noir de mauvais goût (« Je vais vous montrer un tour de magie : je vais faire disparaître ce crayon devant vos yeux… » s’exclame-t-il avant de planter l’objet dans l’œil d’une victime…) sans jamais se départir de son sourire sinistre de mort-vivant prolongé par un tic facial troublant et des cicatrices infectieuses qu’il s’est lui-même infligées… Une véritable ordure sans passé et sans autre motif que sa douleur et sa folie furieuse destructrices. Ce Joker-ci n’œuvre que pour la violence et le chaos. L’argent ne l’intéresse pas. Ce qu’il veut c’est la tête de Batman au bout d’une lance. « I want to see the world burn ! » Les dialogues récités avec fièvre par Ledger sont particulièrement savoureux : il faut le voir se moquer de ses victimes en improvisant pour chaque nouvelle cible un speech totalement différent, justifiant ses soi-disant « motivations », du genre « mon papa ne m’aimait pas… », ridiculisant ainsi la tradition hollywoodienne qui veut qu’un méchant de cinéma ait forcément eu une enfance malheureuse. Magnétique, Heath Ledger bouffe l’écran : un acteur touché par la grâce disparu bien trop tôt et qui signe ici un véritable tour de force qui fait froid dans le dos. Le film est dédié à sa mémoire.

Aaron Eckhart donne lui-aussi la pleine mesure de son talent dans le double rôle difficile de Harvey Dent. D’abord héros frustré, adulé par la foule, charmant, charismatique en diable, idéaliste et amoureux transi, ce « chevalier blanc » ferait presque de l’ombre à Batman aux yeux du public. Une cruelle désillusion et une rencontre inopinée avec le Joker le transformeront en monstre à deux faces (Two Face), un retournement de situation poignant qui transformera le jeune procureur en créature de Frankenstein sanguinaire. Sa souffrance et ses tourments, son destin tragique et son regard intense en bouleverseront plus d’un.

Ce qui fut souvent reproché aux deux excellents films de Tim Burton, c’est d’avoir laissé Batman de côté pour mieux s’intéresser à ses antagonistes. Ici, pas d’inquiétude : The Dark Knight est avant tout LE film de Batman. Toujours interprété par le ténébreux Christian Bale, le Chevalier Noir a gagné en assurance et en motivation. Mais derrière ces apparences trompeuses, Batman / Bruce Wayne est confronté à un véritable dilemme moral quand il réalise qu’avec le pouvoir s’accumulent les responsabilités qu’il ne veut endosser. Gotham a-t-elle encore besoin de lui ? A-t-il le droit de rendre sa propre justice quand ses imitateurs (une troupe de « faux Batman » qui tendent un piège à Maroni) se retrouvent incarcérés ? Batman s’érige en juge et jury mais refuse de devenir exécuteur. Ce pouvoir qu’il possède va bientôt s’avérer lui aussi être à double face et il va petit à petit le rejeter, se déchargeant de ce poids sur Harvey Dent, son remplaçant potentiel et surtout, légitime. Ici, Batman n’est donc pas tant un héros qu’un homme déguisé en chiroptère toujours en proie à ses démons et ses doutes, entre ombres et lumière, d’une compassion et d’une profondeur que Val Kilmer et George Clooney réunis ne peuvent pas même rêver d’atteindre. Le plan final du film, ambigu à souhait, replace le héros dans une perspective morale risquée mais fascinante et prometteuse pour un éventuel troisième chapitre.

Par son souffle épique digne des plus grands cinéastes, son style étourdissant, son ampleur narrative, son scénario aux arcanes fascinantes, sa maestria dans les scènes d’action comme dans les scènes intimistes, par l’excellence de son casting d’exception, par la qualité d’un score puissant cosigné par James Newton Howard et Hans Zimmer, The Dark Knight est tellement plus qu’un nouveau film de Batman ! C’est un chef-d’œuvre précieux, romanesque en diable et dense, qui demande une attention de tous les instants. Un véritable film d’auteur qui va faire date et redéfinir de manière irrévocable la notion de superhéros à l’écran. En compagnie de Batman, plongez dans les ténèbres et expérimentez des émotions inédites dans ce genre de cinéma. Attention au choc ! Vous ne pourrez pas dire qu’on ne vous a pas prévenus !...

Ce soir, quelque part dans une ruelle sombre de Gotham City, Joel Schumacher appelle sa maman…


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