Critique de film

The Battery

"The Battery"
affiche du film
  • Genre : Horreur - Morts-vivants
  • Année de production : 2012
  • Sortie belge : 0000-00-00
  • Réalisateur : Jeremy Gardner
  • Pays d'origine : USA
  • Budget : 6.000 dollars
  • Scénariste : Jeremy Gardner
  • Musique : Ryan Winford
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  • Bande annonce
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  • Récompenses :

L’action de The Battery prend place après une mystérieuse invasion zombie qui a laisser l’humanité sur le carreau. Survivant tant bien que mal dans cet environnement hostile, Ben et Mickey, deux anciens joueurs de baseball ont un quotidien plutôt agité.

Les critiques à propos de ce film

Critique de The Battery - La dernière marche
Par : Seb Lecocq




L’essence d’un festival de cinéma, qui plus est dans le fantastique, est de défricher et de proposer aux spectateurs des découvertes, des propositions de cinéma originales, intéressantes qui nous rappellent pourquoi, nous spectateurs, l’aimons tellement. Cette année, sans trop s’avancer, on peut d’ores et déjà affirmer que LA découverte du PIFFF sera The Battery. Un tout petit film, minuscule en terme de budget et de logistique, mais avec un cœur, des tripes et un esprit gros comme ça. On peut faire beaucoup de choses avec 6.000$ (soit 20.000 fois mois que World War Z), Jérémy Gardner lui a réalisé un petit chef-d’œuvre. Rien que ça. The Battery prouve qu’une poignée de dollars, six personnes dévouées qui composent l’équipe de tournage, deux semaines et des idées, beaucoup d’idées suffisent pour faire du cinéma.

Le film écrit, joué et réalisé par Jeremy Gardner s’ancre dans différents genres : le zombie flick, le post-apo, le road movie, le buddy movie, la comédie et évidemment, l’horreur. Mais quelque soit le genre abordé ou simplement effleuré, on sent poindre la patte d’un auteur. Dans son écriture, sa façon de dépeindre un univers, des lieux, ses personnages, son ambiance sonore, son jeu même, tout transpire d’une homogénéité de tous les instants. Pourtant basiquement, The Battery n’est rien d’autre qu’une énième histoire de survivants, livrés à eux-mêmes dans un monde revenu à l’état sauvage. Ce duo improbable de joueurs de base-ball est le centre, le cœur du récit. Tout le reste n’est que détails : les zombies, les menaces, le monde qui les entoure. Plus que tous les genres évoqués, The Battery est un film d’amour et d’amitié. Les deux personnages parfaitement définis, très différents forment un duo irrésistible que l’on a envie d’aimer, de soutenir, avec lequel on veut rire mais aussi frissonner.

The Battery est une succession de moments anodins, de scènes de vie dans un monde dévasté, abandonné mais qui, finalement, quand on prend garde, prend plus des allures de gigantesque terrain de jeu plus que d’Enfer. Mickey et Ben jouent au base-ball, pêchent, se baladent, écoutent de la musique, discutent, se baignent dans des rivières, rient, s’engueulent, chantent, dansent, fument des clopes et parfois, dégomment l’un ou l’autre zombie au détour d’une maison abandonnée. Les deux comédiens, formidables au demeurant, insufflent une vie, un souffle encore jamais vu dans le cinéma d’horreur. Le film est lumineux, donne la pêche avec ses airs de "feel good movie" mais c’est pour mieux surprendre lors de moments de tension aussi puissants qu’inattendus. Une habile façon pour Jérémy Gardner de montrer que la menace est omniprésente et qu’il ne suffit que d’une seconde d’inattention pour se mettre en danger. Dans son dernier tiers, l’intrigue bascule dans une longue, très longue mais jamais trop, scène de tension et se resserre encore plus ses deux personnages centraux afin de livrer un anti-climax qui met la pression sans jamais user d’artifices inutiles ou d’astuces narratives. La séquence fonctionne simplement grâce aux acteurs, à leur talent et à la relation qui s’est construite durant tout le film comme si tout devait se terminer ici.

Porté par une musique formidable aux airs de coutry-folk-blues-rock, The Battery dégage une vraie atmosphère qui fait toute la différence. Esthétiquement, le film maximise chaque dollar, chaque centime de son budget, l’image est naturaliste, très crue mais très belle en même temps. Le soleil irradie la campagne et crée une ambiance irréelle qui pose un regard bienveillant sur l’Amérique profonde. Celle de petites bourgades entourées de forêts. Christian Stella, le chef opérateur, parvient à faire des miracles avec pas grand-chose en démultipliant les possibilités offertes par la lumière naturelle. La mise en scène et parfaitement adaptée au format et à l’histoire que veut raconter le réalisateur, elle se joue elle aussi des contraintes budgétaires pour coller aux personnages sans donner cette impression cheap ou hasardeuse. Le réalisateur sait parfaitement ce qu’il veut, cadre parfaitement et prend le temps de poser sa caméra quand il faut pour composer de magnifiques cadres. Gardner a compris que le peur sera toujours mieux évoquée par le regard d’un acteur que par une horde de zombies numériques. La longue séquence finale dont l’apparente simplicité n’a d’égal que la puissance visuelle l’illustre parfaitement

Jeremy Gardner évite l’écueil du petit film trop malin et livre une relecture du film de morts-vivants éminemment personnelle qui repose sur les fondamentaux du cinéma : l’écriture, le jeu et la mise en scène. Et une sacrée dose de culot pour se lancer dans l’aventure du long métrage avec seulement quelques billets en poche. Le gaillard ne s’est pas dégonflé, ne s’est laissé aller à aucune facilité et a tourné le film qu’il voulait faire. Une œuvre personnelle, juste, qui ne ressemble à aucune autre, qui respire la vie, la poésie mais n’oublie pas non plus qu’elle s’inscrit dans le genre horrifique.


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